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French Edition

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L'Art poétique

French BooksWhale Edition by Nicolas Boileau

Une édition française originale autour de le classicisme français, la clarté, le goût, les genres littéraires, la mesure et l’art d’écrire.

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L'Art poétique

L'Art poétique de Nicolas Boileau est présenté dans une édition française originale et claire. Le texte met en valeur le classicisme français, la clarté, le goût, les genres littéraires, la mesure et l’art d’écrire. Cette œuvre garde un intérêt fort pour l’histoire littéraire, intellectuelle et culturelle, avec des mots-clés utiles pour la recherche et la découverte.

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Nicolas Boileau est mort en 1711, et L'Art poétique a été publié ou composé en 1674. Ces repères soutiennent le statut de domaine public du texte français original utilisé dans cette édition.

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L'Art poétique

L’ART POÉTIQUE. 1669-1674.

Preview chapterCHANT I.Preview

Pe C’est en vain qu’au Parnasse un téméraire auteur Pense de l’art des vers atteindre la hauteur : S’il ne sent point du ciel l’influence secrète, Si son astre en naissant ne l’a formé poëte, Dans son génie étroit il est toujours captif ; Pour lui Phébus est sourd, et Pégase est rétif. Po Ô vous donc qui, brûlant d’une ardeur périlleuse, Courez du bel esprit la carrière épineuse, N’allez pas sur des vers sans fruit vous consumer, Ni prendre pour génie un amour de rimer : Craignez d’un vain plaisir les trompeuses amorces, Et consultez longtemps votre esprit et vos forces. Et La nature, fertile en esprits excellens, Sait entre les auteurs partager les talens : L’un peut tracer en vers une amoureuse flamme ; L’autre d’un trait plaisant aiguiser l’épigramme : Malherbe d’un héros peut vanter les exploits ; Racan chanter Philis, les bergers et les bois : Mais souvent un esprit qui se flatte et qui s’aime Méconnoît son génie, et s’ignore soi-même : Ainsi tel, autrefois qu’on vit avec Faret 1 Charbonner de ses vers les murs d’un cabaret, S’en va, mal à propos, d’une voix insolente, Chanter du peuple hébreu la fuite triomphante, Et, poursuivant Moïse au travers des déserts, Court avec Pharaon se noyer dans les mers 2 . Co Quelque sujet qu’on traite, ou plaisant, ou sublime, Que toujours le bon sens s’accorde avec la rime : L’un l’autre vainement ils semblent se haïr ; La rime est une esclave, et ne doit qu’obéir. Lorsqu’à la bien chercher d’abord on s’évertue, L’esprit à la trouver aisément s’habitue ; Au joug de la raison sans peine elle fléchit, Et, loin de la gêner, la sert et l’enrichit. Mais lorsqu’on la néglige, elle devient rebelle ; Et pour la rattraper le sens court après elle. Aimez donc la raison : que toujours vos écrits Empruntent d’elle seule et leur lustre et leur prix 3 . Em La plupart, emportés d’une fougue insensée, Toujours loin du droit sens vont chercher leur pensée : Ils croiroient s’abaisser, dans leurs vers monstrueux, S’ils pensoient ce qu’un autre a pu penser comme eux. Évitons ces excès : laissons à l’Italie De tous ces faux brillans l’éclatante folie. Tout doit tendre au bon sens : mais pour y parvenir Le chemin est glissant et pénible à tenir ; Pour peu qu’on s’en écarte, aussitôt on se noie : La raison pour marcher n’a souvent qu’une voie. La Un auteur quelquefois trop plein de son objet Jamais sans l’épuiser n’abandonne un sujet. S’il rencontre un palais, il m’en dépeint la face ; Il me promène après de terrasse en terrasse ; Ici s’offre un perron ; là règne un corridor ; Là ce balcon s’enferme en un balustre d’or. Il compte des plafonds les ronds et les ovales ; « Ce ne sont que festons, ce ne sont qu’astragales 4 . » Je saute vingt feuillets pour en trouver la fin, Et je me sauve à peine au travers du jardin. Fuyez de ces auteurs l’abondance stérile, Et ne vous chargez point d’un détail inutile. Tout ce qu’on dit de trop est fade et rebutant ; L’esprit rassasié le rejette à l’instant : Qui ne sait se borner ne sut jamais écrire. Qu Souvent la peur d’un mal nous conduit dans un pire : Un vers étoit trop foible, et vous le rendez dur ; J’évite d’être long, et je deviens obscur ; L’un n’est point trop fardé, mais sa muse est trop nue ; L’autre a peur de ramper, il se perd dans la nue. L' Voulez-vous du public mériter les amours ? Sans cesse en écrivant variez vos discours. Un style trop égal et toujours uniforme En vain brille à nos yeux, il faut qu’il nous endorme. On lit peu ces auteurs, nés pour nous ennuyer, Qui toujours sur un ton semblent psalmodier. Qu Heureux qui, dans ses vers, sait d’une voix légère Passer du grave au doux, du plaisant au sévère ! Son livre, aimé du ciel, et chéri des lecteurs, Est souvent chez Barbin entouré d’acheteurs. Es Quoi que vous écriviez, évitez la bassesse : Le style le moins noble a pourtant sa noblesse. Au mépris du bon sens, le burlesque effronté 5 Trompa les yeux d’abord, plut par sa nouveauté. On ne vit plus en vers que pointes triviales ; Le Parnasse parla le langage des halles ; La licence à rimer alors n’eut plus de frein ; Apollon travesti devint un Tabarin 6 . Cette contagion infecta les provinces, Du clerc et du bourgeois passa jusques aux princes. Le plus mauvais plaisant eut ses approbateurs ; Et, jusqu’à d’Assouci, tout trouva des lecteurs. Mais de ce style enfin la cour désabusée Dédaigna de ces vers l’extravagance aisée, Distingua le naïf du plat et du bouffon, Et laissa la province admirer le Typhon 7 . Que ce style jamais ne souille votre ouvrage. Imitons de Marot l’élégant badinage, Et laissons le burlesque aux plaisans du Pont-Neuf. Et Mais n’allez point aussi, sur les pas de Brébeuf, Même en une Pharsale , entasser sur les rives « De morts et de mourans cent montagnes plaintives 8 . » Prenez mieux votre ton. Soyez simple avec art, Sublime sans orgueil, agréable sans fard. Su N’offrez rien au lecteur que ce qui peut lui plaire. Ayez pour la cadence une oreille sévère : Que toujours dans vos vers le sens coupant les mots, Suspende l’hémistiche, en marque le repos. Gardez qu’une voyelle à courir trop hâtée Ne soit d’une voyelle en son chemin heurtée. Il est un heureux choix de mots harmonieux, Fuyez des mauvais sons le concours odieux : Le vers le mieux rempli, la plus noble pensée Ne peut plaire à l’esprit, quand l’oreille est blessée. Ne Durant les premiers ans du Parnasse françois, Le caprice tout seul faisoit toutes les lois 9 . La rime, au bout des mots assemblés sans mesure, Tenoit lieu d’ornemens, de nombre et de césure. Villon sut le premier, dans ces siècles grossiers, Débrouiller l’art confus de nos vieux romanciers. Marot bientôt après fit fleurir les ballades ; Tourna des triolets, rima des mascarades, À des refrains réglés asservit les rondeaux, Et montra pour rimer des chemins tout nouveaux. Ronsard, qui le suivit, par une autre méthode, Réglant tout, brouilla tout, fit un art à sa mode 10 , Et toutefois longtemps eut un heureux destin. Mais sa muse, en françois parlant grec et latin, Vit dans l’âge suivant, par un retour grotesque, Tomber de ses grands mots le faste pédantesque. Ce poëte orgueilleux, trébuché de si haut, Rendit plus retenus Desportes 11 et Bertaut 12 . Re Enfin Malherbe 13 vint, et, le premier en France, Fit sentir dans les vers une juste cadence, D’un mot mis en sa place enseigna le pouvoir, Et réduisit la muse aux règles du devoir. Par ce sage écrivain la langue réparée N’offrit plus rien de rude à l’oreille épurée. Les stances avec grâce apprirent à tomber, Et le vers sur le vers n’osa plus enjamber. Tout reconnut ses lois ; et ce guide fidèle Aux auteurs de ce temps sert encor de modèle. Marchez donc sur ses pas ; aimez sa pureté, Et de son tour heureux imitez la clarté. Si le sens de vos vers tarde à se faire entendre, Mon esprit aussitôt commence à se détendre ; Et, de vos vains discours prompt à se détacher, Ne suit point un auteur qu’il faut toujours chercher. Ne Il est certains esprits dont les sombres pensées Sont d’un nuage épais toujours embarrassées ; Le jour de la raison ne le sauroit percer. Avant donc que d’écrire apprenez à penser. Selon que notre idée est plus ou moins obscure, L’expression la suit, ou moins nette, ou plus pure. Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, Et les mots pour le dire arrivent aisément. Et Surtout qu’en vos écrits la langue révérée Dans vos plus grands excès vous soit toujours sacrée. En vain vous me frappez d’un son mélodieux, Si le terme est impropre, ou le tour vicieux : Mon esprit n’admet point un pompeux barbarisme, Ni d’un vers ampoulé l’orgueilleux solécisme. Sans la langue, en un mot, l’auteur le plus divin, Est toujours, quoi qu’il fasse, un méchant écrivain. Es Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous presse. Et ne vous piquez point d’une folle vitesse 14 : Un style si rapide, et qui court en rimant, Marque moins trop d’esprit, que peu de jugement. J’aime mieux un ruisseau qui, sur la molle arène, Dans un pré plein de fleurs lentement se promène, Qu’un torrent débordé qui, d’un cours orageux, Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux. Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage, Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage : Polissez-le sans cesse et le repolissez ; Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. Aj C’est peu qu’en un ouvrage où les fautes fourmillent, Des traits d’esprit semés de temps en temps pétillent. Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu ; Que le début, la fin répondent au milieu ; Que d’un art délicat les pièces assorties N’y forment qu’un seul tout de diverses parties, Que jamais du sujet le discours s’écartant N’aille chercher trop loin quelque mot éclatant. N’ Craignez-vous pour vos vers la censure publique ? Soyez-vous à vous-même un sévère critique. L’ignorance toujours est prête à s’admirer. Faites-vous des amis prompts à vous censurer ; Qu’ils soient de vos écrits les confidens sincères, Et de tous vos défauts les zélés adversaires. Dépouillez devant eux l’arrogance d’auteur ; Mais sachez de l’ami discerner le flatteur. Tel vous semble applaudir, qui vous raille et vous joue. Aimez qu’on vous conseille, et non pas qu’on vous loue. Ai Un flatteur aussitôt cherche à se récrier : Chaque vers qu’il entend le fait extasier. Tout est charmant, divin : aucun mot ne le blesse ; Il trépigne de joie, il pleure de tendresse ; Il vous comble partout d’éloges fastueux. La vérité n’a point cet air impétueux. La Un sage ami, toujours rigoureux, inflexible, Sur vos fautes jamais ne vous laisse paisible : Il ne pardonne point les endroits négligés, Il renvoie en leur lieu les vers mal arrangés, Il réprime des mots l’ambitieuse emphase ; Ici le sens le choque, et plus loin c’est la phrase. Votre construction semble un peu s’obscurcir : Ce terme est équivoque : il le faut éclaircir. C’est ainsi que vous parle un ami véritable. Mais souvent sur ses vers un auteur intraitable À les protéger tous se croit intéressé, Et d’abord prend en main le droit de l’offensé. « De ce vers, direz-vous, l’expression est basse. — Ah ! monsieur, pour ce vers je vous demande grâce, Répondra-t-il d’abord. — Ce mot me semble froid, Je le retrancherois. — C’est le plus bel endroit ! — Ce tour ne me plaît pas. — Tout le monde l’admire. Ainsi toujours constant à ne se point dédire, Qu’un mot dans son ouvrage ait paru vous blesser. C’est un titre chez lui pour ne point l’effacer : Cependant, à l’entendre, il chérit la critique : Vous avez sur ses vers un pouvoir despotique Mais tout ce beau discours dont il vient vous flatter N’est rien qu’un piège adroit pour vous les réciter. Aussitôt il vous quitte ; et, content de sa muse. S’en va chercher ailleurs quelque fat qu’il abuse ; Car souvent il en trouve : ainsi qu’en sots auteurs, Notre siècle est fertile en sots admirateurs ; Et, sans ceux que fournit la ville et la province, Il en est chez le duc, il en est chez le prince. L’ouvrage le plus plat a, chez les courtisans, De tout temps rencontré de zélés partisans ; Et, pour finir enfin par un trait de satire. Un sot trouve toujours un plus sot qui l’admire.

Preview chapterCHANT IIPreview

15 . De Telle qu’une bergère, au plus beau jour de fête, De superbes rubis ne charge point sa tête, Et, sans mêler à l’or l’éclat des diamans, Cueille en un champ voisin ses plus beaux ornemens : Telle, aimable en son air, mais humble dans son style, Doit éclater sans pompe une élégante idylle. Son tour simple et naïf n’a rien de fastueux, Et n’aime point l’orgueil d’un vers présomptueux. Il faut que sa douceur flatte, chatouille, éveille, Et jamais de grands mots n’épouvante l’oreille. Et Mais souvent dans ce style un rimeur aux abois Jette là, de dépit, la flûte et le hautbois ; Et, follement pompeux, dans sa verve indiscrète, Au milieu d’une églogue entonne la trompette. De peur de l’écouter Pan fuit dans les roseaux ; Et les Nymphes, d’effroi, se cachent sous les eaux. Et Au contraire cet autre, abject en son langage, Fait parler ses bergers comme on parle au village. Ses vers plats et grossiers, dépouillés d’agrément, Toujours baisent la terre, et rampent tristement : On diroit que Ronsard, sur ses pipeaux rustiques, Vient encor fredonner ses idylles gothiques, Et changer, sans respect de l’oreille et du son, Lycidas en Pierrot, et Philis en Toinon 16 . Ly Entre ces deux excès la route est difficile. Suivez, pour la trouver, Théocrite et Virgile 17 : Que leurs tendres écrits, par les Grâces dictés, Ne quittent point vos mains, jour et nuit feuilletés. Seuls, dans leurs doctes vers, ils pourront vous apprendre Par quel art sans bassesse un auteur peut descendre ; Chanter Flore, les champs, Pomone, les vergers ; Au combat de la flûte animer deux bergers ; Des plaisirs de l’amour vanter la douce amorce ; Changer Narcisse en fleur, couvrir Daphné d’écorce, Et par quel art encor l’églogue quelquefois Rend dignes d’un consul la campagne et les bois Telle est de ce poëme et la force et la grâce. Te D’un ton un peu plus haut, mais pourtant sans audace, La plaintive élégie, en longs habits de deuil, Sait, les cheveux épars, gémir sur un cercueil. Elle peint des amans la joie et la tristesse : Flatte, menace, irrite, apaise une maîtresse. Mais, pour bien exprimer ces caprices heureux, C’est peu d’être poëte, il faut être amoureux. C’ Je hais ces vains auteurs dont la muse forcée M’entretient de ses feux, toujours froide et glacée ; Qui s’affligent par art, et, fous de sens rassis, S’érigent pour rimer en amoureux transis. Leurs transports les plus doux ne sont que phrases vaines : Ils ne savent jamais que se charger de chaînes, Que bénir leur martyre, adorer leur prison, Et faire quereller les sens et la raison. Ce n’étoit pas jadis sur ce ton ridicule Qu’Amour dictoit les vers que soupiroit Tibulle, Ou que, du tendre Ovide animant les doux sons, Il donnoit de son art les charmantes leçons. Il faut que le cœur seul parle dans l’élégie. Il L’ode, avec plus d’éclat et non moins d’énergie. Élevant jusqu’au ciel son vol ambitieux, Entretient dans ses vers commerce avec les dieux. Aux Athlètes dans Pise 18 elle ouvre la barrière, Chante un vainqueur poudreux au bout de la carrière, Mène Achille sanglant aux bords du Simoïs, Ou fait fléchir l’Escaut sous le joug de Louis. Tantôt, comme une abeille ardente à son ouvrage, Elle s’en va de fleurs dépouiller le rivage : Elle peint les festins, les danses et les ris ; Vante un baiser cueilli sur les lèvres d’Iris, Qui mollement résiste, et, par un doux caprice, Quelquefois le refuse afin qu’on le ravisse. Son style impétueux souvent marche au hasard : Chez elle un beau désordre est un effet de l’art. Ch Loin ces rimeurs craintifs dont l’esprit flegmatique Garde dans ses fureurs un ordre didactique ; Qui, chantant d’un héros les progrès éclatans, Maigres historiens, suivront l’ordre des temps. Ils n’osent un moment perdre un sujet de vue : Pour prendre Dole, il faut que Lille soit rendue ; Et que leur vers exact, ainsi que Mézerai 19 , Ait fait déjà tomber les remparts de Courtrai. Apollon de son feu leur fut toujours avare. Ap On dit, à ce propos, qu’un jour ce dieu bizarre, Voulant pousser à bout tous les rimeurs françois, Inventa du sonnet les rigoureuses lois, Voulut qu’en deux quatrains de mesure pareille La rime avec deux sons frappât huit fois l’oreille. Et qu’ensuite six vers artistement rangés Fussent en deux tercets par le sens partagés. Surtout de ce poëme il bannit la licence 20 : Lui-même en mesura le nombre et la cadence : Défendit qu’un vers foible y put jamais entrer, Ni qu’un mot déjà mis osât s’y remontrer. Du reste il l’enrichit d’une beauté suprême : Un sonnet sans défaut vaut seul un long poëme. Mais en vain mille auteurs y pensent arriver, Et cet heureux phénix est encore à trouver. À peine dans Gombaut, Maynard et Malleville 21 , En peut-on admirer deux ou trois entre mille : Le reste, aussi peu lu que ceux de Pelletier, N’a fait de chez Sercy 22 qu’un saut chez l’épicier. Pour enfermer son sens dans la borne prescrite, La mesure est toujours trop longue ou trop petite. La L’épigramme, plus libre en son tour plus borné, N’est souvent qu’un bon mot de deux rimes orné 23 . N’ Jadis de nos auteurs les pointes ignorées Furent de l’Italie en nos vers attirées. Le vulgaire, ébloui de leur faux agrément, À ce nouvel appât courut avidement. La faveur du public excitant leur audace, Leur nombre impétueux inonda le Parnasse. Le madrigal d’abord en fut enveloppé ; Le sonnet orgueilleux lui-même en fut frappé ; La tragédie en fit ses plus chères délices ; L’élégie en orna ses douloureux caprices ; Un héros sur la scène eut soin de s’en parer. Et sans pointe un amant n’osa plus soupirer : On vit tous les bergers, dans leurs plaintes nouvelles , Fidèles à la pointe encor plus qu’à leurs belles : Chaque mot eut toujours deux visages divers : La prose la reçut aussi bien que les vers ; L’avocat au palais en hérissa son style, Et le docteur 24 en chaire en sema l’Évangile. Et La raison outragée enfin ouvrit les yeux, La chassa pour jamais des discours sérieux ; Et dans tous ces écrits la déclarant infâme, Par grâce lui laissa l’entrée en l’épigramme, Pourvu que sa finesse, éclatant à propos, Roulât sur la pensée, et non pas sur les mots. Ainsi de toutes parts les désordres cessèrent. Toutefois à la cour les Turlupins 25 restèrent, Insipides plaisans, bouffons infortunés, D’un jeu de mots grossier partisans surannés. Ce n’est pas quelquefois qu’une muse un peu fine Sur un mot en passant ne joue et ne badine, Et d’un sens détourné n’abuse avec succès ; Mais fuyez sur ce point un ridicule excès, Et n’allez pas toujours d’une pointe frivole Aiguiser par la queue une épigramme folle. Ai Tout poëme est brillant de sa propre beauté. Le rondeau, né gaulois, a la naïveté. La ballade, asservie à ses vieilles maximes, Souvent doit tout son lustre au caprice des rimes. Le madrigal, plus simple et plus noble en son tour, Respire la douceur, la tendresse et l’amour. Re L’ardeur de se montrer, et non pas de médire, Arma la Vérité du vers de la satire. Lucile le premier osa la faire voir, Aux vices des Romains présenta le miroir, Vengea l’humble vertu, de la richesse altière, Et l’honnête homme à pied, du faquin en litière. Horace, à cette aigreur mêla son enjouement : On ne fut plus ni fat ni sot impunément ; Et malheur à tout nom qui, propre à la censure, Put entrer dans un vers sans rompre la mesure ! Pu Perse, en ses vers obscurs, mais serrés et pressans, Affecta d’enfermer moins de mots que de sens. Af Juvénal, élevé dans les cris de l’école, Poussa jusqu’à l’excès sa mordante hyperbole. Ses ouvrages, tout pleins d’affreuses vérités, Etincellent pourtant de sublimes beautés : Soit que, sur un écrit arrivé de Caprée, Il brise de Séjan la statue adorée ; Soit qu’il fasse au conseil courir les sénateurs, D’un tyran soupçonneux pâles adulateurs ; Ou que, poussant à bout la luxure latine 26 , Aux portefaix de Rome il vende Messaline. Ses écrits pleins de feu partout brillent aux yeux. Se De ces maîtres savans disciple ingénieux, Regnier 27 seul parmi nous formé sur leurs modèles, Dans son vieux style encore a des grâces nouvelles. Heureux, si ses discours, craints du chaste lecteur, Ne se sentoient des lieux où fréquentoit l’auteur ; Et si, du son hardi de ses rimes cyniques, Il n’alarmoit souvent les oreilles pudiques ! Le latin, dans les mots brave l’honnêteté : Mais le lecteur françois veut être respecté ; Du moindre sens impur la liberté l’outrage, Si la pudeur des mots n’en adoucit l’image. Je veux dans la satire un esprit de candeur, Et fuis un effronté qui prêche la pudeur. D’un trait de ce poëme en bons mots si fertile, Le François, né malin, forma le vaudeville ; Agréable indiscret, qui, conduit par le chant, Passe de bouche en bouche et s’accroît en marchant, La liberté françoise en ses vers se déploie : Cet enfant du plaisir veut naître dans la joie. Toutefois n’allez pas, goguenard dangereux, Faire Dieu le sujet d’un badinage affreux. À la fin tous ces jeux, que l’athéisme élève, Conduisent tristement le plaisant à la Grève. Il faut, même en chansons, du bon sens et de l’art : Mais pourtant on a vu le vin et le hasard Inspirer quelquefois une muse grossière, Et fournir, sans génie, un couplet à Linière. Mais pour un vain bonheur qui vous a fait rimer, Gardez qu’un sot orgueil ne vous vienne enfumer. Souvent l’auteur altier de quelque chansonnette Au même instant prend droit de se croire poëte : Il ne dormira plus qu’il n’ait fait un sonnet, Il met tous les matins six impromptus au net. Encore est-ce un miracle, en ses vagues furies, Si bientôt, imprimant ses sottes rêveries, Il ne se fait graver au devant du recueil, Couronné de lauriers, par la main de Nanteuil 28 .

Table of contents

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  1. 01Full text
  2. 02CHANT I.
  3. 03CHANT II
  4. 04CHANT III
  5. 05CHANT IV.
  6. 06II n’est point de degrés du médiocre au pire ;
  7. 07XIV
  8. 08III
  9. 09II
  10. 10XIV

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