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French Edition

Literature

Poèmes saturniens

French BooksWhale Edition by Paul Verlaine

Poèmes saturniens est un classique du domaine public autour de mélancolie, musique verbale et naissance du symbolisme.

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Poèmes saturniens

Poèmes saturniens de Paul Verlaine est une œuvre française originale consacrée à mélancolie, musique verbale et naissance du symbolisme. Cette édition BooksWhale privilégie un texte classique, lisible et recherché, avec une base de domaine public vérifiée selon un critère mondial conservateur.

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L’auteur est mort en 1896 et l’œuvre originale a été publiée en 1866; sélectionnée selon un contrôle conservateur du domaine public mondial: décès au plus tard en 1925 et première publication au plus tard en 1930.

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Poèmes saturniens

Paul Verlaine

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Poèmes saturniens (1866)

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« Les Sages d’autrefois, qui valaient bien ceux-ci »

Table of contents

Inside this edition

  1. 01Full text
  2. 02Poèmes saturniens (1866)
  3. 03« Les Sages d’autrefois, qui valaient bien ceux-ci »
  4. 04Prologue
  5. 05Melancholia
  6. 06I.
  7. 07Résignation
  8. 08II.
  9. 09Nevermore
  10. 10III.
  11. 11Après trois ans
  12. 12IV.
  13. 13Vœu
  14. 14V.
  15. 15Lassitude
  16. 16VI.
  17. 17Mon rêve familier
  18. 18VII.
  19. 19À une femme
  20. 20VIII.
  21. 21L’Angoisse
  22. 22Eaux-fortes
  23. 23I.
  24. 24Croquis parisien
  25. 25II.
  26. 26Cauchemar
  27. 27III.
  28. 28Marine
  29. 29IV.
  30. 30Effet de nuit
  31. 31V.
  32. 32Grotesques
  33. 33Paysages tristes
  34. 34I.
  35. 35Soleils couchants
  36. 36II.
  37. 37Crépuscule du soir mystique
  38. 38III.
  39. 39Promenade sentimentale
  40. 40IV.
  41. 41Nuit du Walpurgis classique
  42. 42V.
  43. 43Chanson d’automne
  44. 44VI.
  45. 45L’heure du berger
  46. 46VII.
  47. 47Le rossignol
  48. 48Caprices
  49. 49I.
  50. 50Femme et chatte
  51. 51II.
  52. 52Jésuitisme
  53. 53III.
  54. 54La chanson des ingénues
  55. 55IV.
  56. 56Une grande dame
  57. 57V.
  58. 58Monsieur Prudhomme
  59. 59Initium
  60. 60Çavitri
  61. 61Sub urbe
  62. 62Sérénade
  63. 63Un dahlia
  64. 64Nevermore
  65. 65Il Bacio
  66. 66Dans les bois
  67. 67Nocturne parisien
  68. 68Marco
  69. 69César Borgia
  70. 70La mort de Philippe II
  71. 71Épilogue
  72. 72« Les Sages d’autrefois, qui valaient bien ceux-ci »
  73. 73(On a beaucoup raillé, sans penser que souvent
  74. 74Cette explication du mystère nocturne.)
  75. 75Brûlant comme une lave, et rare, coule et roule
  76. 76Tels les Saturniens doivent souffrir et tels
  77. 77Mourir, — en admettant que nous soyons mortels, —
  78. 78Leur plan de vie étant dessiné ligne à ligne
  79. 79P. V.
  80. 80Prologue
  81. 81PROLOGUE
  82. 82Et, par l’intensité de leur vertu, troublant
  83. 83Ah! la terre et la mer et le ciel, purs encor
  84. 84Et jeunes, qu’arrosait une lumière d’or
  85. 85Frémissante, entendaient, apaisant leurs murmures
  86. 86Ce pendant que le ciel et la mer et la terre
  87. 87Voyaient — rouges et las de leur travail austère —
  88. 88Une connexité grandiosement calme
  89. 89Valmiki l’excellent à l’excellent Rama:
  90. 90Les Aèdes, Orpheus, Akaïos, étaient
  91. 91Et non moins que de l’art d’Arès furent épris
  92. 92Akhilleus entre tous! Et le Laëtiade
  93. 93— Plus tard, vers des climats plus rudes, en des ères
  94. 94Est-ce que le Trouvère héroïque n’eut pas
  95. 95De Roland et de ceux qui virent Roncevaux
  96. 96— Aujourd’hui l’Action et le Rêve ont brisé
  97. 97Et plusieurs ont trouvé funeste ce divorce
  98. 98La Force qu’autrefois le Poète tenait
  99. 99La force, maintenant, la Force, c’est la Bête
  100. 100Féroce bondissante et folle et toujours prête
  101. 101À tout carnage, à tout dévastement, à tout
  102. 102Trouble, enivrée, en proie aux cent mille délires
  103. 103C’est l’ouragan, c’est la tempête, c’est la houle
  104. 104Marine dans la nuit sans étoiles, qui roule
  105. 105Et déroule parmi des bruits sourds l’effroi vert
  106. 106— Cependant, orgueilleux et doux, loin des vacarmes
  107. 107De la vie et du choc désordonné des armes
  108. 108Mercenaires, voyez, gravissant les hauteurs
  109. 109Ineffables, voici le groupe des Chanteurs
  110. 110Vêtus de blanc, et des lueurs d’apothéoses
  111. 111Empourprent la fierté sereine de leurs poses:
  112. 112C’est qu’ils ont à la fin compris qu’il ne faut plus
  113. 113Mêler leur note pure aux cris irrésolus
  114. 114Où le rayonnement des choses éternelles
  115. 115Ne sauraient s’abaisser une heure seulement
  116. 116Et sur vos vanités plates; et si naguères
  117. 117On le vit au milieu des hommes, épousant
  118. 118Leurs querelles, pleurant avec eux, les poussant
  119. 119Aux guerres, célébrant l’orgueil des Républiques
  120. 120S’il honorait parfois le présent d’un salut
  121. 121Et daignait consentir à ce rôle de prêtre
  122. 122D’aimer et de bénir, et s’il voulait bien être
  123. 123Résignation
  124. 124MELANCHOLIA
  125. 125I
  126. 126RÉSIGNATION
  127. 127Nevermore
  128. 128II
  129. 129NEVERMORE
  130. 130Souvenir, souvenir, que me veux-tu? L’automne
  131. 131Et le soleil dardait un rayon monotone
  132. 132Soudain, tournant vers moi son regard émouvant:
  133. 133Et qu’il bruit avec un murmure charmant
  134. 134Après trois ans
  135. 135III
  136. 136APRÈS TROIS ANS
  137. 137Je me suis promené dans le petit jardin
  138. 138Rien n’a changé. J’ai tout revu: l’humble tonnelle
  139. 139De vigne folle avec les chaises de rotin…
  140. 140Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
  141. 141Vœu
  142. 142IV
  143. 143VŒU
  144. 144Sont-elles assez loin toutes ces allégresses
  145. 145Et toutes ces candeurs! Hélas! toutes devers
  146. 146Le Printemps des regrets ont fui les noirs hivers
  147. 147Et qui parfois vous baise au front, comme un enfant
  148. 148Lassitude
  149. 149V
  150. 150LASSITUDE
  151. 151(Gongora.)
  152. 152Même au fort du déduit, parfois, vois-tu, l’amante
  153. 153Va, l’étreinte jalouse et le spasme obsesseur
  154. 154La fauve passion va sonnant l’oliphant
  155. 155Mon rêve familier
  156. 156VI
  157. 157MON RÊVE FAMILIER
  158. 158Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
  159. 159Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
  160. 160Car elle me comprend, et mon cœur, transparent
  161. 161Pour elle seule, hélas! cesse d’être un problème
  162. 162Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
  163. 163À une femme
  164. 164VII
  165. 165À UNE FEMME
  166. 166À vous ces vers, de par la grâce consolante
  167. 167De par votre âme, pure et toute bonne, à vous
  168. 168C’est qu’hélas! le hideux cauchemar qui me hante
  169. 169Se multipliant comme un cortège de loups
  170. 170Oh! je souffre, je souffre affreusement, si bien
  171. 171Que le gémissement premier du premier homme
  172. 172Et les soucis que vous pouvez avoir sont comme
  173. 173L’Angoisse
  174. 174VIII
  175. 175L’ANGOISSE
  176. 176Nature, rien de toi ne m’émeut, ni les champs
  177. 177Nourriciers, ni l’écho vermeil des pastorales
  178. 178Des vers, des temples grecs et des tours en spirales
  179. 179Je ne crois pas en Dieu, j’abjure et je renie
  180. 180Lasse de vivre, ayant peur de mourir, pareille
  181. 181Croquis parisien
  182. 182EAUX-FORTES
  183. 183I
  184. 184CROQUIS PARISIEN
  185. 185La lune plaquait ses teintes de zinc
  186. 186Des bouts de fumée en forme de cinq
  187. 187Le ciel était gris, la bise pleurait
  188. 188Au loin, un matou frileux et discret
  189. 189Moi, j’allais, rêvant du divin Platon
  190. 190Cauchemar
  191. 191II
  192. 192CAUCHEMAR
  193. 193J’ai vu passer dans mon rêve
  194. 194D’une main tenant un glaive
  195. 195Ce cavalier
  196. 196Des ballades d’Allemagne
  197. 197Un étalon
  198. 198Ni hop! ni cravache, entraîne
  199. 199Parmi des râlements sourds
  200. 200Un grand feutre à longue plume
  201. 201Ombrait son œil qui s’allume
  202. 202Éclate et meurt l’éclair bleu
  203. 203Comme l’aile d’une orfraie
  204. 204Son manteau se soulevant
  205. 205Et montrait d’un air de gloire
  206. 206Tandis que dans la nuit noire
  207. 207Luisaient en des cris stridents
  208. 208Marine
  209. 209III
  210. 210MARINE
  211. 211L’Océan sonore
  212. 212Palpite sous l’œil
  213. 213De la lune en deuil
  214. 214Tandis qu’un éclair
  215. 215Brutal et sinistre
  216. 216Fend le ciel de bistre
  217. 217Rugit le tonnerre
  218. 218Effet de nuit
  219. 219IV
  220. 220EFFET DE NUIT
  221. 221La nuit. La pluie. Un ciel blafard que déchiquette
  222. 222De flèches et de tours à jour la silhouette
  223. 223La plaine. Un gibet plein de pendus rabougris
  224. 224Secoués par le bec avide des corneilles
  225. 225Quelques buissons d’épine épars, et quelques houx
  226. 226Et puis, autour de trois livides prisonniers
  227. 227Qui vont pieds nus, un gros de hauts pertuisaniers
  228. 228Grotesques
  229. 229V
  230. 230GROTESQUES
  231. 231Par le chemin des aventures
  232. 232Les enfants leur tirent la langue
  233. 233D’un mauvais rêve que l’on fait:
  234. 234C’est que, sur leurs aigres guitares
  235. 235C’est enfin que dans leurs prunelles
  236. 236Rit et pleure — fastidieux —
  237. 237La nature à l’homme s’allie
  238. 238Pour châtier comme il le faut
  239. 239L’orgueilleuse mélancolie
  240. 240Et, vengeant sur vous le blasphème
  241. 241Meurtrit votre front anathème
  242. 242Les juins brûlent et les décembres
  243. 243Maigre et froide, votre cadavre
  244. 244Soleils couchants
  245. 245PAYSAGES TRISTES
  246. 246À Catulle Mendès
  247. 247I
  248. 248SOLEILS COUCHANTS
  249. 249Une aube affaiblie
  250. 250Verse par les champs
  251. 251La mélancolie
  252. 252La mélancolie
  253. 253Berce de doux chants
  254. 254Mon cœur qui s’oublie
  255. 255Comme des soleils
  256. 256Défilent, pareils
  257. 257À des grands soleils
  258. 258Crépuscule du soir mystique
  259. 259II
  260. 260CRÉPUSCULE DU SOIR MYSTIQUE
  261. 261Le Souvenir avec le Crépuscule
  262. 262Rougeoie et tremble à l’ardent horizon
  263. 263De l’Espérance en flamme qui recule
  264. 264Et s’agrandit ainsi qu’une cloison
  265. 265Mystérieuse où mainte floraison
  266. 266— Dahlia, lys, tulipe et renoncule —
  267. 267S’élance autour d’un treillis, et circule
  268. 268Parmi la maladive exhalaison
  269. 269De parfums lourds et chauds, dont le poison
  270. 270— Dahlia, lys, tulipe et renoncule —
  271. 271Promenade sentimentale
  272. 272III
  273. 273PROMENADE SENTIMENTALE
  274. 274Le couchant dardait ses rayons suprêmes
  275. 275Moi j’errais tout seul, promenant ma plaie
  276. 276Au long de l’étang, parmi la saulaie
  277. 277Où la brume vague évoquait un grand
  278. 278Fantôme laiteux se désespérant
  279. 279Et pleurant avec la voix des sarcelles
  280. 280Qui se rappelaient en battant des ailes
  281. 281Parmi la saulaie où j’errais tout seul
  282. 282Promenant ma plaie; et l’épais linceul
  283. 283Des ténèbres vint noyer les suprêmes
  284. 284Rayons du couchant dans ses ondes blêmes
  285. 285Nuit du Walpurgis classique
  286. 286IV
  287. 287NUIT DU WALPURGIS CLASSIQUE
  288. 288Un rhythmique sabbat, rhythmique, extrêmement
  289. 289Des ronds-points; au milieu, des jets d’eau; des allées
  290. 290Toutes droites; sylvains de marbre; dieux marins
  291. 291Plus loin, des ifs taillés en triangles. La lune
  292. 292Minuit sonne, et réveille au fond du parc aulique
  293. 293Un air mélancolique, un sourd, lent et doux air
  294. 294Des chants voilés de cors lointains où la tendresse
  295. 295Des sens étreint l’effroi de l’âme en des accords
  296. 296Et voici qu’à l’appel des cors
  297. 297Diaphanes, et que le clair de lune fait
  298. 298— Un Watteau rêvé par Raffet! —
  299. 299S’entrelacent parmi l’ombre verte des arbres
  300. 300Puis, autour des massifs, des bronzes et des marbres
  301. 301— Ces spectres agités, sont-ce donc la pensée
  302. 302Sont-ce donc ton remords, ô rêvasseur qu’invite
  303. 303L’horreur, ou ton regret, ou ta pensée, — hein? — tous
  304. 304Ou bien des morts qui seraient fous? —
  305. 305Menant leur ronde vaste et morne et tressautant
  306. 306Et s’évaporent à l’instant
  307. 307Humide et blême où l’aube éteint l’un après l’autre
  308. 308Les cors, en sorte qu’il ne reste absolument
  309. 309Chanson d’automne
  310. 310V
  311. 311CHANSON D’AUTOMNE
  312. 312Les sanglots longs
  313. 313Des violons
  314. 314De l’automne
  315. 315Blessent mon cœur
  316. 316D’une langueur
  317. 317Tout suffocant
  318. 318Et blême, quand
  319. 319Je me souviens
  320. 320Des jours anciens
  321. 321Et je m’en vais
  322. 322Au vent mauvais
  323. 323Qui m’emporte
  324. 324Pareil à la
  325. 325L’heure du berger
  326. 326VI
  327. 327L’HEURE DU BERGER
  328. 328Dans un brouillard qui danse, la prairie
  329. 329S’endort fumeuse, et la grenouille crie
  330. 330Les chats-huants s’éveillent, et sans bruit
  331. 331Le rossignol
  332. 332VII
  333. 333LE ROSSIGNOL
  334. 334S’abattent parmi le feuillage jaune
  335. 335De mon cœur mirant son tronc plié d’aune
  336. 336S’abattent, et puis la rumeur mauvaise
  337. 337S’éteint par degrés dans l’arbre, si bien
  338. 338Plus rien que la voix, — ô si languissante! —
  339. 339Et, dans la splendeur triste d’une lune
  340. 340Se levant blafarde et solennelle, une
  341. 341Berce sur l’azur qu’un vent doux effleure
  342. 342Femme et chatte
  343. 343CAPRICES
  344. 344I
  345. 345FEMME ET CHATTE
  346. 346Et c’était merveille de voir
  347. 347La main blanche et la blanche patte
  348. 348Elle cachait — la scélérate! —
  349. 349Sous ces mitaines de fil noir
  350. 350L’autre aussi faisait la sucrée
  351. 351Mais le diable n’y perdait rien…
  352. 352Jésuitisme
  353. 353II
  354. 354JÉSUITISME
  355. 355Le chagrin qui me tue est ironique, et joint
  356. 356Le sarcasme au supplice, et ne torture point
  357. 357Franchement, mais picote avec un faux sourire
  358. 358C’est un Tartuffe qui, tout en mettant des roses
  359. 359Tout en faisant chanter à des enfants de chœurs
  360. 360Tout en amidonnant ces guimpes amoureuses
  361. 361La chanson des ingénues
  362. 362III
  363. 363LA CHANSON DES INGÉNUES
  364. 364Nous sommes les Ingénues
  365. 365Et le jour n’est pas plus pur
  366. 366Et nous courons par les prés
  367. 367Et rions et babillons
  368. 368Et des chapeaux de bergères
  369. 369Et nos robes — si légères —
  370. 370Les Richelieux, les Caussades
  371. 371Et les chevaliers Faublas
  372. 372Les saluts et les « hélas! »
  373. 373Mais en vain, et leurs mimiques
  374. 374Se viennent casser le nez
  375. 375Devant les plis ironiques
  376. 376Et notre candeur se raille
  377. 377Des imaginations
  378. 378Bien que parfois nous sentions
  379. 379Battre nos cœurs sous nos mantes
  380. 380En nous sachant les amantes
  381. 381Une grande dame
  382. 382IV
  383. 383UNE GRANDE DAME
  384. 384Elle parle — et ses dents font un miroitement —
  385. 385Ses yeux froids où l’émail sertit le bleu de Prusse
  386. 386Pour la splendeur du sein, pour le rayonnement
  387. 387De la peau, nulle reine ou courtisane, fût-ce
  388. 388Vois, ô bon Buridan: « C’est une grande dame! »
  389. 389Monsieur Prudhomme
  390. 390V
  391. 391MONSIEUR PRUDHOMME
  392. 392Dans un rêve sans fin, flottent insoucieux
  393. 393Que lui fait l’astre d’or, que lui fait la charmille
  394. 394Monsieur Prudhomme songe à marier sa fille
  395. 395Ces fainéants barbus, mal peignés, il les a
  396. 396Initium
  397. 397INITIUM
  398. 398Et le bal tournoyait quand je la vis passer
  399. 399Avec ses cheveux blonds jouant sur les volutes
  400. 400De son oreille où mon Désir comme un baiser
  401. 401Cependant elle allait, et la mazurque lente
  402. 402— Rime mélodieuse, image étincelante, —
  403. 403Et son âme d’enfant rayonnait à travers
  404. 404Et depuis, ma Pensée — immobile — contemple
  405. 405Çavitri
  406. 406ÇAVITRI
  407. 407Maha-Bharata
  408. 408Pour sauver son époux, Çavitri fit le vœu
  409. 409Debout, sans remuer jambes, buste ou paupières:
  410. 410Ni, Curya, tes rais cruels, ni la langueur
  411. 411Que Tchandra vient épandre à minuit sur les cimes
  412. 412Sub urbe
  413. 413SUB URBE
  414. 414Les petits ifs du cimetière
  415. 415Les croix de bois des tombes neuves
  416. 416Là-haut de grands nuages tors
  417. 417Chez les pauvres morts, à toute heure
  418. 418— Qu’on les oublie ou qu’on les pleure! —
  419. 419Refleurisse l’enchanteresse
  420. 420Gloire des jardins et des champs
  421. 421L’or dilaté d’un ciel sans bornes
  422. 422Sérénade
  423. 423SÉRÉNADE
  424. 424Comme la voix d’un mort qui chanterait
  425. 425Maîtresse, entends monter vers ton retrait
  426. 426Ouvre ton âme et ton oreille au son
  427. 427De ma mandoline:
  428. 428Pour toi j’ai fait, pour toi, cette chanson
  429. 429Je chanterai tes yeux d’or et d’onyx
  430. 430Puis le Léthé de ton sein, puis le Styx
  431. 431Comme la voix d’un mort qui chanterait
  432. 432Maîtresse, entends monter vers ton retrait
  433. 433Cette chair bénie
  434. 434Dont le parfum opulent me revient
  435. 435Et pour finir, je dirai le baiser
  436. 436Ouvre ton âme et ton oreille au son
  437. 437De ma mandoline:
  438. 438Pour toi j’ai fait, pour toi, cette chanson
  439. 439Un dahlia
  440. 440UN DAHLIA
  441. 441Courtisane au sein dur, à l’œil opaque et brun
  442. 442Fleur grasse et riche, autour de toi ne flotte aucun
  443. 443Arome, et la beauté sereine de ton corps
  444. 444Tu ne sens même pas la chair, ce goût qu’au moins
  445. 445Nevermore
  446. 446NEVERMORE
  447. 447Vieillard prématuré, mets du fard sur tes rides:
  448. 448Car mon rêve impossible a pris corps, et je l’ai
  449. 449Entre mes bras pressé: le Bonheur, cet ailé
  450. 450Mais la FATALITÉ ne connaît point de trêve:
  451. 451Il Bacio
  452. 452IL BACIO
  453. 453Vif accompagnement sur le clavier des dents
  454. 454Tu consoles et tu berces, et le chagrin
  455. 455Expire avec la moue en ton pli purpurin…
  456. 456T’offrir que ce bouquet de strophes enfantines:
  457. 457Sois bénin et, pour prix, sur les lèvres mutines
  458. 458Dans les bois
  459. 459DANS LES BOIS
  460. 460D’autres, ― des innocents ou bien des lymphatiques, ―
  461. 461Ils sont heureux! Pour moi, nerveux, et qu’un remords
  462. 462Par les forêts je tremble à la façon d’un lâche
  463. 463D’où tombe un noir silence avec une ombre encor
  464. 464Plus noire, tout ce morne et sinistre décor
  465. 465Surtout les soirs d’été: la rougeur du couchant
  466. 466Se fond dans le gris bleu des brumes qu’elle teinte
  467. 467D’incendie et de sang; et l’angélus qui tinte
  468. 468Le vent se lève chaud et lourd, un frisson passe
  469. 469Et repasse, toujours plus fort, dans l’épaisseur
  470. 470La nuit vient. Le hibou s’envole. C’est l’instant
  471. 471Où l’on songe aux récits des aïeules naïves…
  472. 472Sous un fourré, là-bas, là-bas, des sources vives
  473. 473Nocturne parisien
  474. 474NOCTURNE PARISIEN
  475. 475Roule, roule ton flot indolent, morne Seine. —
  476. 476Sur tes ponts qu’environne une vapeur malsaine
  477. 477Le Tibre a sur ses bords des ruines qui font
  478. 478Le gai Guadalquivir rit aux blonds orangers
  479. 479Le Pactole a son or, le Bosphore a sa rive
  480. 480Le Rhin est un burgrave, et c’est un troubadour
  481. 481L’Eurotas, où l’essaim des cygnes familiers
  482. 482Enfin, Ganga, parmi les hauts palmiers tremblants
  483. 483Et les rouges padmas, marche à pas fiers et lents
  484. 484En appareil royal, tandis qu’au loin la foule
  485. 485Deux quais crasseux, semés de l’un à l’autre bout
  486. 486D’affreux bouquins moisis et d’une foule insigne
  487. 487Oui, mais quand vient le soir, raréfiant enfin
  488. 488Qu’il fait bon aux rêveurs descendre de leurs bouges
  489. 489Et, s’accoudant au pont de la Cité, devant
  490. 490Tout bruit s’apaise autour. À peine un vague son
  491. 491— Puis, tout à coup, ainsi qu’un ténor effaré
  492. 492Éclate en quelque coin l’orgue de Barbarie:
  493. 493Qu’enfants nous tapotions sur nos harmonicas
  494. 494Et dans une harmonie étrange et fantastique
  495. 495Et la nuit terne arrive et Vénus se balance
  496. 496Sur une molle nue au fond des cieux obscurs:
  497. 497Et l’astre et les flambeaux font des zigzags fantasques
  498. 498Et le contemplateur sur le haut garde-fou
  499. 499Par l’air et par les ans rouillé comme un vieux sou
  500. 500Si terribles, que l’Homme, ivre de la douleur
  501. 501Sous la fatalité de votre regard creux
  502. 502Et vous êtes aussi toutes trois si jalouses
  503. 503De tuer et d’offrir au grand Ver des épouses
  504. 504Et si l’on craindrait moins périr par les terreurs
  505. 505De vieux serpent boueux, emportant vers tes havres
  506. 506Marco
  507. 507MARCO[1]
  508. 508Quand Marco passait, tous les jeunes hommes
  509. 509Se penchaient pour voir ses yeux, des Sodomes
  510. 510Où les feux d’Amour brûlaient sans pitié
  511. 511Tout autour dansaient des parfums mystiques
  512. 512Sa robe rendait d’étranges musiques
  513. 513Quand Marco chantait, ses mains, sur l’ivoire
  514. 514Évoquaient souvent la profondeur noire
  515. 515Et sa voix montait dans les paradis
  516. 516Et l’enthousiasme alors transportait
  517. 517Vers des cieux connus quiconque écoutait
  518. 518Quand Marco pleurait, ses terribles larmes
  519. 519Ses lèvres de sang fonçaient leur carmin
  520. 520Son courroux croissait, rouge, et l’on aurait
  521. 521Dit d’une lionne à l’âpre forêt
  522. 522Quand Marco dansait, sa jupe moirée
  523. 523Et, tel qu’un bambou flexible, son flanc
  524. 524Emphatiquement cynique, haussait
  525. 525Ses mates splendeurs, et cela faisait
  526. 526Quand Marco dormait, oh! quels parfums d’ambre
  527. 527Sous les draps la ligne exquise du dos
  528. 528Ondulait, et dans l’ombre des rideaux
  529. 529Un sommeil heureux et calme fermait
  530. 530Ses yeux, et ce doux mystère charmait
  531. 531Mais quand elle aimait, des flots de luxure
  532. 532Débordaient, ainsi que d’une blessure
  533. 533De ce corps cruel que son crime absout:
  534. 534Noyait la pensée, et bouleversait
  535. 535Tout sur son passage, et rebondissait
  536. 536César Borgia
  537. 537CÉSAR BORGIA
  538. 538Sur fond sombre noyant un riche vestibule
  539. 539Où le buste d’Horace et celui de Tibulle
  540. 540Les yeux noirs, les cheveux noirs et le velours noir
  541. 541Avec la pâleur mate et belle du visage
  542. 542Vu de trois quarts et très ombré, suivant l’usage
  543. 543Est mince, et l’on dirait que la tenture bouge
  544. 544Médite sous la toque où frissonne une plume
  545. 545La mort de Philippe II
  546. 546LA MORT DE PHILIPPE II
  547. 547Le coucher d’un soleil de septembre ensanglante
  548. 548La plaine morne et l’âpre arête des sierras
  549. 549Le Guadarrama pousse entre les sables ras
  550. 550Son flot hâtif qui va réfléchissant par places
  551. 551Le grand vol anguleux des éperviers rapaces
  552. 552Despotique, et dressant au-devant du zénith
  553. 553Montent droits, blancs et nus, sans autres ornements
  554. 554Avec des bruits pareils aux rudes hurlements
  555. 555D’un ours que des bergers navrent de coups de pioches
  556. 556Circule — tortueux serpent hiératique —
  557. 557Une procession de moines aux frocs blonds
  558. 558— Qui donc ici se meurt? Pour qui sur le chemin
  559. 559Cette paille épandue et ces croix long-voilées
  560. 560Selon le rituel catholique romain? —
  561. 561Une vague rougeur plus triste que la nuit
  562. 562Filtre à rais indécis par les plis des tentures
  563. 563Parmi le clair-obscur transparent et profond
  564. 564S’agitent effarés des hommes et des femmes
  565. 565Et, trouant par éclairs distancés avec art
  566. 566L’opaque demi-jour, les cuirasses de cuivre
  567. 567Des rideaux de drap d’or roides comme des murs
  568. 568Dans le lit, un vieillard d’une maigreur insigne
  569. 569Avides, empressés, fourmillants, et jaloux
  570. 570De pomper tout le sang malsain du mourant fauve
  571. 571Le Roi Philippe Deux d’Espagne, — saluez! —
  572. 572Brillent, et maints drapeaux où l’oiseau noir s’étale
  573. 573Pendent de çà de là, vaguement remués!…
  574. 574— La porte s’ouvre. Un flot de lumière brutale
  575. 575Jaillit soudain, déferle et bientôt s’établit
  576. 576Entrent dix capucins qui restent en prière:
  577. 577Et les élancements farouches de la Foi
  578. 578Sonne sur les tapis, régulier, emphatique:
  579. 579Et tous sur son trajet dans un geste extatique
  580. 580Et la Confession commence. Sur le flanc
  581. 581Vous fûtes, ce faisant, orthodoxe et fidèle. » —
  582. 582Péniblement, et comme arrachant par lambeaux
  583. 583Le Roi, dont la lueur tragique des flambeaux
  584. 584Et deux larmes coulaient tremblantes sur sa joue
  585. 585« Ayant voulu tirer l’Espagne dans la boue
  586. 586« De l’hérésie anglaise, et de plus n’ayant point
  587. 587« Frémi de conspirer — ô ruses abhorrées! —
  588. 588Le moine ensuite dit les formules sacrées
  589. 589Sur la langue du Roi la déposa. Tous bruits
  590. 590Pria, muette et pâle, et nul n’a su depuis
  591. 591— Qui dira les pensers obscurs que protégea
  592. 592Ayant communié, le Roi se replongea
  593. 593Dans l’ampleur des coussins, et la béatitude
  594. 594De l’Absolution reçue ouvrant déjà
  595. 595Épanouit ses traits en un sourire exquis
  596. 596Puis le râle des morts hurla dans la poitrine
  597. 597De l’auguste malade avec des sursauts fous:
  598. 598Épilogue
  599. 599ÉPILOGUE
  600. 600I
  601. 601La Nature a quitté pour cette fois son trône
  602. 602De splendeur, d’ironie et de sérénité:
  603. 603Et son âme éternelle et sa forme immortelle
  604. 604II
  605. 605Donc, c’en est fait. Ce livre est clos. Chères Idées
  606. 606Qui rayiez mon ciel gris de vos ailes de feu
  607. 607Il faut nous séparer. Jusqu’aux jours plus propices
  608. 608III
  609. 609Ce qu’il nous faut à nous, les Suprêmes Poètes
  610. 610À nous qui ciselons les mots comme des coupes
  611. 611À nous qu’on ne voit point les soirs aller par groupes
  612. 612Cramponnée au projet comme un noble condor
  613. 613C’est la nuit, l’âpre nuit du travail, d’où se lève
  614. 614Pauvres gens! l’Art n’est pas d’éparpiller son âme:
  615. 615Nous donc, sculptons avec le ciseau des Pensées
  616. 616Et faisons-en surgir sous nos mains empressées
  617. 617Afin qu’un jour, frappant de rayons gris et roses

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