French Edition
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Servitude et grandeur militaires
French BooksWhale Edition by Alfred de Vigny
Vigny reflects on military duty, obedience, sacrifice, honor, and the moral burden of arms.
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Book introduction
Servitude et grandeur militaires
“Servitude et grandeur militaires” combines stories and reflection to examine the soldier’s condition: discipline, sacrifice, obedience, solitude, and grandeur under command. Vigny’s work is one of French Romanticism’s major meditations on military life.
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Servitude et grandeur militaires is a public-domain work: the author died in 1863, and the text was first published in 1835. This edition uses the original French text.
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Servitude et grandeur militaires
Preview chapterCHAPITRE PREMIER pourquoi j’ai rassemblé ces souvenirsPreview
S’il est vrai, selon le poëte catholique, qu’il n’y ait pas de plus grande peine que de se rappeler un temps heureux, dans la misère, il est aussi vrai que l’âme trouve quelque bonheur à se rappeler, dans un moment de calme et de liberté, les temps de peine ou d’esclavage. Cette mélancolique émotion me fait jeter en arrière un triste regard sur quelques années de ma vie, quoique ces années soient bien proches de celle-ci, et que cette vie ne soit pas bien longue encore.
Je ne puis m’empêcher de dire combien j’ai vu de souffrances peu connues et courageusement portées par une race d’hommes toujours dédaignée ou honorée outre mesure, selon que les nations la trouvent utile ou nécessaire.
Cependant ce sentiment ne me porte pas seul à cet écrit, et j’espère qu’il pourra servir à montrer quelquefois, par des détails de mœurs observés de mes yeux, ce qu’il nous reste encore d’arriéré et de barbare dans l’organisation toute moderne de nos Armées permanentes, où l’homme de guerre est isolé du citoyen, où il est malheureux et féroce, parce qu’il sent sa condition mauvaise et absurde. Il est triste que tout se modifie au milieu de nous, et que la destinée des Armées soit la seule immobile. La loi chrétienne a changé une fois les usages féroces de la guerre ; mais les conséquences des nouvelles mœurs qu’elle introduisit n’ont pas été poussées assez loin sur ce point. Avant elle, le vaincu était massacré ou esclave pour la vie, les villes prises, saccagées, les habitants chassés et dispersés ; aussi chaque État épouvanté se tenait-il constamment prêt à des mesures désespérées, et la défense était aussi atroce que l’attaque. À présent, les villes conquises n’ont rien à craindre que de payer des contributions. Ainsi la guerre s’est civilisée, mais non les Armées ; car non seulement la routine de nos coutumes leur a conservé tout ce qu’il y avait de mauvais en elles ; mais l’ambition ou les terreurs des gouvernements ont accru le mal, en les séparant chaque jour du pays et en leur faisant une Servitude plus oisive et plus grossière que jamais. Je crois peu aux bienfaits des subites organisations ; mais je conçois ceux des améliorations successives. Quand l’attention générale est attirée sur une blessure, la guérison tarde peu. Cette guérison, sans doute, est un problème difficile à résoudre pour le législateur, mais il n’en était que plus nécessaire de le poser. Je le fais ici, et si notre époque n’est pas destinée à en avoir la solution, du moins ce vœu aura reçu de moi sa forme et les difficultés en seront peut-être diminuées. On ne peut trop hâter l’époque où les Armées seront identifiées à la Nation, si elle doit acheminer au temps où les Armées et la guerre ne seront plus, et où le globe ne portera plus qu’une nation unanime enfin sur ses formes sociales ; événement qui, depuis longtemps, devrait être accompli.
Je n’ai nul dessein d’intéresser à moi-même, et ces souvenirs seront plutôt les Mémoires des autres que les miens ; mais j’ai été assez vivement et assez longtemps blessé des étrangetés de la vie des Armées pour en pouvoir parler. Ce n’est que pour constater ce triste droit que je dis quelques mots sur moi.
J’appartiens à cette génération née avec le siècle, qui, nourrie de bulletins par l’Empereur, avait toujours devant les yeux une épée nue, et vint la prendre au moment même où la France la remettait dans le fourreau des Bourbons. Aussi, dans ce modeste tableau d’une partie obscure de ma vie, je ne veux paraître que ce que je fus, spectateur plus qu’acteur, à mon grand regret. Les événements que je cherchais ne vinrent pas aussi grands qu’il me les eût fallu. Qu’y faire ? On n’est pas toujours maître de jouer le rôle qu’on eût aimé, et l’habit ne nous vient pas toujours au temps où nous le porterions le mieux. Au moment où j’écris, un homme de vingt ans de service n’a pas vu une bataille rangée. J’ai peu d’aventures à vous raconter, mais j’en ai entendu beaucoup. Je ferai donc parler les autres plus que moi-même, hors quand je serai forcé de m’appeler comme témoin. Je m’y suis toujours senti quelque répugnance, en étant empêché par une certaine pudeur au moment de me mettre en scène. Quand cela m’arrivera, du moins puis-je attester qu’en ces endroits je serai vrai. Quand on parle de soi, la meilleure muse est la Franchise. Je ne saurais me parer de bonne grâce de la plume des paons ; toute belle qu’elle est, je crois que chacun doit lui préférer la sienne. Je ne me sens pas assez de modestie, je l’avoue, pour croire gagner beaucoup en prenant quelque chose de l’allure d’un autre, et en posant dans une attitude grandiose, artistement choisie, et péniblement conservée aux dépens des bonnes inclinations naturelles et d’un penchant inné que nous avons tous vers la vérité. Je ne sais si de nos jours il ne s’est pas fait quelque abus de cette littéraire singerie, et il me semble que la moue de Bonaparte et celle de Byron ont fait grimacer bien des figures innocentes.
Preview chapterCHAPITRE II sur le caractère général des arméesPreview
L’armée est une nation dans la Nation ; c’est un vice de nos temps. Dans l’antiquité, il en était autrement : tout citoyen était guerrier, et tout guerrier était citoyen ; les hommes de l’Armée ne se faisaient point un autre visage que les hommes de la Cité. La crainte des dieux et des lois, la fidélité à la patrie, l’austérité des mœurs, et, chose étrange ! l’amour de la paix et de l’ordre, se trouvaient dans les camps plus que dans les villes, parce que c’était l’élite de la Nation qui les habitait. La paix avait des travaux plus rudes que la guerre pour ces armées intelligentes. Par elles la terre de la patrie était couverte de monuments ou sillonnée de larges routes, et le ciment romain des aqueducs était pétri, ainsi que Rome elle-même, des mains qui la défendaient. Le repos des soldats était fécond autant que celui des nôtres est stérile et nuisible. Les citoyens n’avaient ni admiration pour leur valeur, ni mépris pour leur oisiveté, parce que le même sang circulait sans cesse dans les veines de l’Armée.
Dans le moyen-âge et au delà, jusqu’à la fin du règne de Louis XIV , l’Armée tenait à la Nation, sinon par tous ses soldats, du moins par tous leurs chefs, parce que le soldat était l’homme du noble, levé par lui sur sa terre, amené à sa suite à l’armée, et ne relevant que de lui ; or, son seigneur était propriétaire et vivait dans les entrailles mêmes de la mère-patrie. Soumis à l’influence toute populaire du prêtre, il ne fit autre chose, durant le moyen-âge, que de se dévouer corps et bien au pays, souvent en lutte contre la couronne, et sans cesse révolté contre une hiérarchie de pouvoirs qui eût amené trop d’abaissement dans l’obéissance, et par conséquent d’humiliation dans la profession des armes. Le régiment appartenait au colonel, la compagnie au capitaine, et l’un et l’autre savaient fort bien emmener leurs hommes quand leur conscience comme citoyens n’était pas d’accord avec les ordres qu’ils recevaient comme hommes de guerre. Cette indépendance de l’Armée dura en France jusqu’à M. de Louvois, qui, le premier, la soumit aux bureaux et la remit, pieds et poings liés, dans la main du Pouvoir souverain. Il n’y éprouva pas peu de résistance, et les derniers défenseurs de la liberté généreuse des hommes de guerre furent ces rudes et francs gentilshommes, qui ne voulaient amener leur famille de soldats à l’Armée que pour aller en guerre. Quoiqu’ils n’eussent pas passé l’année à enseigner l’éternel maniement d’armes à des automates, je vois qu’eux et les leurs se tiraient assez bien d’affaire sur les champs de bataille de Turenne. Ils haïssaient particulièrement l’uniforme, qui donne à tous le même aspect, et soumet les esprits à l’habit et non à l’homme. Ils se plaisaient à se vêtir de rouge, les jours de combat, pour être mieux vus des leurs, et mieux visés de l’ennemi ; et j’aime à rappeler, sur la foi de Mirabeau, ce vieux marquis de Coëtquen, qui, plutôt que de paraître en uniforme à la revue du Roi, se fit casser par lui à la tête de son régiment : — Heureusement, sire, que les morceaux me restent, dit-il après. C’était quelque chose que de répondre ainsi à Louis XIV . Je n’ignore pas les mille défauts de l’organisation qui expirait alors ; mais je dis qu’elle avait cela de meilleur que la nôtre, de laisser plus librement luire et flamber le feu national et guerrier de la France. Cette sorte d’Armée était une armure très-forte et très-complète dont la Patrie couvrait le Pouvoir souverain, mais dont toutes les pièces pouvaient se détacher d’elles-mêmes, l’une après l’autre, si le Pouvoir s’en servait contre elle.
Table of contents
Inside this edition
- 01Full text
- 02CHAPITRE PREMIER pourquoi j’ai rassemblé ces souvenirs
- 03CHAPITRE II sur le caractère général des armées
- 04CHAPITRE III de la servitude du soldat et de son caractère individuel
- 05CHAPITRE IV de la rencontre que je fis un jour sur la grande route
- 06CHAPITRE V histoire du cachet rouge
- 07CHAPITRE VI comment je continuai ma route
- 08LIVRE DEUXIÈME
- 09CHAPITRE PREMIER sur la responsabilité
- 10CHAPITRE II les scrupules d’honneur d’un soldat
- 11CHAPITRE III sur l’amour du danger
- 12CHAPITRE IV le concert de famille
- 13CHAPITRE V histoire de l’adjudant les enfants de montreuil et le tailleur de pierres
- 14CHAPITRE VI un soupir
- 15CHAPITRE VII la dame rose
- 16CHAPITRE VIII la position du premier rang
- 17CHAPITRE IX une séance
- 18CHAPITRE X une belle soirée
- 19CHAPITRE XI fin de l’histoire de l’adjudant
- 20CHAPITRE XII le réveil
- 21CHAPITRE XIII un dessin au crayon
- 22CHAPITRE PREMIER
- 23CHAPITRE II une nuit mémorable
- 24CHAPITRE III malte
- 25CHAPITRE IV simple lettre
- 26CHAPITRE V le dialogue inconnu
- 27CHAPITRE VI un homme de mer
- 28CHAPITRE VII réception
- 29CHAPITRE VIII le corps de garde russe
- 30CHAPITRE IX une bille
- 31CHAPITRE X conclusion
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