
French Edition
Literature
La Révolte des anges
French BooksWhale Edition by Anatole France
Un roman satirique où anges, bibliothèque, révolte et scepticisme nourrissent une fable philosophique.
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Book introduction
La Révolte des anges
La Révolte des anges mêle érudition, ironie anticléricale, fantaisie et réflexion politique dans l’histoire d’esprits célestes découvrant les livres, le doute et la rébellion. Cette édition française propose un grand roman tardif d’Anatole France.
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La Révolte des anges a été publié pour la première fois en 1914. La date de publication et la mort de Anatole France en 1924 permettent d’établir le domaine public de cette édition française.
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La Révolte des anges
Anatole France
Preview chapterCHAPITRE PREMIERPreview
Contenant en peu de lignes l’histoire d’une famille française depuis 1789 jusqu’à nos jours.
L’hôtel d’Esparvieu dresse, sous l’ombre de Saint-Sulpice, ses trois étages austères entre une cour verte de mousse et un jardin rétréci, d’âge en âge, par des bâtisses toujours plus hautes et plus proches et dans lequel deux grands marronniers élèvent encore leurs têtes flétries. C’est là que vécut, de 1825 à 1857, le grand homme de la famille, Alexandre Bussart d’Esparvieu, vice-président du Conseil d’État sous le gouvernement de Juillet, membre de
l’Académie des Sciences morales et politiques, auteur de l’
Essai sur les institutions civiles et religieuses des peuples
, en trois volumes in-octavo, ouvrage malheureusement inachevé.
Cet éminent théoricien de la monarchie libérale laissa pour héritier de son sang, de sa fortune et de sa gloire, Fulgence-Adolphe Bussart d’Esparvieu, qui fut sénateur sous le Second Empire, accrut grandement son patrimoine en achetant des terrains sur lesquels devait passer l’avenue de l’Impératrice et prononça un discours remarquable en faveur du pouvoir temporel des papes.
Fulgence eut trois fils. L’aîné, Marc-Alexandre, entré dans l’armée, y fit une splendide carrière : il parlait bien. Le second, Gaétan, n’ayant montré aucune aptitude particulière, vivait le plus souvent à la campagne, chassait, élevait des chevaux, faisait de la musique et de la peinture. Le troisième, René, destiné dès l’enfance à la magistrature, donna sa démission de substitut, pour ne point concourir à l’application des décrets Ferry sur les congrégations ; et, plus tard, voyant
revenir, sous la présidence de
M.
Fallières, les jours de Dèce et de Dioclétien, il mit sa science et son zèle au service de l’Église persécutée.
Depuis le Concordat de 1801 jusqu’aux dernières années du Second Empire, tous les d’Esparvieu étaient allés à la messe, pour l’exemple. Sceptiques au-dedans d’eux-mêmes, ils considéraient la religion comme un moyen de gouvernement.
MM.
Marc et René, les premiers de leur race, donnèrent les signes d’une dévotion sincère. Le général avait voué, étant colonel, son régiment au Sacré-Cœur, et il pratiquait sa religion avec une ferveur qui se remarquait même chez un militaire, et pourtant l’on sait que la piété, fille du Ciel, a choisi, pour son séjour préféré sur la terre, le cœur des généraux de la troisième République. La foi a ses vicissitudes. Sous l’ancien régime, le peuple était croyant ; la noblesse ne l’était pas, ni la bourgeoisie lettrée. Sous le Premier Empire, l’armée, du haut en bas, était fort impie. Aujourd’hui, le peuple ne croit à rien. La bourgeoisie veut croire et y réussit quelquefois, ainsi qu’y réussirent MM. Marc et René
d’Esparvieu. Au rebours, leur frère,
M.
Gaétan, gentilhomme campagnard, n’y était point parvenu ; il était agnostique, comme on dit dans le monde, pour ne point employer le terme odieux de libre penseur. Et il se déclarait agnostique, contrairement au bel usage qui veut que cela se cache. Il y a, au siècle où nous sommes, tant de manières de croire et de ne pas croire, que les historiens futurs auront peine à s’y reconnaître. Mais démêlons-nous mieux l’état des croyances aux temps de Symmaque et d’Ambroise ?
Chrétien fervent, René d’Esparvieu était fortement attaché aux idées libérales que ses ancêtres lui avaient transmises comme un héritage sacré. Réduit à combattre la République athée et jacobine, il se proclamait encore républicain. C’est au nom de la liberté, qu’il réclamait l’indépendance et la souveraineté de l’Église. Lors des grands débats de la Séparation et des querelles des Inventaires, les synodes des évêques et les assemblées des fidèles se tenaient dans sa maison.
Preview chapterCHAPITRE IIPreview
Où l’on trouvera des renseignements utiles sur une bibliothèque dans laquelle s’accompliront bientôt des événements étranges.
Jaloux d’embrasser tout le cercle des connaissances humaines et désireux de donner à son génie encyclopédique un symbole concret et un appareil conforme à ses moyens pécuniaires, le baron Alexandre d’Esparvieu avait formé une bibliothèque de trois cent soixante mille volumes, tant imprimés que manuscrits, dont le fonds principal provenait des bénédictins de Ligugé.
Par une clause spéciale de son testament, il avait prescrit à ses héritiers d’accroître après lui sa bibliothèque de tout ce qui paraîtrait
d’important en sciences naturelles, morales, politiques, sociales, philosophiques et religieuses. Il avait indiqué les sommes qu’il convenait de prélever, à cet effet, sur sa succession et chargé son fils aîné, Fulgence-Adolphe, de procéder à ces accroissements. Fulgence-Adolphe accomplit, avec un respect filial, les volontés exprimées par son illustre père.
Après lui, cette bibliothèque immense, qui représentait plus qu’une part d’enfant, resta indivise entre les trois fils et les deux filles du sénateur, et René d’Esparvieu, à qui échut l’hôtel de la rue Garancière, reçut la garde de cette riche collection. Ses deux sœurs, mesdames Paulet de Saint-Fain et Cuissart, demandèrent plusieurs fois la liquidation d’un bien considérable et qui ne rapportait rien. Mais René et Gaétan rachetèrent la part de leurs deux co-héritiers et la bibliothèque fut sauvée. René d’Esparvieu s’occupa même de l’accroître, conformément aux intentions du fondateur. Mais, d’année en année, il diminuait le nombre et l’importance des acquisitions, estimant que la production intellectuelle baissait en Europe.
Gaétan, cependant, l’enrichissait, sur ses
deniers, des ouvrages nouveaux, publiés tant en France qu’à l’étranger, qu’il estimait bons, et il ne manquait pas de jugement, bien que ses frères lui en refusassent jusqu’à la moindre parcelle. Grâce à cet homme oisif et curieux, les collections du baron Alexandre furent à peu près tenues à jour.
La bibliothèque d’Esparvieu est encore aujourd’hui, en théologie, en jurisprudence et en histoire, une des plus belles bibliothèques privées de toute l’Europe. Vous y pouvez étudier la physique ou, pour mieux dire, les physiques dans toutes leurs branches, et, pour peu qu’il vous en chaille, la métaphysique ou les métaphysiques, c’est-à-dire ce qui est joint aux physiques et qui n’a pas d’autre nom, tant il est impossible de désigner par un substantif ce qui n’a point de substance et n’est que rêve et illusion. Vous pouvez y admirer les philosophes procédant à la solution, dissolution et résolution de l’absolu, à la détermination de l’indéterminé et à la définition de l’infini. Tout se rencontre, dans cet amas de bibles et de bibliettes sacrées et profanes, tout jusqu’au pragmatisme le plus nouveau et le plus élégant.
D’autres bibliothèques contiennent plus abondamment ces reliures vénérables par l’ancienneté, illustres par la provenance, suaves par le grain et le ton de la peau, précieuses par l’art du doreur, qui a poussé les fers en filets, en dentelle, en rinceaux, en fleurons, en emblèmes, en armoiries, et qui, de leur doux éclat, charment les yeux savants ; d’autres peuvent renfermer en plus grand nombre des manuscrits ornés, par un pinceau vénitien, flamand ou tourangeau, de fines et vives miniatures. Aucune ne surpasse celle-ci en belles et bonnes éditions des auteurs anciens et modernes, sacrés et profanes.
On y trouve tout ce qui nous reste de l’antiquité ; tous les Pères de l’Église et les apologistes et les décrétalistes, tous les humanistes de la Renaissance, tous les encyclopédistes, toute la philosophie, toute la science.
Table of contents
Inside this edition
- 01Full text
- 02CHAPITRE PREMIER
- 03CHAPITRE II
- 04CHAPITRE III
- 05CHAPITRE IV
- 06CHAPITRE V
- 07CHAPITRE VI
- 08CHAPITRE VII
- 09CHAPITRE VIII
- 10CHAPITRE IX
- 11CHAPITRE X
- 12CHAPITRE XI
- 13CHAPITRE XII
- 14CHAPITRE XIII
- 15CHAPITRE XIV
- 16CHAPITRE XV
- 17CHAPITRE XVI
- 18CHAPITRE XVII
- 19CHAPITRE XVIII
- 20CHAPITRE XIX
- 21CHAPITRE XX
- 22CHAPITRE XXI
- 23CHAPITRE XXII
- 24CHAPITRE XXIII
- 25CHAPITRE XXIV
- 26CHAPITRE XXV
- 27CHAPITRE XXVI
- 28CHAPITRE XXVII
- 29CHAPITRE XXVIII
- 30CHAPITRE XXIX
- 31CHAPITRE XXX
- 32CHAPITRE XXXI
- 33CHAPITRE XXXII
- 34CHAPITRE XXXIII
- 35CHAPITRE XXXIV
- 36CHAPITRE XXXV
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