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French Edition

Literature

Une histoire sans nom

French BooksWhale Edition by Jules Barbey d’Aurevilly

Un secret bouleverse une mère et sa fille, dans un récit où ferveur religieuse, soupçon et silence resserrent le drame.

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Une histoire sans nom

Dans Une histoire sans nom, Barbey d’Aurevilly enferme une relation entre mère et fille dans le poids du secret et des certitudes morales. La jeune Lasthénie devient le centre d’une énigme que sa mère interprète avec une rigueur destructrice. Les treize chapitres associent tension psychologique, imaginaire religieux et violence des sentiments, jusqu’à une révélation qui donne au silence une portée tragique.

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Jules Barbey d’Aurevilly est mort en 1889 ; l’œuvre a paru en 1882. Cette édition utilise le texte original français en domaine public provenant de Wikisource, sans annotations ni ajouts éditoriaux modernes.

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Dans les dernières années du dix-huitième siècle qui précédèrent la Révolution française, au pied des Cévennes, dans une petite bourgade du Forez, un capucin prêchait entre vêpres et complies. On était au premier dimanche du Carême. Le jour s’en venait bas dans l’église, assombrie encore par l’ombre des montagnes qui entourent et même étreignent cette singulière bourgade, et qui, en s’élevant brusquement au pied de ses dernières maisons, semblent les parois d’un calice au fond duquel elle aurait été déposée. À ce détail original, on l’aura peut-être reconnue… Ces montagnes dessinaient un cône renversé. On descendait dans cette petite bourgade par un chemin à pic, quoique circulaire, qui se tordait comme un tire-bouchon sur lui-même et formait au-dessus d’elle comme plusieurs balcons, suspendus à divers étages. Ceux qui vivaient dans cet abîme devaient certainement éprouver quelque chose de la sensation angoissée d’une pauvre mouche tombée dans la profondeur — immense pour elle — d’un verre vide, et qui, les ailes mouillées, ne peut plus sortir de ce gouffre de cristal… Rien de plus triste que cette bourgade, malgré le vert d’émeraude de sa ceinture de montagnes boisées et les eaux courantes qui en ruissellent de toutes parts, charriant des masses de truites dans leurs bouillons d’argent. Il y en a tant qu’on pourrait les prendre avec la main… La Providence a voulu que, pour les raisons les plus hautes, l’homme aimât la terre où il est né, comme il aime sa mère, fût-elle indigne de son amour. Sans cela, on ne comprendrait guère que des hommes à large poitrine, ayant besoin de dilatation au grand air, d’horizon et d’espace, pussent rester claquemurés dans cet étroit ovale de montagnes qui semblent se marcher sur les pieds, tant elles sont pressées les unes contre les autres ! sans monter plus haut pour respirer ; et l’on pense involontairement aux mineurs qui vivent sous la terre, ou à ces anciens captifs des cloîtres qui priaient pendant des années, engloutis dans de ténébreuses oubliettes… Pour mon compte, j’ai vécu là vingt-huit jours à l’état de Titan écrasé, sous l’impression physiquement pesante de ces insupportables montagnes ; et, quand j’y pense, il me semble que j’en sens toujours le poids sur mon cœur. Noire déjà par le fait du temps, car les maisons y sont anciennes, cette bourgade qu’on dirait un dessin à l’encre de Chine, et où la Féodalité a laissé quelques ruines, se noircit encore — noir sur noir — de l’ombre perpendiculaire des monts qui l’enveloppent, comme des murs de forteresse, que le soleil n’escalade jamais. Ils sont trop escarpés pour qu’il puisse passer par-dessus et lancer dans le trou qu’ils font un bout de rayon. Quelquefois, à midi, il n’y fait pas jour. Byron aurait écrit là sa Darkness. Rembrandt y aurait mis ses clairs-obscurs, ou plutôt, il les y aurait trouvés. L’été, quand le jour est beau, les habitants s’en doutent peut-être, en regardant la lucarne bleue qu’ils ont à mille pieds au-dessus de leurs têtes. Mais, ce jour-là, la lucarne n’avait pas de bleu. Elle était grise. Les nuages appesantis la fermaient comme un cercle de fer. La bouteille avait son bouchon.

En ce moment, toute la population de la bourgade était à l’église, — une église austère du treizième siècle, où des yeux de lynx, s’il y en avait eu, n’auraient pu lire leurs vêpres, dans ce chien et loup d’un soir d’hiver, mais où il y avait encore plus de loup que de chien. Les cierges, selon l’usage, avaient été éteints au commencement du sermon, et la foule, pressée comme des tuiles sur les toits, n’était pas plus visible au prédicateur que lui, détaché d’elle et plus élevé qu’elle dans sa chaire, ne lui était visible de là-haut… Seulement, si on ne le voyait pas très bien, on l’entendait. « Les capucins ne nasillent qu’au chœur, » disait l’ancien proverbe. La voix de celui-ci était vibrante et d’un timbre fait pour annoncer les vérités les plus terribles de la religion. Et, ce jour-là, il les annonçait. Il prêchait sur l’enfer. Tout dans cette église sévère de style, et où la nuit entrait lentement, vague par vague, plus profonde de minute en minute, donnait un très grand caractère à la parole de ce prédicateur. Les statues des Saints, alors voilées sous les draperies dont on les couvre pendant le Carême, ressemblaient à de mystérieux et blancs fantômes, immobiles le long de leurs murs blancs, et le prédicateur, dont la silhouette indistincte s’agitait sur le blanc pilier contre lequel la chaire était adossée, en semblait un autre… On eût dit un fantôme prêchant des fantômes. Même cette voix tonnante, d’une si puissante réalité et qui semblait n’appartenir à personne, en paraissait d’autant plus la voix du Ciel… L’impression de tout cela saisissait… Et l’attention était si profonde et le silence si grand que quand le prédicateur se taisait, un instant, pour reprendre haleine, on entendait, — du dehors dans l’église, — le petit bruit des sources qui filtraient de partout le long des montagnes, dans ce pays plein de soupirs, et qui ajoutait à la mélancolie de ses ombres la mélancolie de ses eaux !

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La baronne de Ferjol n’était point de ce pays, qu’elle n’aimait pas… Elle était née au loin. C’était une fille noble de race normande, qu’un mariage, qui avait été une folie d’inclination, avait jetée dans ce « trou de formicaléo », — comme elle disait dédaigneusement, en pensant aux horizons et aux luxuriants paysages de son opulent pays… Seulement, le formicaléo, c’était l’homme qu’elle aimait, et le trou dans lequel il l’avait précipitée, l’amour pendant des années l’avait élargi et rempli de son agrandissante lumière. Heureuse chûte ! Elle était tombée là parce qu’elle aimait ! La baronne de Ferjol, de son nom Jacqueline-Marie-Louise d’Olonde, s’était éprise du baron de Ferjol, capitaine au régiment de Provence (infanterie), dont le régiment, dans les dernières années du règne de Louis XVI, avait fait partie du camp d’observation dressé sur le mont de Rauville-la-Place, à trois pas de la rivière la Douve et de Saint-Sauveur-le-Vicomte, qui ne s’appelle plus maintenant que Saint-Sauveur-sur-Douve, comme on dit Strafford-sur-Avon. Ce petit camp, dressé là en prévision d’une descente des Anglais sur la côte, qui menaçait alors le Cotentin, n’était composé que de quatre régiments d’infanterie, placés sous le commandement du lieutenant-général marquis de Lambert. Ceux-là qui auraient pu en garder le souvenir sont morts depuis longtemps, et l’immense bruit de la Révolution française, passant par-dessus cet infiniment petit de l’histoire, l’a fait oublier. Mais ma grand’mère, qui avait vu ce camp, et qui en avait reçu somptueusement tous les officiers chez elle, en parlait encore dans mon enfance avec l’accent qu’ont les vieilles gens, quand ils parlent des choses qu’ils ont vues… Elle avait fort bien connu le baron de Ferjol, qui avait tourné la tête à mademoiselle Jacqueline d’Olonde, en dansant avec elle, dans les meilleures maisons de Saint-Sauveur, petite ville de noblesse et de haute bourgeoisie, où l’on dansait beaucoup alors. Il était, disait-elle, très beau, ce baron de Ferjol, dans son uniforme blanc, à collet et à parement bleu céleste. Blond, d’ailleurs, et les femmes prétendent que le bleu est le fard des blonds. Ma grand’mère ne s’étonnait donc pas que M. de Ferjol eût tourné la tête à mademoiselle d’Olonde, et, de fait, il la lui avait tournée et si bien, qu’un jour, elle s’était fait enlever par lui, cette fille qu’on disait si fière ! Dans ce temps-là, il y avait encore des enlèvements dans le monde, avec la poésie de la chaise de poste, et la dignité du danger et des coups de pistolet aux portières. À présent, les amoureux ne s’enlèvent plus. Ils s’en vont prosaïquement ensemble, dans un confortable wagon de chemin de fer, et ils reviennent, après « le petit badinage consommé », comme dit Beaumarchais, aussi bêtement qu’ils étaient partis, et quelquefois beaucoup plus… C’est ainsi que nos plates mœurs modernes ont supprimé les plus belles et les plus charmantes folies de l’amour ! Après l’éclat d’un enlèvement qui fit un épouvantable scandale, dans une société réglée, morale, religieuse, même un peu janséniste, et qui n’a pas, du reste, beaucoup changé depuis ce temps-là, les tuteurs de mademoiselle d’Olonde, laquelle était orpheline, n’hésitèrent plus. Ils consentirent à son mariage avec le baron de Ferjol, qui l’emmena dans les Cévennes, son pays natal.

Malheureusement, le baron mourut jeune. Il laissa sa femme au fond de cet entonnoir de montagnes, qu’il avait agrandi de sa présence et de son amour et dont les parois, se resserrant autour d’elle, jetèrent sur son cœur en deuil comme un voile noir de plus… Elle resta pourtant courageusement dans cet abîme. Elle n’essaya point de remonter la pente escarpée de ces étouffantes montagnes pour retrouver un peu de ciel sur la tête, quand elle n’en avait plus dans le cœur. Malheureuse, elle se tapit dans son gouffre, comme dans la douleur de son veuvage. Un moment, elle pensa, il est vrai, à retourner en Normandie, mais l’idée de son enlèvement et du mépris qu’elle y retrouverait peut-être, l’en empêcha… Elle ne voulut pas revenir se blesser aux vitres qu’elle avait cassées. Son âme altière avait horreur du mépris. Positive comme sa race, elle se préoccupait assez peu de la poésie des choses extérieures. Quand cette poésie lui manquait, elle n’en souffrait pas. Ce n’était point une âme rêveuse, inclinée aux nostalgies. C’était, au contraire, une âme robuste et raisonnable, quoique ardente… Ardente ! son mariage ne l’avait que trop prouvé. Mais son ardeur était concentrée, et lorsque, après la mort de son mari, elle fut devenue pieuse, de cette piété que les confesseurs appellent « intérieure », elle tourna tout à coup au sévère… La triste bourgade où elle était internée lui paraissait aussi bonne pour y vivre que pour y mourir. Ombrée par les montagnes qui la surplombent, cette bourgade encadrait très bien sa personne. À portrait sombre, cadre sombre. La baronne de Ferjol, âgée d’un peu plus de quarante ans, était une grande brune maigre dont la maigreur semblait éclairée en dessous d’un feu secret, brûlant comme sous la cendre, dans la moelle de ses os… Belle — les femmes disaient qu’elle l’avait été autrefois — mais agréable, non ! — ajoutaient-elles avec le plaisir que leur causent, d’ordinaire, ces atténuations. Sa beauté, qui n’avait été désagréable, du reste, aux autres femmes, que parce qu’elle avait été écrasante, elle l’avait enterrée avec l’homme qu’elle avait éperdument aimé ; et lui disparu, cette coquette pour lui seul n’y pensa jamais plus. Il avait été l’unique miroir dans lequel elle se fût admirée. Et quand elle eut perdu cet homme, pour elle, l’univers ! elle reporta l’ardeur de ses sentiments sur sa fille. Seulement, comme par l’effet d’une pudeur farouche, qu’ont parfois ces natures ardentes, elle n’avait pas toujours montré à son mari les sentiments par trop violents et par trop… troublants qu’il lui inspirait, elle ne les montra pas davantage à cette enfant qu’elle aimait encore plus parce qu’elle était la fille de son mari que parce qu’elle était la sienne, à elle, — plus épouse que mère jusque dans sa maternité ! Madame de Ferjol avait, sans l’affecter et même sans le savoir, avec sa fille comme avec le monde, une espèce de majesté rigide dont sa fille et le monde subissaient également l’empire. Quand on la regardait, on s’expliquait très bien cet ascendant sans sympathie. Pour qu’elle fût sympathique, il y avait en madame de Ferjol quelque chose de trop impérieux, de trop despotique, de trop romain jusque dans son buste de matrone, dans la fière arcure de son profil, et dans cette masse de cheveux noirs largement empâtés de blanc, sur des tempes, qu’ils rendaient plus austères et presque cruelles et qui semblaient, ces impitoyables blancheurs, avoir eu des griffes pour s’accrocher et rester là obstinément sur ses résistantes épaisseurs d’ébène. Tout cela était à faire crier les âmes communes, qui voudraient que tout fût commun comme elles, mais les peintres et les poëtes auraient, eux, raffolé de cette hâve tête de veuve qui leur eût rappelé tout au moins la mère de Spartacus ou de Coriolan, et, bêtise amère de la Destinée ! la femme de cette tête, énergique et désolée, qui faisait l’effet d’avoir été créée pour dompter les plus fiers rebelles et commander à des héros au nom de leurs pères, n’avait à conduire et à diriger dans la vie qu’une pauvre fille innocente !

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Le Carême finissait. Il était dix heures du matin. Ces dames de Ferjol étaient rentrées chez elles, après avoir assisté à l’office et au Lavement des Autels, car on était au Samedi Saint qui, comme on sait, est le dernier de la sainte Quarantaine. La maison des dames de Ferjol était sise au centre d’une petite place carrée qui la séparait de cette église du treizième siècle, à la façade romane dans son écrasement énergique, exprimant si bien l’écrasement du Barbare qui s’est jeté à plat ventre, dans une humilité d’épouvante, devant la croix de Jésus-Christ ! Cette place, pavée en têtes de chat, était si étroite que ces dames, qui hantaient incessamment l’église, leur voisine, pouvaient la traverser, même sans parapluie, lorsqu’il pleuvait. Quant à leur maison, c’était un vaste bâtiment sans style, d’une époque très postérieure à l’église. Les aïeux du baron de Ferjol l’avaient habitée pendant bien des générations, mais elle n’était plus en harmonie avec les besoins du luxe et les mœurs de l’époque (expirante alors) qui avait été le dix-huitième siècle. Habitation antique et incommode, qui eût fait plaisanter les architectes du confort et les architectes de l’agrément ; mais quand on a du cœur, on se moque de toutes les risées et on ne vend pas ces maisons-là ! Pour s’en défaire, il faut la ruine, la ruine désespérée, qui vous y force et qui vous en arrache : amère angoisse ! Les coins noirs de ces maisons vieillies, et quelquefois délabrées, qui ont vu nos enfances et dans lesquels les âmes de nos pères sont peut-être tapies, crieraient contre nous, si nous les vendions pour le vulgaire et vil motif qu’elles ne répondent plus au luxe et aux mollesses du siècle… Madame de Ferjol, qui était d’un autre pays que les Cévennes, aurait bien pu se débarrasser de cette grande et vaste maison après la mort de son mari, mais elle aima mieux la garder et y habiter par respect pour les traditions de famille de ce mari bien-aimé et aussi parce que cette grande et hagarde maison grise avait pour elle, qui seule les voyait, des murs d’or, comme la Cité céleste, — d’indestructibles et flamboyants murs d’or bâtis dans un jour de bonheur par l’Amour ! Construit dans la pensée d’abriter de longues familles sur lesquelles nos pères avaient la fierté religieuse de compter, et pour des domestiques nombreux, ce grand logis, vidé par la mort, paraissait plus vaste encore depuis qu’il n’était habité que par deux femmes qui se perdaient dans son espace. Il était froid, sans aucune bonhomie, imposant, parce qu’il était spacieux, et que l’espace fait la majesté des maisons comme des paysages ; mais, tel qu’il était, ce logement, qu’on appelait dans le bourg l’Hôtel de Ferjol, impressionnait fortement l’imagination de tous ceux qui le visitaient, par ses hauts plafonds, ses corridors entrecoupés et son étrange escalier, raide comme l’escalier d’un clocher et d’une telle largeur que quatorze hommes à cheval y pouvaient tenir et monter de front ses cent marches. La chose avait été vue, disait-on, au temps de la guerre des Chemises blanches et de Jean Cavalier… C’est dans ce grandiose escalier, qui semblait n’avoir pas été bâti pour la maison, mais qui était peut-être tout ce qui restait de quelque château écroulé et que le malheur des temps et de la race qui aurait habité là n’avait pas pu relever tout entier dans sa primitive magnificence, que la petite Lasthénie, sans compagnes et sans les jeux qu’elle eût partagés avec elles, isolée de tout par le chagrin et l’âpre piété de sa mère, avait passé bien des longues heures de son enfance solitaire… La rêveuse naissante sentait-elle mieux dans le vide de cet immense escalier l’autre vide d’une existence que la tendresse de sa mère aurait dû combler, et, comme les âmes prédestinées au malheur, qui aiment à se faire mal à elles-mêmes, en attendant qu’il arrive, aimait-elle à mettre sur son cœur l’accablant espace de ce large escalier, par-dessus l’accablement écrasant de sa solitude ? Habituellement Madame de Ferjol, descendue de sa chambre et n’y remontant que le soir, pouvait croire Lasthénie à s’amuser dans le jardin quand elle, l’enfant, oubliée là, restait assise de longues heures sur les marches sonores et muettes. Elle s’y attardait, la joue dans sa main, le coude sur le genou, dans cette attitude fatale et familière à tout ce qui est triste et que le génie d’Albert Durer n’a pas beaucoup cherchée pour la donner à sa Mélancolie, et elle s’y figeait presque dans la stupeur de ses rêves, comme si elle avait vu son Destin monter et redescendre ce terrible escalier, car l’avenir a ses spectres comme le passé a les siens, et ceux qui s’en viennent sont peut-être plus tristes que ceux qui s’en reviennent vers nous… Certes, si les lieux ont une influence, et ils en ont une, à coup sûr, cette maison en pierres grisâtres, qui ressemblait à quelque énorme chouette ou à quelque immense chauve-souris, abattue et tombée, les ailes étendues, au bas de ces montagnes, contre lesquelles elle était adossée, et qui n’en était séparée que par un jardin, coupé, à moitié de sa largeur, d’un lavoir dont l’eau de couleur d’ardoise réfléchissait, en noir, la cime des monts dans sa transparence bleue, oui, une pareille maison avait dû ajouter son reflet aux autres ombres d’où émergeait le front immaculé de Lasthénie…

Table of contents

Inside this edition

  1. 01I
  2. 02II
  3. 03III
  4. 04IV
  5. 05V
  6. 06VI
  7. 07VII
  8. 08VIII
  9. 09IX
  10. 10X
  11. 11XI
  12. 12XII
  13. 13XIII

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