BooksWhaleBooksWhale
Un billet de loterie cover

French Edition

Literature

Un billet de loterie

French BooksWhale Edition by Jules Verne

En Norvège, Hulda attend le retour d’un marin disparu, tandis qu’un billet de loterie devient l’objet d’une agitation inattendue.

Preview
A sample from the prepared text
Formats
Online reader, EPUB, PDF
Access
Library claim

Book introduction

Un billet de loterie

Dans une auberge norvégienne, Hulda Hansen attend Ole Kamp, le marin auquel elle est fiancée. Sa disparition laisse un billet de loterie portant un message, et cet objet attire bientôt curiosité, convoitise et espoirs de fortune. Jules Verne associe le voyage à travers la Norvège, l’attachement familial et une intrigue fondée sur l’attente, la solidarité et les caprices du hasard.

BooksWhale edition

How this edition was prepared

This edition is based on a public domain text and has been prepared for digital reading by BooksWhale.

Public domain basis

Why this edition can be shared

Jules Verne est mort en 1905. Cette édition reprend le texte français original du domaine public fourni par Project Gutenberg, sans les notes éditoriales ni les illustrations.

Read preview

A sample from the prepared text

Preview selected from the prepared reader text.

Preview chapterIRead preview

— Quelle heure est-il? demanda dame Hansen, après avoir secoué les cendres de sa pipe, dont les dernières bouffées se perdirent entre les poutres coloriées du plafond.

— Huit heures, ma mère, répondit Hulda.

— Il n'est pas probable qu'il nous arrive des voyageurs pendant la nuit; le temps est trop mauvais.

— Je ne pense pas qu'il vienne personne. En tout cas, les chambres sont prêtes, et j'entendrai bien si l'on appelle du dehors.

— Ton frère n'est pas revenu?

— Pas encore.

— N'a-t-il pas dit qu'il rentrerait aujourd'hui?

— Non, ma mère. Joël est allé conduire un voyageur au lac Tinn, et, comme il est parti très tard, je ne crois pas qu'il puisse, avant demain, revenir à Dal.

— Il couchera donc à Moel?

— Oui, sans doute, à moins qu'il n'aille à Bamble faire visite au fermier Helmboë…

— Et à sa fille?

— Oui, Siegfrid, ma meilleure amie, et que j'aime comme une soeur! répondit en souriant la jeune fille.

— Eh bien, ferme la porte, Hulda, et allons dormir…

— Vous n'êtes pas souffrante, ma mère?

— Non, mais demain je compte me lever de bonne heure. Il faut que j'aille à Moel…

— À quel propos?

— Eh! ne faut-il pas s'occuper de renouveler nos provisions pour la saison qui va venir?

— Le messager de Christiania est donc arrivé à Moel avec sa voiture de vins et de comestibles?

— Oui, Hulda, cet après-midi, répondit dame Hansen. Lengling, le contremaître de la scierie, l'a rencontré et m'a prévenue en passant. De nos conserves en jambon et en saumon fumé, il ne reste plus grand-chose, et je ne veux pas risquer d'être prise au dépourvu. D'un jour à l'autre, surtout si le temps redevient meilleur, les touristes peuvent commencer leurs excursions dans le Telemark. Il faut que notre auberge soit en état de les recevoir et qu'ils y trouvent tout ce dont ils peuvent avoir besoin pendant leur séjour. Sais-tu bien, Hulda, que nous voici déjà au 15 avril?

— Au 15 avril! murmura la jeune fille.

— Donc, demain, reprit dame Hansen, je m'occuperai de tout cela. En deux heures, j'aurai fait nos achats que le messager apportera ici, et je reviendrai avec Joël dans sa kariol.

— Ma mère, au cas où vous rencontreriez le courrier, n'oubliez pas de demander s'il y a quelque lettre pour nous…

— Et surtout pour toi! C'est bien possible, puisque la dernière lettre de Ole a déjà un mois de date.

— Oui! un mois!… un grand mois!

— Ne te fais pas de peine, Hulda! Ce retard n'a rien qui puisse nous étonner. D'ailleurs, si le courrier de Moel n'a rien apporté, ce qui n'est pas venu par Christiania ne peut-il venir par Bergen?

— Sans doute, ma mère, répondit Hulda; mais que voulez-vous? Si j'ai le coeur gros, c'est qu'il y a loin d'ici aux pêcheries du New Found Land! Toute une mer à traverser, et lorsque la saison est mauvaise encore! Voilà près d'un an que mon pauvre Ole est parti, et qui pourrait dire quand il viendra nous revoir à Dal?…

— Et si nous y serons à son retour! murmura dame Hansen, mais si bas, que sa fille ne put l'entendre.

Hulda alla fermer la porte de l'auberge, qui s'ouvrait sur le chemin du Vestfjorddal. Elle ne prit même pas le soin de donner un tour de clé à la serrure. En cet hospitalier pays de Norvège, ces précautions ne sont pas nécessaires. Il convient, aussi, que tout voyageur puisse entrer, de jour, comme de nuit, dans la maison des gaards et des soeters, sans qu'il soit besoin de lui ouvrir.

Aucune visite de rôdeurs ou de malfaiteurs n'est à craindre, ni dans les bailliages ni dans les hameaux les plus reculés de la province. Aucune tentative criminelle contre les biens ou les personnes n'a jamais troublé la sécurité de ses habitants.

La mère et la fille occupaient deux chambres du premier étage sur le devant de l'auberge — deux chambres fraîches et propres, d'ameublement modeste, il est vrai, mais dont la tenue indiquait les soins d'une bonne ménagère. Au-dessus, sous la couverture, débordant comme un toit de chalet, se trouvait la chambre de Joël, éclairée par une fenêtre, encadrée d'un découpage en sapin amenuisé avec goût. De là, le regard, après avoir parcouru un grandiose horizon de montagnes, pouvait descendre jusqu'au fond de l'étroite vallée, où mugissait le Maan, moitié torrent, moitié rivière. Un escalier de bois, à consoles trapues, à marches miroitantes, montait de la grande salle du rez-de-chaussée aux étages supérieurs. Rien de plus attrayant que l'aspect de cette maison, où le voyageur trouvait un confort bien rare dans les auberges de Norvège.

Preview chapterIIPreview

Dal — quelques maisons seulement, les unes le long d'une route qui n'est à vrai dire qu'un sentier, les autres éparses sur les croupes voisines. Elles tournent la face à l'étroite vallée du Vestfjorddal, le dos au cadre des collines du nord, au pied desquelles coule le Maan. L'ensemble de ces constructions formerait un des gaards très communs dans le pays, s'il était sous la direction d'un seul propriétaire de cultures ou d'un fermier à gages. Mais il a droit, si ce n'est au nom de bourg, du moins à celui de hameau. Une petite chapelle, édifiée en 1855, dont le chevet est percé de deux étroites fenêtres à vitraux, dresse non loin, à travers le fouillis des arbres, son clocher à quatre pans — le tout en bois. Çà et là, au-dessus des rios qui courent à la rivière, sont jetés quelques ponceaux, charpentés en losange, dont l'entrecroisement est rempli de pierres moussues. Plus loin se font entendre les grincements d'une ou deux scieries rudimentaires, actionnées par les torrents, avec une roue pour manoeuvrer la scie, et une roue pour mouvoir la poutre ou le madrier. À courte distance, chapelle, scieries, maisons, cabanes, tout semble baigné dans une molle vapeur de verdure, sombre avec les sapins, glauque avec les bouleaux, que dessinent les arbres, isolés ou groupés, depuis les berges sinueuses du Maan jusqu'à la crête des hautes montagnes du Telemark.

Tel est ce hameau de Dal, frais et riant, avec ses habitations pittoresques, extérieurement peintes, celles-ci de couleurs tendres — vert naissant ou rose clair — celles-là enluminées de couleurs violentes, jaune éclatant ou sang-de-boeuf. Leurs toits d'écorces de bouleau, emplâtrés d'un gazon verdoyant que l'on fauche à l'automne, sont coiffés de fleurs naturelles. Tout cela est délicieux et appartient au plus charmant pays du monde. Pour tout dire, Dal est dans le Telemark, le Telemark est en Norvège, et la Norvège, c'est la Suisse avec plusieurs milliers de fiords qui permettent à la mer de gronder au pied de ses montagnes.

Le Telemark est compris dans cette portion renflée de l'énorme cornue que figure la Norvège entre Bergen et Christiania. Ce bailliage — une dépendance de la préfecture de Batsberg — a des montagnes et des glaciers comme la Suisse, mais ce n'est pas la Suisse. Il a des chutes grandioses comme le Nord-Amérique, mais ce n'est pas l'Amérique. Il a des paysages avec des maisons peintes et des processions d'habitants, vêtus de costumes d'un autre âge, comme certains bourgs de la Hollande, mais ce n'est pas la Hollande. Le Telemark, c'est mieux que tout cela, c'est le Telemark, contrée peut-être unique au monde par les beautés naturelles qu'elle renferme. L'auteur a eu le plaisir de le visiter. Il l'a parcouru en kariol avec des chevaux pris aux relais de poste — quand il s'en trouvait. Il en a rapporté une impression de charme et de poésie, si vivace encore dans son souvenir, qu'il voudrait pouvoir en imprégner ce simple récit.

À l'époque où se passe cette histoire — en 1862 — la Norvège n'était pas encore sillonnée par le chemin de fer qui permet actuellement d'aller de Stockholm à Drontheim par Christiania. Maintenant un immense lien de rails est tendu à travers ces deux pays scandinaves, peu enclins à vivre d'une vie commune. Mais, enfermé dans les wagons de ce chemin de fer, si le voyageur va plus vite qu'en kariol, il ne voit plus rien de l'originalité des routes d'autrefois. Il perd la traversée de la Suède méridionale par le curieux canal de Gotha, dont les steam-boats, s'élevant d'écluse en écluse, grimpent à trois cents pieds de hauteur. Enfin, il ne s'arrête ni aux chutes de Trolletann, ni à Drammen, ni à Kongsberg, ni devant toutes les merveilles du Telemark.

À cette époque, le railway n'était qu'en projet. Quelque vingt ans devaient s'écouler encore avant qu'on pût traverser le royaume scandinave d'un littoral à l'autre — en quarante heures — et aller jusqu'au cap Nord, avec billets d'aller et retour pour le Spitzberg.

Preview chapterIIIPreview

Sans être trop versé dans la science ethnographique, on peut croire, avec plusieurs savants, qu'il existe une certaine parenté entre les hautes familles de l'aristocratie anglaise et les anciennes familles du royaume scandinave. On en trouve de nombreuses preuves dans ces noms d'ancêtres qui sont identiques entre les deux pays. Et pourtant, il n'y a pas d'aristocratie en Norvège. Mais, si la démocratie domine, cela ne l'empêche pas d'être aristocratique au plus haut point. Tous sont égaux en haut, au lieu de l'être en bas. Jusque dans les plus humbles cabanes se dresse encore l'arbre généalogique, qui n'a point dégénéré pour avoir repris racine en terre plébéienne. Là s'écartèlent les blasons des familles nobles des époques féodales, dont ces simples paysans descendent.

Il en était ainsi des Hansen, de Dal, parents, à un degré très éloigné, sans doute, de ces pairs d'Angleterre, créés à la suite de l'invasion du Rollon de Normandie. Et s'ils n'en possédaient plus la situation ni la richesse, du moins en avaient-ils conservé la fierté originelle, ou, plutôt, la dignité, qui est à sa place dans toutes les conditions sociales.

Peu importait, d'ailleurs! Quoiqu'il eût des ancêtres de haute naissance, Harald Hansen n'en était pas moins aubergiste à Dal. La maison lui venait de son père et de son grand-père, dont il rappelait volontiers la situation dans le pays. Après lui, sa femme avait continué d'y exercer cette profession de manière à mériter l'estime publique.

Harald avait-il fait fortune à ce métier? On ne sait. Mais il avait pu élever son fils Joël et sa fille Hulda, sans que le début de la vie eût été trop dur à ses deux enfants. Et même, un fils d'une soeur de sa femme, Ole Kamp, que la mort de son père et de sa mère devait bientôt laisser à sa charge, avait été élevé par lui comme ses propres rejetons. Sans son oncle Harald, cet orphelin eût sans doute été un de ces pauvres petits êtres qui ne viennent au monde que pour le quitter aussitôt. Du reste, Ole Kamp montra pour ses parents adoptifs une reconnaissance toute filiale. Rien ne devait jamais rompre ce lien qui l'unissait à la famille Hansen. Son mariage avec Hulda allait le resserrer encore et le nouer pour la vie.

Harald était mort, il y avait dix-huit mois environ. Sans compter l'auberge de Dal, il laissait à sa veuve un petit «soeter», situé dans la montagne. Le soeter n'est qu'une sorte de ferme isolée, d'un rapport généralement médiocre, quand il n'est pas nul. Or, les dernières saisons n'avaient point été bonnes. Toute culture avait souffert, même les pâturages. Il y avait eu de ces «nuits de fer», comme les appelle le paysan norvégien, nuits de bise et de glace, qui dessèchent tout germe jusqu'au plus profond de l'humus. De là, ruine pour les paysans du Telemark et du Hardanger.

Cependant, si dame Hansen devait savoir à quoi s'en tenir sur sa situation, elle n'en avait jamais rien dit à personne, pas même à ses enfants. D'un caractère froid et taciturne, elle était peu communicative — ce dont Hulda et Joël souffraient visiblement. Mais, avec ce respect pour le chef de famille, inné dans les pays du Nord, ils s'étaient tenus sur une réserve qui ne laissait pas de leur être très pénible. D'ailleurs, dame Hansen ne demandait pas volontiers aide ou conseil, étant absolument convaincue de la sûreté de son jugement — très norvégienne sous ce rapport.

Dame Hansen comptait alors cinquante ans. L'âge, s'il avait blanchi ses cheveux, n'avait point courbé sa haute taille, ni amoindri la vivacité de son regard d'un bleu intense, dont l'azur se retrouvait inaltéré dans les yeux de sa fille. Seul son teint avait pris la nuance jaunâtre d'un vieux papier de procédure, et quelques rides commençaient à sillonner son front.

Table of contents

Inside this edition

  1. 01I
  2. 02II
  3. 03III
  4. 04IV
  5. 05V
  6. 06VI
  7. 07VII
  8. 08VIII
  9. 09IX
  10. 10X
  11. 11XI
  12. 12XII
  13. 13XIII
  14. 14XIV
  15. 15XV
  16. 16XVI
  17. 17XVII
  18. 18XVIII
  19. 19XIX
  20. 20XX

Language availability

Other languages

Additional language editions are not published yet. This section will link to other BooksWhale editions when they become available.

Request another language

Un billet de loterie

Membership $9.99 / year · claim access

PreviewJoin