
French Edition
Literature
Poèmes saturniens
French BooksWhale Edition by Paul Verlaine
Poèmes saturniens est un classique du domaine public autour de mélancolie, musique verbale et naissance du symbolisme.
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Book introduction
Poèmes saturniens
Poèmes saturniens de Paul Verlaine est une œuvre française originale consacrée à mélancolie, musique verbale et naissance du symbolisme. Cette édition BooksWhale privilégie un texte classique, lisible et recherché, avec une base de domaine public vérifiée selon un critère mondial conservateur.
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L’auteur est mort en 1896 et l’œuvre originale a été publiée en 1866; sélectionnée selon un contrôle conservateur du domaine public mondial: décès au plus tard en 1925 et première publication au plus tard en 1930.
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Poèmes saturniens
Paul Verlaine
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Poèmes saturniens (1866)
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« Les Sages d’autrefois, qui valaient bien ceux-ci »
Table of contents
Inside this edition
- 01Full text
- 02Poèmes saturniens (1866)
- 03« Les Sages d’autrefois, qui valaient bien ceux-ci »
- 04Prologue
- 05Melancholia
- 06I.
- 07Résignation
- 08II.
- 09Nevermore
- 10III.
- 11Après trois ans
- 12IV.
- 13Vœu
- 14V.
- 15Lassitude
- 16VI.
- 17Mon rêve familier
- 18VII.
- 19À une femme
- 20VIII.
- 21L’Angoisse
- 22Eaux-fortes
- 23I.
- 24Croquis parisien
- 25II.
- 26Cauchemar
- 27III.
- 28Marine
- 29IV.
- 30Effet de nuit
- 31V.
- 32Grotesques
- 33Paysages tristes
- 34I.
- 35Soleils couchants
- 36II.
- 37Crépuscule du soir mystique
- 38III.
- 39Promenade sentimentale
- 40IV.
- 41Nuit du Walpurgis classique
- 42V.
- 43Chanson d’automne
- 44VI.
- 45L’heure du berger
- 46VII.
- 47Le rossignol
- 48Caprices
- 49I.
- 50Femme et chatte
- 51II.
- 52Jésuitisme
- 53III.
- 54La chanson des ingénues
- 55IV.
- 56Une grande dame
- 57V.
- 58Monsieur Prudhomme
- 59Initium
- 60Çavitri
- 61Sub urbe
- 62Sérénade
- 63Un dahlia
- 64Nevermore
- 65Il Bacio
- 66Dans les bois
- 67Nocturne parisien
- 68Marco
- 69César Borgia
- 70La mort de Philippe II
- 71Épilogue
- 72« Les Sages d’autrefois, qui valaient bien ceux-ci »
- 73(On a beaucoup raillé, sans penser que souvent
- 74Cette explication du mystère nocturne.)
- 75Brûlant comme une lave, et rare, coule et roule
- 76Tels les Saturniens doivent souffrir et tels
- 77Mourir, — en admettant que nous soyons mortels, —
- 78Leur plan de vie étant dessiné ligne à ligne
- 79P. V.
- 80Prologue
- 81PROLOGUE
- 82Et, par l’intensité de leur vertu, troublant
- 83Ah! la terre et la mer et le ciel, purs encor
- 84Et jeunes, qu’arrosait une lumière d’or
- 85Frémissante, entendaient, apaisant leurs murmures
- 86Ce pendant que le ciel et la mer et la terre
- 87Voyaient — rouges et las de leur travail austère —
- 88Une connexité grandiosement calme
- 89Valmiki l’excellent à l’excellent Rama:
- 90Les Aèdes, Orpheus, Akaïos, étaient
- 91Et non moins que de l’art d’Arès furent épris
- 92Akhilleus entre tous! Et le Laëtiade
- 93— Plus tard, vers des climats plus rudes, en des ères
- 94Est-ce que le Trouvère héroïque n’eut pas
- 95De Roland et de ceux qui virent Roncevaux
- 96— Aujourd’hui l’Action et le Rêve ont brisé
- 97Et plusieurs ont trouvé funeste ce divorce
- 98La Force qu’autrefois le Poète tenait
- 99La force, maintenant, la Force, c’est la Bête
- 100Féroce bondissante et folle et toujours prête
- 101À tout carnage, à tout dévastement, à tout
- 102Trouble, enivrée, en proie aux cent mille délires
- 103C’est l’ouragan, c’est la tempête, c’est la houle
- 104Marine dans la nuit sans étoiles, qui roule
- 105Et déroule parmi des bruits sourds l’effroi vert
- 106— Cependant, orgueilleux et doux, loin des vacarmes
- 107De la vie et du choc désordonné des armes
- 108Mercenaires, voyez, gravissant les hauteurs
- 109Ineffables, voici le groupe des Chanteurs
- 110Vêtus de blanc, et des lueurs d’apothéoses
- 111Empourprent la fierté sereine de leurs poses:
- 112C’est qu’ils ont à la fin compris qu’il ne faut plus
- 113Mêler leur note pure aux cris irrésolus
- 114Où le rayonnement des choses éternelles
- 115Ne sauraient s’abaisser une heure seulement
- 116Et sur vos vanités plates; et si naguères
- 117On le vit au milieu des hommes, épousant
- 118Leurs querelles, pleurant avec eux, les poussant
- 119Aux guerres, célébrant l’orgueil des Républiques
- 120S’il honorait parfois le présent d’un salut
- 121Et daignait consentir à ce rôle de prêtre
- 122D’aimer et de bénir, et s’il voulait bien être
- 123Résignation
- 124MELANCHOLIA
- 125I
- 126RÉSIGNATION
- 127Nevermore
- 128II
- 129NEVERMORE
- 130Souvenir, souvenir, que me veux-tu? L’automne
- 131Et le soleil dardait un rayon monotone
- 132Soudain, tournant vers moi son regard émouvant:
- 133Et qu’il bruit avec un murmure charmant
- 134Après trois ans
- 135III
- 136APRÈS TROIS ANS
- 137Je me suis promené dans le petit jardin
- 138Rien n’a changé. J’ai tout revu: l’humble tonnelle
- 139De vigne folle avec les chaises de rotin…
- 140Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
- 141Vœu
- 142IV
- 143VŒU
- 144Sont-elles assez loin toutes ces allégresses
- 145Et toutes ces candeurs! Hélas! toutes devers
- 146Le Printemps des regrets ont fui les noirs hivers
- 147Et qui parfois vous baise au front, comme un enfant
- 148Lassitude
- 149V
- 150LASSITUDE
- 151(Gongora.)
- 152Même au fort du déduit, parfois, vois-tu, l’amante
- 153Va, l’étreinte jalouse et le spasme obsesseur
- 154La fauve passion va sonnant l’oliphant
- 155Mon rêve familier
- 156VI
- 157MON RÊVE FAMILIER
- 158Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
- 159Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
- 160Car elle me comprend, et mon cœur, transparent
- 161Pour elle seule, hélas! cesse d’être un problème
- 162Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
- 163À une femme
- 164VII
- 165À UNE FEMME
- 166À vous ces vers, de par la grâce consolante
- 167De par votre âme, pure et toute bonne, à vous
- 168C’est qu’hélas! le hideux cauchemar qui me hante
- 169Se multipliant comme un cortège de loups
- 170Oh! je souffre, je souffre affreusement, si bien
- 171Que le gémissement premier du premier homme
- 172Et les soucis que vous pouvez avoir sont comme
- 173L’Angoisse
- 174VIII
- 175L’ANGOISSE
- 176Nature, rien de toi ne m’émeut, ni les champs
- 177Nourriciers, ni l’écho vermeil des pastorales
- 178Des vers, des temples grecs et des tours en spirales
- 179Je ne crois pas en Dieu, j’abjure et je renie
- 180Lasse de vivre, ayant peur de mourir, pareille
- 181Croquis parisien
- 182EAUX-FORTES
- 183I
- 184CROQUIS PARISIEN
- 185La lune plaquait ses teintes de zinc
- 186Des bouts de fumée en forme de cinq
- 187Le ciel était gris, la bise pleurait
- 188Au loin, un matou frileux et discret
- 189Moi, j’allais, rêvant du divin Platon
- 190Cauchemar
- 191II
- 192CAUCHEMAR
- 193J’ai vu passer dans mon rêve
- 194D’une main tenant un glaive
- 195Ce cavalier
- 196Des ballades d’Allemagne
- 197Un étalon
- 198Ni hop! ni cravache, entraîne
- 199Parmi des râlements sourds
- 200Un grand feutre à longue plume
- 201Ombrait son œil qui s’allume
- 202Éclate et meurt l’éclair bleu
- 203Comme l’aile d’une orfraie
- 204Son manteau se soulevant
- 205Et montrait d’un air de gloire
- 206Tandis que dans la nuit noire
- 207Luisaient en des cris stridents
- 208Marine
- 209III
- 210MARINE
- 211L’Océan sonore
- 212Palpite sous l’œil
- 213De la lune en deuil
- 214Tandis qu’un éclair
- 215Brutal et sinistre
- 216Fend le ciel de bistre
- 217Rugit le tonnerre
- 218Effet de nuit
- 219IV
- 220EFFET DE NUIT
- 221La nuit. La pluie. Un ciel blafard que déchiquette
- 222De flèches et de tours à jour la silhouette
- 223La plaine. Un gibet plein de pendus rabougris
- 224Secoués par le bec avide des corneilles
- 225Quelques buissons d’épine épars, et quelques houx
- 226Et puis, autour de trois livides prisonniers
- 227Qui vont pieds nus, un gros de hauts pertuisaniers
- 228Grotesques
- 229V
- 230GROTESQUES
- 231Par le chemin des aventures
- 232Les enfants leur tirent la langue
- 233D’un mauvais rêve que l’on fait:
- 234C’est que, sur leurs aigres guitares
- 235C’est enfin que dans leurs prunelles
- 236Rit et pleure — fastidieux —
- 237La nature à l’homme s’allie
- 238Pour châtier comme il le faut
- 239L’orgueilleuse mélancolie
- 240Et, vengeant sur vous le blasphème
- 241Meurtrit votre front anathème
- 242Les juins brûlent et les décembres
- 243Maigre et froide, votre cadavre
- 244Soleils couchants
- 245PAYSAGES TRISTES
- 246À Catulle Mendès
- 247I
- 248SOLEILS COUCHANTS
- 249Une aube affaiblie
- 250Verse par les champs
- 251La mélancolie
- 252La mélancolie
- 253Berce de doux chants
- 254Mon cœur qui s’oublie
- 255Comme des soleils
- 256Défilent, pareils
- 257À des grands soleils
- 258Crépuscule du soir mystique
- 259II
- 260CRÉPUSCULE DU SOIR MYSTIQUE
- 261Le Souvenir avec le Crépuscule
- 262Rougeoie et tremble à l’ardent horizon
- 263De l’Espérance en flamme qui recule
- 264Et s’agrandit ainsi qu’une cloison
- 265Mystérieuse où mainte floraison
- 266— Dahlia, lys, tulipe et renoncule —
- 267S’élance autour d’un treillis, et circule
- 268Parmi la maladive exhalaison
- 269De parfums lourds et chauds, dont le poison
- 270— Dahlia, lys, tulipe et renoncule —
- 271Promenade sentimentale
- 272III
- 273PROMENADE SENTIMENTALE
- 274Le couchant dardait ses rayons suprêmes
- 275Moi j’errais tout seul, promenant ma plaie
- 276Au long de l’étang, parmi la saulaie
- 277Où la brume vague évoquait un grand
- 278Fantôme laiteux se désespérant
- 279Et pleurant avec la voix des sarcelles
- 280Qui se rappelaient en battant des ailes
- 281Parmi la saulaie où j’errais tout seul
- 282Promenant ma plaie; et l’épais linceul
- 283Des ténèbres vint noyer les suprêmes
- 284Rayons du couchant dans ses ondes blêmes
- 285Nuit du Walpurgis classique
- 286IV
- 287NUIT DU WALPURGIS CLASSIQUE
- 288Un rhythmique sabbat, rhythmique, extrêmement
- 289Des ronds-points; au milieu, des jets d’eau; des allées
- 290Toutes droites; sylvains de marbre; dieux marins
- 291Plus loin, des ifs taillés en triangles. La lune
- 292Minuit sonne, et réveille au fond du parc aulique
- 293Un air mélancolique, un sourd, lent et doux air
- 294Des chants voilés de cors lointains où la tendresse
- 295Des sens étreint l’effroi de l’âme en des accords
- 296Et voici qu’à l’appel des cors
- 297Diaphanes, et que le clair de lune fait
- 298— Un Watteau rêvé par Raffet! —
- 299S’entrelacent parmi l’ombre verte des arbres
- 300Puis, autour des massifs, des bronzes et des marbres
- 301— Ces spectres agités, sont-ce donc la pensée
- 302Sont-ce donc ton remords, ô rêvasseur qu’invite
- 303L’horreur, ou ton regret, ou ta pensée, — hein? — tous
- 304Ou bien des morts qui seraient fous? —
- 305Menant leur ronde vaste et morne et tressautant
- 306Et s’évaporent à l’instant
- 307Humide et blême où l’aube éteint l’un après l’autre
- 308Les cors, en sorte qu’il ne reste absolument
- 309Chanson d’automne
- 310V
- 311CHANSON D’AUTOMNE
- 312Les sanglots longs
- 313Des violons
- 314De l’automne
- 315Blessent mon cœur
- 316D’une langueur
- 317Tout suffocant
- 318Et blême, quand
- 319Je me souviens
- 320Des jours anciens
- 321Et je m’en vais
- 322Au vent mauvais
- 323Qui m’emporte
- 324Pareil à la
- 325L’heure du berger
- 326VI
- 327L’HEURE DU BERGER
- 328Dans un brouillard qui danse, la prairie
- 329S’endort fumeuse, et la grenouille crie
- 330Les chats-huants s’éveillent, et sans bruit
- 331Le rossignol
- 332VII
- 333LE ROSSIGNOL
- 334S’abattent parmi le feuillage jaune
- 335De mon cœur mirant son tronc plié d’aune
- 336S’abattent, et puis la rumeur mauvaise
- 337S’éteint par degrés dans l’arbre, si bien
- 338Plus rien que la voix, — ô si languissante! —
- 339Et, dans la splendeur triste d’une lune
- 340Se levant blafarde et solennelle, une
- 341Berce sur l’azur qu’un vent doux effleure
- 342Femme et chatte
- 343CAPRICES
- 344I
- 345FEMME ET CHATTE
- 346Et c’était merveille de voir
- 347La main blanche et la blanche patte
- 348Elle cachait — la scélérate! —
- 349Sous ces mitaines de fil noir
- 350L’autre aussi faisait la sucrée
- 351Mais le diable n’y perdait rien…
- 352Jésuitisme
- 353II
- 354JÉSUITISME
- 355Le chagrin qui me tue est ironique, et joint
- 356Le sarcasme au supplice, et ne torture point
- 357Franchement, mais picote avec un faux sourire
- 358C’est un Tartuffe qui, tout en mettant des roses
- 359Tout en faisant chanter à des enfants de chœurs
- 360Tout en amidonnant ces guimpes amoureuses
- 361La chanson des ingénues
- 362III
- 363LA CHANSON DES INGÉNUES
- 364Nous sommes les Ingénues
- 365Et le jour n’est pas plus pur
- 366Et nous courons par les prés
- 367Et rions et babillons
- 368Et des chapeaux de bergères
- 369Et nos robes — si légères —
- 370Les Richelieux, les Caussades
- 371Et les chevaliers Faublas
- 372Les saluts et les « hélas! »
- 373Mais en vain, et leurs mimiques
- 374Se viennent casser le nez
- 375Devant les plis ironiques
- 376Et notre candeur se raille
- 377Des imaginations
- 378Bien que parfois nous sentions
- 379Battre nos cœurs sous nos mantes
- 380En nous sachant les amantes
- 381Une grande dame
- 382IV
- 383UNE GRANDE DAME
- 384Elle parle — et ses dents font un miroitement —
- 385Ses yeux froids où l’émail sertit le bleu de Prusse
- 386Pour la splendeur du sein, pour le rayonnement
- 387De la peau, nulle reine ou courtisane, fût-ce
- 388Vois, ô bon Buridan: « C’est une grande dame! »
- 389Monsieur Prudhomme
- 390V
- 391MONSIEUR PRUDHOMME
- 392Dans un rêve sans fin, flottent insoucieux
- 393Que lui fait l’astre d’or, que lui fait la charmille
- 394Monsieur Prudhomme songe à marier sa fille
- 395Ces fainéants barbus, mal peignés, il les a
- 396Initium
- 397INITIUM
- 398Et le bal tournoyait quand je la vis passer
- 399Avec ses cheveux blonds jouant sur les volutes
- 400De son oreille où mon Désir comme un baiser
- 401Cependant elle allait, et la mazurque lente
- 402— Rime mélodieuse, image étincelante, —
- 403Et son âme d’enfant rayonnait à travers
- 404Et depuis, ma Pensée — immobile — contemple
- 405Çavitri
- 406ÇAVITRI
- 407Maha-Bharata
- 408Pour sauver son époux, Çavitri fit le vœu
- 409Debout, sans remuer jambes, buste ou paupières:
- 410Ni, Curya, tes rais cruels, ni la langueur
- 411Que Tchandra vient épandre à minuit sur les cimes
- 412Sub urbe
- 413SUB URBE
- 414Les petits ifs du cimetière
- 415Les croix de bois des tombes neuves
- 416Là-haut de grands nuages tors
- 417Chez les pauvres morts, à toute heure
- 418— Qu’on les oublie ou qu’on les pleure! —
- 419Refleurisse l’enchanteresse
- 420Gloire des jardins et des champs
- 421L’or dilaté d’un ciel sans bornes
- 422Sérénade
- 423SÉRÉNADE
- 424Comme la voix d’un mort qui chanterait
- 425Maîtresse, entends monter vers ton retrait
- 426Ouvre ton âme et ton oreille au son
- 427De ma mandoline:
- 428Pour toi j’ai fait, pour toi, cette chanson
- 429Je chanterai tes yeux d’or et d’onyx
- 430Puis le Léthé de ton sein, puis le Styx
- 431Comme la voix d’un mort qui chanterait
- 432Maîtresse, entends monter vers ton retrait
- 433Cette chair bénie
- 434Dont le parfum opulent me revient
- 435Et pour finir, je dirai le baiser
- 436Ouvre ton âme et ton oreille au son
- 437De ma mandoline:
- 438Pour toi j’ai fait, pour toi, cette chanson
- 439Un dahlia
- 440UN DAHLIA
- 441Courtisane au sein dur, à l’œil opaque et brun
- 442Fleur grasse et riche, autour de toi ne flotte aucun
- 443Arome, et la beauté sereine de ton corps
- 444Tu ne sens même pas la chair, ce goût qu’au moins
- 445Nevermore
- 446NEVERMORE
- 447Vieillard prématuré, mets du fard sur tes rides:
- 448Car mon rêve impossible a pris corps, et je l’ai
- 449Entre mes bras pressé: le Bonheur, cet ailé
- 450Mais la FATALITÉ ne connaît point de trêve:
- 451Il Bacio
- 452IL BACIO
- 453Vif accompagnement sur le clavier des dents
- 454Tu consoles et tu berces, et le chagrin
- 455Expire avec la moue en ton pli purpurin…
- 456T’offrir que ce bouquet de strophes enfantines:
- 457Sois bénin et, pour prix, sur les lèvres mutines
- 458Dans les bois
- 459DANS LES BOIS
- 460D’autres, ― des innocents ou bien des lymphatiques, ―
- 461Ils sont heureux! Pour moi, nerveux, et qu’un remords
- 462Par les forêts je tremble à la façon d’un lâche
- 463D’où tombe un noir silence avec une ombre encor
- 464Plus noire, tout ce morne et sinistre décor
- 465Surtout les soirs d’été: la rougeur du couchant
- 466Se fond dans le gris bleu des brumes qu’elle teinte
- 467D’incendie et de sang; et l’angélus qui tinte
- 468Le vent se lève chaud et lourd, un frisson passe
- 469Et repasse, toujours plus fort, dans l’épaisseur
- 470La nuit vient. Le hibou s’envole. C’est l’instant
- 471Où l’on songe aux récits des aïeules naïves…
- 472Sous un fourré, là-bas, là-bas, des sources vives
- 473Nocturne parisien
- 474NOCTURNE PARISIEN
- 475Roule, roule ton flot indolent, morne Seine. —
- 476Sur tes ponts qu’environne une vapeur malsaine
- 477Le Tibre a sur ses bords des ruines qui font
- 478Le gai Guadalquivir rit aux blonds orangers
- 479Le Pactole a son or, le Bosphore a sa rive
- 480Le Rhin est un burgrave, et c’est un troubadour
- 481L’Eurotas, où l’essaim des cygnes familiers
- 482Enfin, Ganga, parmi les hauts palmiers tremblants
- 483Et les rouges padmas, marche à pas fiers et lents
- 484En appareil royal, tandis qu’au loin la foule
- 485Deux quais crasseux, semés de l’un à l’autre bout
- 486D’affreux bouquins moisis et d’une foule insigne
- 487Oui, mais quand vient le soir, raréfiant enfin
- 488Qu’il fait bon aux rêveurs descendre de leurs bouges
- 489Et, s’accoudant au pont de la Cité, devant
- 490Tout bruit s’apaise autour. À peine un vague son
- 491— Puis, tout à coup, ainsi qu’un ténor effaré
- 492Éclate en quelque coin l’orgue de Barbarie:
- 493Qu’enfants nous tapotions sur nos harmonicas
- 494Et dans une harmonie étrange et fantastique
- 495Et la nuit terne arrive et Vénus se balance
- 496Sur une molle nue au fond des cieux obscurs:
- 497Et l’astre et les flambeaux font des zigzags fantasques
- 498Et le contemplateur sur le haut garde-fou
- 499Par l’air et par les ans rouillé comme un vieux sou
- 500Si terribles, que l’Homme, ivre de la douleur
- 501Sous la fatalité de votre regard creux
- 502Et vous êtes aussi toutes trois si jalouses
- 503De tuer et d’offrir au grand Ver des épouses
- 504Et si l’on craindrait moins périr par les terreurs
- 505De vieux serpent boueux, emportant vers tes havres
- 506Marco
- 507MARCO[1]
- 508Quand Marco passait, tous les jeunes hommes
- 509Se penchaient pour voir ses yeux, des Sodomes
- 510Où les feux d’Amour brûlaient sans pitié
- 511Tout autour dansaient des parfums mystiques
- 512Sa robe rendait d’étranges musiques
- 513Quand Marco chantait, ses mains, sur l’ivoire
- 514Évoquaient souvent la profondeur noire
- 515Et sa voix montait dans les paradis
- 516Et l’enthousiasme alors transportait
- 517Vers des cieux connus quiconque écoutait
- 518Quand Marco pleurait, ses terribles larmes
- 519Ses lèvres de sang fonçaient leur carmin
- 520Son courroux croissait, rouge, et l’on aurait
- 521Dit d’une lionne à l’âpre forêt
- 522Quand Marco dansait, sa jupe moirée
- 523Et, tel qu’un bambou flexible, son flanc
- 524Emphatiquement cynique, haussait
- 525Ses mates splendeurs, et cela faisait
- 526Quand Marco dormait, oh! quels parfums d’ambre
- 527Sous les draps la ligne exquise du dos
- 528Ondulait, et dans l’ombre des rideaux
- 529Un sommeil heureux et calme fermait
- 530Ses yeux, et ce doux mystère charmait
- 531Mais quand elle aimait, des flots de luxure
- 532Débordaient, ainsi que d’une blessure
- 533De ce corps cruel que son crime absout:
- 534Noyait la pensée, et bouleversait
- 535Tout sur son passage, et rebondissait
- 536César Borgia
- 537CÉSAR BORGIA
- 538Sur fond sombre noyant un riche vestibule
- 539Où le buste d’Horace et celui de Tibulle
- 540Les yeux noirs, les cheveux noirs et le velours noir
- 541Avec la pâleur mate et belle du visage
- 542Vu de trois quarts et très ombré, suivant l’usage
- 543Est mince, et l’on dirait que la tenture bouge
- 544Médite sous la toque où frissonne une plume
- 545La mort de Philippe II
- 546LA MORT DE PHILIPPE II
- 547Le coucher d’un soleil de septembre ensanglante
- 548La plaine morne et l’âpre arête des sierras
- 549Le Guadarrama pousse entre les sables ras
- 550Son flot hâtif qui va réfléchissant par places
- 551Le grand vol anguleux des éperviers rapaces
- 552Despotique, et dressant au-devant du zénith
- 553Montent droits, blancs et nus, sans autres ornements
- 554Avec des bruits pareils aux rudes hurlements
- 555D’un ours que des bergers navrent de coups de pioches
- 556Circule — tortueux serpent hiératique —
- 557Une procession de moines aux frocs blonds
- 558— Qui donc ici se meurt? Pour qui sur le chemin
- 559Cette paille épandue et ces croix long-voilées
- 560Selon le rituel catholique romain? —
- 561Une vague rougeur plus triste que la nuit
- 562Filtre à rais indécis par les plis des tentures
- 563Parmi le clair-obscur transparent et profond
- 564S’agitent effarés des hommes et des femmes
- 565Et, trouant par éclairs distancés avec art
- 566L’opaque demi-jour, les cuirasses de cuivre
- 567Des rideaux de drap d’or roides comme des murs
- 568Dans le lit, un vieillard d’une maigreur insigne
- 569Avides, empressés, fourmillants, et jaloux
- 570De pomper tout le sang malsain du mourant fauve
- 571Le Roi Philippe Deux d’Espagne, — saluez! —
- 572Brillent, et maints drapeaux où l’oiseau noir s’étale
- 573Pendent de çà de là, vaguement remués!…
- 574— La porte s’ouvre. Un flot de lumière brutale
- 575Jaillit soudain, déferle et bientôt s’établit
- 576Entrent dix capucins qui restent en prière:
- 577Et les élancements farouches de la Foi
- 578Sonne sur les tapis, régulier, emphatique:
- 579Et tous sur son trajet dans un geste extatique
- 580Et la Confession commence. Sur le flanc
- 581Vous fûtes, ce faisant, orthodoxe et fidèle. » —
- 582Péniblement, et comme arrachant par lambeaux
- 583Le Roi, dont la lueur tragique des flambeaux
- 584Et deux larmes coulaient tremblantes sur sa joue
- 585« Ayant voulu tirer l’Espagne dans la boue
- 586« De l’hérésie anglaise, et de plus n’ayant point
- 587« Frémi de conspirer — ô ruses abhorrées! —
- 588Le moine ensuite dit les formules sacrées
- 589Sur la langue du Roi la déposa. Tous bruits
- 590Pria, muette et pâle, et nul n’a su depuis
- 591— Qui dira les pensers obscurs que protégea
- 592Ayant communié, le Roi se replongea
- 593Dans l’ampleur des coussins, et la béatitude
- 594De l’Absolution reçue ouvrant déjà
- 595Épanouit ses traits en un sourire exquis
- 596Puis le râle des morts hurla dans la poitrine
- 597De l’auguste malade avec des sursauts fous:
- 598Épilogue
- 599ÉPILOGUE
- 600I
- 601La Nature a quitté pour cette fois son trône
- 602De splendeur, d’ironie et de sérénité:
- 603Et son âme éternelle et sa forme immortelle
- 604II
- 605Donc, c’en est fait. Ce livre est clos. Chères Idées
- 606Qui rayiez mon ciel gris de vos ailes de feu
- 607Il faut nous séparer. Jusqu’aux jours plus propices
- 608III
- 609Ce qu’il nous faut à nous, les Suprêmes Poètes
- 610À nous qui ciselons les mots comme des coupes
- 611À nous qu’on ne voit point les soirs aller par groupes
- 612Cramponnée au projet comme un noble condor
- 613C’est la nuit, l’âpre nuit du travail, d’où se lève
- 614Pauvres gens! l’Art n’est pas d’éparpiller son âme:
- 615Nous donc, sculptons avec le ciseau des Pensées
- 616Et faisons-en surgir sous nos mains empressées
- 617Afin qu’un jour, frappant de rayons gris et roses
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