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French Edition

Literature

Sur la pierre blanche

French BooksWhale Edition by Anatole France

Des conversations romaines conduisent Anatole France de l'Antiquité aux religions et à une vision de l'avenir social.

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Book introduction

Sur la pierre blanche

Au milieu des ruines de Rome, un groupe d'amis discute de l'histoire, des croyances et des transformations de l'humanité. Anatole France associe les échanges de ses personnages au récit de Gallion et à une anticipation de la société future. Les six parties du texte français mêlent dialogue philosophique, ironie et fiction historique.

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Anatole France est mort en 1924. Cette édition reprend le texte original français conservé par le projet Gutenberg, sans les ajouts éditoriaux modernes ni les notes séparées.

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Preview chapterÉpigrapheRead preview

Tu sembles avoir dormi sur la pierre blanche, au milieu du peuple des songes.

PHILOPATRIS, XXI.

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Quelques Français, liés d'amitié, qui passaient le printemps à Rome, se rencontraient souvent dans le Forum désenseveli. C'étaient Joséphin Leclerc, attaché d'ambassade en congé; M. Goubin, licencié ès lettres, annotateur; Nicole Langelier, de la vieille famille parisienne des Langelier, imprimeurs et humanistes; Jean Boilly, ingénieur; Hippolyte Dufresne, qui avait des loisirs et aimait les arts.

Le 1er mai, vers cinq heures du soir, ils franchirent comme de coutume, la petite porte septentrionale, inconnue du public, où le commandeur Giacomo Boni, directeur des fouilles, les accueillit avec son aménité silencieuse et les conduisit jusqu'au seuil de sa maison de bois, ombragée de lauriers, de troènes et de cytises, qui domine cette vaste fosse creusée, au siècle dernier, dans le marché aux boeufs de la Rome pontificale, jusqu'au sol du Forum antique.

Là, ils s'arrêtent et regardent.

En face d'eux se dressent les fûts tronqués des stèles honoraires et l'on voit comme un grand damier avec ses dames à la place où fut la basilique Julia. Plus au sud, les trois colonnes du temple des Dioscures trempent dans l'azur du ciel leurs volutes bleuissantes. A leur droite, surmontant l'arc ruineux de Septime Sévère et les hautes colonnes des demeures de Saturne, les maisons de la Rome chrétienne et l'hôpital des femmes étagent sur le Capitole leurs façades plus jaunes et plus fangeuses que les eaux du Tibre. Vers leur gauche s'élève le Palatin flanqué de grandes arches rouges et couronné d'yeuses. Et sous leurs pieds, d'un mont à l'autre, entre les dalles de la voie Sacrée aussi étroite qu'une rue de village, sortent de terre des murs de brique et des bases de marbre, restes des édifices qui couvraient le Forum au temps de la force latine. Le trèfle, l'avoine et l'herbe des champs, que le vent a semés sur leur faîte abaissé, leur font un toit rustique où flamboie le coquelicot. Débris d'entablements écroulés, multitude de piliers et d'autels, enchevêtrement de degrés et d'enceintes: tout cela, non point petit, assurément, mais d'une grandeur contenue et pressée.

Sans doute Nicole Langelier relevait dans son esprit la foule des monuments autrefois resserrée dans cet espace illustre:

—Ces édifices, dit-il, de proportions sages et de dimensions modérées, étaient séparés les uns des autres par des ruelles ombreuses. Il y avait là de ces vicoli qu'on aime dans les pays du soleil, et les magnanimes neveux de Rémus, après avoir entendu les orateurs, trouvaient le long des temples, pour manger et dormir, des coins frais, mal odorants, où les écorces de pastèques et les débris de coquillages n'étaient jamais balayés. Certes les boutiques qui bordaient la place exhalaient des senteurs puissantes d'oignon, de vin, de friture et de fromage. Les étals des bouchers étaient chargés de viandes, spectacle agréable aux robustes citoyens, et c'est à l'un de ces bouchers que Virginius prit le couteau dont il tua sa fille. Sans doute il y avait là aussi des bijoutiers et des marchands de petits dieux domestiques, protecteurs du foyer, de l'étable et du jardin. Tout ce qu'il faut à des citoyens pour vivre se trouvait réuni sur cette place. Le marché et les magasins, les basiliques, c'est-à-dire les bourses de commerce et les tribunaux civils; la curie, ce conseil municipal qui devint l'administrateur de l'univers; les prisons dont les souterrains exhalaient une puanteur redoutée; les temples, les autels, premières nécessités pour les Italiens qui ont toujours quelque chose à demander aux puissances célestes.

»C'est là enfin que s'accomplirent durant tant de siècles les actes vulgaires ou singuliers, presque toujours insipides, souvent odieux ou ridicules, quelquefois généreux, dont l'ensemble constitue la vie auguste d'un peuple.

—Qu'est-ce qu'on voit, au milieu de la place, devant les bases honoraires? demanda M. Goubin qui, armé de son lorgnon, remarquait une nouveauté dans l'antique Forum et voulait être renseigné.

Preview chapterII — GALLIONPreview

En la 804e année depuis la fondation de Rome et la 13e du principat de Claudius César, Junius Annaeus Novatus était proconsul d'Achaïe. Issu d'une famille équestre originaire d'Espagne, fils de Sénèque le Rhéteur et de la vertueuse Helvia, frère d'Annaeus Méla et de ce célèbre Lucius Annaeus, il portait le nom de son père adoptif, le rhéteur Gallion, exilé par Tibère. Sa mère était du sang de Cicéron et il avait hérité de son père, avec d'immenses richesses, l'amour des lettres et de la philosophie. Il lisait les ouvrages des Grecs plus soigneusement encore que ceux des Latins. Une noble inquiétude agitait son esprit. Il était curieux de la physique et de ce qu'on ajoute à la physique. L'activité de son intelligence était si vive, qu'il écoutait des lectures en prenant son bain et qu'il portait sans cesse sur lui, même à la chasse, ses tablettes de cire et son stylet. Dans les loisirs qu'il savait se ménager au milieu des soins les plus graves et des plus vastes travaux, il écrivait des livres sur les questions naturelles et composait des tragédies.

Ses clients et ses affranchis vantaient sa douceur. Il était en effet d'un caractère bienveillant. On n'avait jamais vu qu'il s'abandonnât à la colère. Il considérait la violence comme la pire des faiblesses et la moins pardonnable.

Il avait en exécration toutes les cruautés, quand leur véritable caractère ne lui échappait pas à la faveur d'un long usage et de l'opinion publique. Et souvent même, dans les sévérités consacrées par la coutume des aïeux et sanctifiées par les lois, il découvrait des excès détestables contre lesquels il s'élevait et qu'il aurait tenté de détruire si on ne lui eût opposé de toutes parts l'intérêt de l'État et le salut commun. A cette époque les bons magistrats et les fonctionnaires honnêtes n'étaient pas rares dans l'Empire. Il s'en trouvait certes d'aussi probes et d'aussi équitables que Gallion, mais peut-être n'aurait-on pas rencontré dans un autre autant d'humanité.

Chargé d'administrer cette Grèce dépouillée de ses richesses, déchue de sa gloire, tombée de sa liberté agitée dans une tranquillité oisive, il se rappelait qu'elle avait jadis enseigné au monde la sagesse et les arts et il unissait, dans sa conduite envers elle, à la vigilance d'un tuteur la piété d'un fils. Il respectait l'indépendance des villes et les droits des personnes. Il honorait les hommes vraiment grecs de naissance et d'éducation, malheureux seulement de n'en découvrir qu'un petit nombre et d'exercer le plus souvent son autorité sur une multitude infâme de Juifs et de Syriens, équitable toutefois envers ces asiatiques, et s'en félicitant comme d'un vertueux effort.

Il résidait à Corinthe, la cité la plus riche et la plus peuplée de la Grèce romaine. Sa villa, construite au temps d'Auguste, agrandie et embellie depuis lors par les proconsuls qui s'étaient succédé dans le gouvernement de la province, s'élevait sur les dernières pentes occidentales de l'Acrocorinthe, dont le sommet chevelu portait le temple de Vénus et les bosquets des hiérodules. C'était une maison assez vaste qu'entouraient des jardins plantés d'arbres touffus, arrosés d'eaux vives, ornés de statues, d'exèdres, de gymnases, de bains, de bibliothèques, et d'autels consacrés aux dieux.

Il s'y promenait un matin, selon sa coutume, avec son frère Annaeus Méla, conversant sur l'ordre de la nature et les vicissitudes de la fortune. Dans le ciel rose le soleil se levait humide et candide. Les ondulations douces des collines de l'Isthme cachaient le rivage saronique, le Stade, le sanctuaire des jeux, le port oriental de Kenkhrées. Mais on voyait, entre les flancs fauves des monts Géraniens et le rose Hélicon à la double cime, dormir la mer bleue des Alcyons. Au loin, vers le septentrion, brillaient les trois sommets neigeux du Parnasse. Gallion et Méla s'avancèrent jusqu'au bord de la haute terrasse. A leurs pieds s'étendait Corinthe sur un vaste plateau de sable pâle, incliné doucement vers les bords écumeux du golfe. Les dalles du forum, les colonnes de la basilique, les gradins du cirque, les blancs degrés des propylées étincelaient, et les faîtes dorés des temples jetaient des éclairs. Vaste et neuve, la ville était coupée de rues droites. Une voie large descendait jusqu'au port de Leckhée, bordé de magasins et couvert de navires. A l'occident, la terre était offensée par la fumée des forges et par les ruisseaux noirs des teintureries, et de ce côté, des forêts de pins, s'étendant jusqu'à l'horizon, s'y confondaient avec le ciel.

Table of contents

Inside this edition

  1. 01Épigraphe
  2. 02I
  3. 03II — GALLION
  4. 04III
  5. 05IV
  6. 06V — PAR LA PORTE DE CORNE OU PAR LA PORTE D'IVOIRE
  7. 07VI

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