French Edition
Literature
Voyage au centre de la Terre
French BooksWhale Edition by Jules Verne
Une aventure scientifique et souterraine où Verne transforme un cryptogramme en descente vers les origines du monde.
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Book introduction
Voyage au centre de la Terre
Voyage au centre de la Terre entraîne le professeur Lidenbrock, Axel et Hans dans un itinéraire fantastique sous l'Islande, entre volcans, mers intérieures, fossiles et vertige géologique. Jules Verne y mêle suspense, pédagogie scientifique et imaginaire de l'exploration.
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Jules Verne est mort en 1905, et « Voyage au centre de la Terre » a été publié pour la première fois en 1864; ces dates soutiennent le domaine public de cette édition française originale.
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Voyage au centre de la Terre
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Le 24 mai 1863, un dimanche, mon oncle, le professeur Lidenbrock, revint précipitamment vers sa petite maison située au numéro 19 de König-strasse, l'une des plus anciennes rues du vieux quartier de Hambourg.
La bonne Marthe dut se croire fort en retard, car le dîner commençait à peine à chanter sur le fourneau de la cuisine.
«Bon, me dis-je, s'il a faim, mon oncle, qui est le plus impatient des hommes, va pousser des cris de détresse.
—Déja M. Lidenbrock! s'écria la bonne Marthe stupéfaite, en entre-bâillant la porte de la salle à manger.
—Oui, Marthe; mais le dîner a le droit de ne point être cuit, car il n'est pas deux heures. La demie vient à peine de sonner à Saint-Michel.
—Alors pourquoi M. Lidenbrock rentre-t-il?
—Il nous le dira vraisemblablement.
—Le voilà! je me sauve. Monsieur Axel, vous lui ferez entendre raison.»
Et la bonne Marthe regagna son laboratoire culinaire.
Je restai seul. Mais de faire entendre raison au plus irascible des professeurs, c'est ce que mon caractère un peu indécis ne me permettait pas. Aussi je me préparais à regagner prudemment ma petite chambre du haut, quand la porte de la rue cria sur ses gonds; de grands pieds firent craquer l'escalier de bois, et le maître de la maison, traversant la salle à manger, se précipite aussitôt dans son cabinet de travail.
Mais, pendant ce rapide passage, il avait jeté dans un coin sa canne à tête de casse-noisette, sur la table son large chapeau à poils rebroussés et à son neveu ces paroles retentissantes:
«Axel, suis-moi!»
Je n'avais pas eu le temps de bouger que le professeur me criait déjà avec un vif accent d'impatience:
«Eh bien! tu n'es pas encore ici?»
Je m'élançai dans le cabinet de mon redoutable maître.
Otto Lidenbrock n'était pas un méchant homme, j'en conviens volontiers; mais, à moins de changements improbables, il mourra dans la peau d'un terrible original.
Il était professeur au Johannaeum, et faisait un cours de minéralogie pendant lequel il se mettait régulièrement en colère une fois ou deux. Non point qu'il se préoccupât d'avoir des élèves assidus à ses leçons, ni du degré d'attention qu'ils lui accordaient, ni du succès qu'ils pouvaient obtenir par la suite; ces détails ne l'inquiétaient guère. Il professait «subjectivement», suivant une expression de la philosophie allemande, pour lui et non pour les autres. C'était un savant égoïste, un puits de science dont la poulie grinçait quand on en voulait tirer quelque chose. En un mot, un avare.
Il y a quelques professeurs de ce genre en Allemagne.
Mon oncle, malheureusement, ne jouissait pas d'une extrême facilité de prononciation, sinon dans l'intimité, au moins quand il parlait en public, et c'est un défaut regrettable chez un orateur. En effet, dans ses démonstrations au Johannaeum, souvent le professeur s'arrêtait court; il luttait contre un mot récalcitrant qui ne voulait pas glisser entre ses lèvres, un de ces mots qui résistent, se gonflent et finissent par sortir sous la forme peu scientifique d'un juron. De là, grande colère.
Il y a en minéralogie bien des dénominations semi-grecques, semi-latines, difficiles à prononcer, de ces rudes appellations qui écorcheraient les lèvres d'un poète. Je ne veux pas dire du mal de cette science. Loin de moi. Mais lorsqu'on se trouve en présence des cristallisations rhomboédriques, des résines rétinasphaltes, des ghélénites, des tangasites, des molybdates de plomb, des tungstates de manganèse et des titaniates de zircone, il est permis à la langue la plus adroite de fourcher.
Or, dans la ville, on connaissait cette pardonnable infirmité de mon oncle, et on, en abusait, et on l'attendait aux passages dangereux, et il se mettait en fureur, et l'on riait, ce qui n'est pas de bon goût, même pour des Allemands. S'il y avait donc toujours grande affluence d'auditeurs aux cours de Lidenbrock, combien les suivaient assidûment qui venaient surtout pour se dérider aux belles colères du professeur!
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Ce cabinet était un véritable musée. Tous les échantillons du règne minéral s'y trouvaient étiquetés avec l'ordre le plus parfait, suivant les trois grandes divisions des minéraux inflammables, métalliques et lithoïdes.
Comme je les connaissais, ces bibelots de la science minéralogique! Que de fois, au lieu de muser avec des garçons de mon âge, je m'étais plu à épousseter ces graphites, ces anthracites, ces houilles, ces lignites, ces tourbes! Et les bitumes, les résines, les sels organiques qu'il fallait préserver du moindre atome de poussière! Et ces métaux, depuis le fer jusqu'à l'or, dont la valeur relative disparaissait devant l'égalité absolue des spécimens scientifiques! Et toutes ces pierres qui eussent suffi à reconstruire la maison de König-strasse, même avec une belle chambre de plus, dont je me serais si bien arrangé!
Mais, en entrant dans le cabinet, je ne songeais guère à ces merveilles. Mon oncle seul occupait ma pensée. Il était enfoui dans son large fauteuil garni de velours d'Utrecht, et tenait entre les mains un livre qu'il considérait avec la plus profonde admiration.
«Quel livre! quel livre!» s'écriait-il.
Cette exclamation me rappela que le professeur Lidenbrock était aussi bibliomane à ses moments perdus; mais un bouquin n'avait de prix à ses yeux qu'à la condition d'être introuvable, ou tout au moins illisible.
«Eh bien! me dit-il, tu ne vois donc pas? Mais c'est un trésor inestimable que j'ai rencontré ce matin en furetant dans la boutique du juif Hevelius.
—Magnifique!» répondis-je avec un enthousiasme de commande.
En effet, à quoi bon ce fracas pour un vieil in-quarto dont le dos et les plats semblaient faits d'un veau grossier, un bouquin jaunâtre auquel pendait un signet décoloré?
Cependant les interjections admiratives du professeur ne discontinuaient pas.
«Vois, disait-il, en se faisant à lui-même demandes et réponses; est-ce assez beau? Oui, c'est admirable! Et quelle reliure! Ce livre s'ouvre-t-il facilement? Oui, car il reste ouvert à n'importe quelle page! Mais se ferme-t-il bien? Oui, car la couverture et les feuilles forment un tout bien uni, sans se séparer ni bâiller en aucun endroit. Et ce dos qui n'offre pas une seule brisure après sept cents ans d'existence! Ah! voilà une reliure dont Bozerian, Closs ou Purgold eussent été fiers!»
En parlant ainsi, mon oncle ouvrait et fermait successivement le vieux bouquin. Je ne pouvais faire moins que de l'interroger sur son contenu, bien que cela ne m'intéressât aucunement.
«Et quel est donc le titre de ce merveilleux volume? demandai-je avec un empressement trop enthousiaste pour n'être pas feint.
—Cet ouvrage! répondit mon oncle en s'animant, c'est l'_Heims-Kringla_ de Snorre Turleson, le fameux auteur islandais du douzième siècle; c'est la Chronique des princes norvégiens qui régnèrent en Islande.
—Vraiment! m'écriai-je de mon mieux, et, sans doute, c'est une traduction en langue allemande?
—Bon! riposta vivement le professeur, une traduction! Et qu'en ferais-je de ta traduction! Qui se soucie de ta traduction! Ceci est l'ouvrage original en langue islandaise, ce magnifique idiome, riche et simple à la fois, qui autorise les combinaisons grammaticales les plus variées et de nombreuses modifications de mots!
—Comme l'allemand, insinuai-je avec assez de bonheur.
—Oui, répondit mon oncle en haussant les épaules; mais avec cette différence que la langue islandaise admet les trois genres comme le grec et décline les noms propres comme le latin!
—Ah! fis-je un peu ébranlé dans mon indifférence, et les caractères de ce livre sont-ils beaux?
—Des caractères! qui te parle de caractères, malheureux Axel! Il s'agit bien de caractères! Ah! tu prends cela pour un imprimé! Mais, ignorant, c'est un manuscrit, et un manuscrit runique!...
—Runique?
—Oui! Vas-tu me demander maintenant de t'expliquer ce mot?
—Je m'en garderai bien,» répliquai-je avec l'accent d'un homme blessé dans son amour-propre.
Table of contents
Inside this edition
- 01Full text
- 02I
- 03II
- 04III
- 05IV
- 06V
- 07VI
- 08VII
- 09VIII
- 10IX
- 11X
- 12XI
- 13XII
- 14XIII
- 15XIV
- 16XV
- 17XVI
- 18XVII
- 19XVIII
- 20XIX
- 21XX
- 22XXI
- 23XXII
- 24XXIII
- 25XXIV
- 26XXV
- 27XXVI
- 28XXVII
- 29XXVIII
- 30XXIX
- 31XXX
- 32XXXI
- 33XXXII
- 34XXXIII
- 35XXXIV
- 36XXXV
- 37XXXVI
- 38XXXVII
- 39XXXVIII
- 40XXXIX
- 41XL
- 42XLI
- 43XLII
- 44XLIII
- 45XLIV
- 46XLV
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