
French Edition
Literature
Sans dessus dessous
French BooksWhale Edition by Jules Verne
Les anciens membres du Gun-Club projettent de modifier l’axe terrestre pour exploiter les richesses du pôle Nord.
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Book introduction
Sans dessus dessous
Une association américaine achète les régions arctiques et annonce une entreprise dont les conséquences pourraient transformer la planète. Barbicane, Nicholl et J.-T. Maston reviennent dans ce roman où calculs, spéculation financière et ambitions industrielles se rencontrent. Jules Verne met en scène les réactions internationales à un projet démesuré et les limites d’une confiance aveugle dans la puissance technique. Le récit comprend ses vingt et un chapitres.
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Jules Verne est mort en 1905. Cette édition utilise le texte original français du domaine public disponible sur Project Gutenberg, sans notes éditoriales ni illustrations ultérieures.
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Sans dessus dessous
Preview chapterI — Où la « North Polar Practical Association » lance un document à travers les deux mondes.Preview
« Ainsi, monsieur Maston, vous prétendez que jamais femme n’eût été capable de faire progresser les sciences mathématiques ou expérimentales?
— À mon extrême regret, j’y suis obligé, mistress Scorbitt, répondit J.-T. Maston. Qu’il y ait eu ou qu’il y ait quelques remarquables mathématiciennes, et particulièrement en Russie, j’en conviens très volontiers. Mais, étant donnée sa conformation cérébrale, il n’est pas de femme qui puisse devenir une Archimède et encore moins une Newton.
— Oh! monsieur Maston, permettez-moi de protester au nom de notre sexe…
— Sexe d’autant plus charmant, mistress Scorbitt, qu’il n’est point fait pour s’adonner aux études transcendantes.
— Ainsi, selon vous, monsieur Maston, en voyant tomber une pomme, aucune femme n’eût pu découvrir les lois de la gravitation universelle, ainsi que l’a fait l’illustre savant anglais à la fin du XVIIème siècle?
— En voyant tomber une pomme, mistress Scorbitt, une femme n’aurait eu d’autre idée… que de la manger… à l’exemple de notre mère Ève!
— Allons, je vois bien que vous nous déniez toute aptitude pour les hautes spéculations…
— Toute aptitude?… Non, mistress Scorbitt. Et, cependant, je vous ferai observer que, depuis qu’il y a des habitants sur la Terre et des femmes par conséquent, il ne s’est pas encore trouvé un cerveau féminin auquel on doive quelque découverte analogue à celles d’Aristote, d’Euclide, de Képler, de Laplace, dans le domaine scientifique.
— Est-ce donc une raison, et le passé engage-t-il irrévocablement l’avenir?
— Hum! ce qui ne s’est point fait depuis des milliers d’années ne se fera jamais… sans doute.
— Alors je vois qu’il faut en prendre notre parti, monsieur Maston, et nous ne sommes vraiment bonnes…
— Qu’à être bonnes! » répondit J.-T. Maston.
Et cela, il le dit avec cette aimable galanterie dont peut disposer un savant bourré d’x. Mrs Evangélina Scorbitt était toute portée à s’en contenter, d’ailleurs.
« Eh bien! monsieur Maston, reprit-elle, à chacun son lot en ce monde. Restez l’extraordinaire calculateur que vous êtes. Donnez-vous tout entier aux problèmes de cette oeuvre immense à laquelle, vos amis et vous, allez vouer votre existence. Moi, je serai la « bonne femme » que je dois être, en lui apportant mon concours pécuniaire…
— Ce dont nous vous aurons une éternelle reconnaissance, » répondit J.-T. Maston.
Mrs Evangélina Scorbitt rougit délicieusement, car elle éprouvait sinon pour les savants en général du moins pour J.-T. Maston, une sympathie vraiment singulière. Le coeur de la femme n’est-il pas un insondable abîme?
Oeuvre immense, en vérité, à laquelle cette riche veuve américaine avait résolu de consacrer d’importants capitaux.
Voici quelle était cette oeuvre, quel était le but que ses promoteurs prétendaient atteindre.
Les terres arctiques proprement dites comprennent, d’après Maltebrun, Reclus, Saint-Martin et les plus autorisés des géographes :
1° Le Devon septentrional, c’est-à-dire les îles couvertes de glaces de la mer de Baffin et du détroit de Lancastre;
2° La Géorgie septentrionale, formée de la terre de Banks et de nombreuses îles, telles que les îles Sabine, Byam-Martin, Griffith, Cornwallis et Bathurst;
3° L’archipel de Baffin-Parry, comprenant diverses parties du continent circumpolaire, appelées Cumberland, Southampton, James-Sommerset, Boothia-Felix, Melville et autres à peu près inconnues.
En cet ensemble, périmétré par le soixante-dix-huitième parallèle, les terres s’étendent sur quatorze cent mille milles et les mers sur sept cent mille milles carrés.
Intérieurement à ce parallèle, d’intrépides découvreurs modernes sont parvenus à s’avancer jusqu’aux abords du quatre vingt-quatrième degré de latitude, relevant quelques côtes perdues derrière la haute chaîne des banquises, donnant des noms aux caps, aux promontoires, aux golfes, aux baies de ces vastes contrées, qui pourraient être appelées les Highlands arctiques. Mais, au delà de ce vingt-quatrième parallèle, c’est le mystère, c’est l’irréalisable desideratum des cartographes, et nul ne sait encore si ce sont des terres ou des mers que cache, sur un espace de six degrés, l’infranchissable amoncellement des glaces du Pôle boréal.
Preview chapterII — Dans lequel les délégués anglais, hollandais, suédois, danois et russe se présentent au lecteur.Preview
Le document méritait une réponse. En effet, si la nouvelle association acquérait les régions boréales, ces régions deviendraient propriété définitive de l’Amérique, ou pour mieux dire, des États-Unis, dont la vivace confédération tend sans cesse à s’accroître. Déjà, depuis quelques années, la cession des territoires du nord-ouest, faite par la Russie depuis la Cordillère septentrionale jusqu’au détroit de Behring, venait de lui adjoindre un bon morceau du Nouveau-Monde. Il était donc admissible que les autres Puissances ne verraient pas volontiers cette annexion des contrées arctiques à la république fédérale.
Cependant, ainsi qu’il a été dit, les divers États de l’Europe et de l’Asie non limitrophes de ces régions refusèrent de prendre part à cette adjudication singulière, tant les résultats leur en semblaient problématiques. Seules, les Puissances, dont le littoral se rapproche du quatre-vingt- quatrième degré, résolurent de faire valoir leurs droits par l’intervention de délégués officiels. On le verra, du reste : elles ne prétendaient pas acheter au delà d’un prix relativement modique, car il s’agissait d’un domaine dont il serait peut-être impossible de prendre possession. Toutefois l’insatiable Angleterre crut devoir ouvrir à son agent un crédit de quelque importance. Hâtons-nous de le dire : la cession des contrées circumpolaires ne menaçait aucunement l’équilibre européen, et il ne devait en résulter aucune complication internationale. M. de Bismarck le grand chancelier vivait encore à cette époque ne fronça même pas son épais sourcil de Jupiter allemand.
Restaient donc en présence l’Angleterre, le Danemark, la Suède-Norvège, la Hollande, la Russie, qui allaient être admises à lancer leurs enchères par-devant le commissaire- priseur de Baltimore, contradictoirement avec les États-Unis. Ce serait au plus offrant qu’appartiendrait cette calotte glacée du Pôle, dont la valeur marchande était au moins très contestable.
Voici, au surplus, les raisons personnelles pour lesquelles les cinq États européens désiraient assez rationnellement que l’adjudication fût faite à leur profit.
La Suède-Norvège, propriétaire du cap Nord, situé au delà du soixante-dixième parallèle, ne cacha point qu’elle se considérait comme ayant des droits sur les vastes espaces qui s’étendent jusqu’au Spitzberg, et, par delà, jusqu’au Pôle même. En effet, le norvégien Kheilhau, le célèbre suédois Nordenskiöld, n’avaient-ils pas contribué aux progrès géographiques dans ces parages? Incontestablement.
Le Danemark disait ceci : c’est qu’il était déjà maître de l’Islande et des îles Feroë, à peu près sur la ligne du Cercle polaire, que les colonies, fondées le plus au nord des régions arctiques, lui appartenaient, tels l’île Diskö dans le détroit de Davis, les établissements d’Holsteinborg, de Proven, de Godhavn, d’Upernavik dans la mer de Baffin et sur la côte occidentale du Groënland. En outre, le fameux navigateur Behring, d’origine danoise, bien qu’il fût alors au service de la Russie, n’avait-il pas, dès l’année 1728, franchi le détroit auquel son nom est resté, avant d’aller, treize ans plus tard, mourir misérablement, avec trente hommes de son équipage, sur le littoral d’une île qui porte aussi son nom? Antérieurement, en l’an 1619, est-ce que le navigateur Jean Munk n’avait pas exploré la côte orientale du Groënland, et relevé plusieurs points totalement inconnus avant lui? Le Danemark avait donc des droits sérieux à se rendre acquéreur.
Pour la Hollande, c’étaient ses marins, Barentz et Heemskerk, qui avaient visité le Spitzberg et la Nouvelle- Zemble, dès la fin du XVIème siècle. C’était l’un de ses enfants, Jean Mayen, dont l’audacieuse campagne vers le nord, en 1611, avait valu à son pays la possession de l’île de ce nom, située au delà du soixante et onzième degré de latitude. Donc, son passé l’engageait.
Table of contents
Inside this edition
- 01Full text
- 02I — Où la « North Polar Practical Association » lance un document à travers les deux mondes.
- 03II — Dans lequel les délégués anglais, hollandais, suédois, danois et russe se présentent au lecteur.
- 04III — Dans lequel se fait l’adjudication des régions du pôle arctique.
- 05IV — Dans lequel reparaissent de vieilles connaissances de nos jeunes lecteurs.
- 06V — Et d’abord, peut-on admettre qu’il y ait des houillères près du Pôle nord?
- 07VI — Dans lequel est interrompue une conversation téléphonique entre Mrs Scorbitt et J.-T. Maston.
- 08VII — Dans lequel le président Barbicane n’en dit pas plus qu’il ne lui convient d’en dire.
- 09VIII — « Comme dans Jupiter? » a dit le président du Gun-Club.
- 10IX — Dans lequel on sent apparaître un Deus ex Machina d’origine française.
- 11X — Dans lequel diverses inquiétudes commencent à se faire jour.
- 12XI — Ce qui se trouve dans le carnet de J.-T. Maston, et ce qui ne s’y trouve plus.
- 13XII — Dans lequel J.-T. Maston continue héroïquement à se taire.
- 14XIII — La fin duquel J.-T. Maston fait une réponse véritablement épique.
- 15XIV — Très court, mais dans lequel l’x prend une valeur géographique.
- 16XV — Qui contient quelques détails vraiment intéressants pour les habitants du sphéroïde terrestre.
- 17XVI — Dans lequel le choeur des mécontents va crescendo et rinforzando.
- 18XVII — Ce qui s’est fait au Kilimandjaro pendant huit mois de cette année mémorable.
- 19XVIII — Dans lequel les populations du Wamasai attendent que le président Barbicane crie feu! au capitaine Nicholl.
- 20XIX — Dans lequel J.-T. Maston regrette peut-être le temps où la foule voulait le lyncher.
- 21XX — Qui termine cette curieuse histoire aussi véridique qu’invraisemblable.
- 22XXI — Très court, mais tout à fait rassurant pour l’avenir du monde.
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