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Littérature
Contes cruels
Édition BooksWhale en français par Auguste de Villiers de l’Isle-Adam
Des récits symbolistes, ironiques et sombres sur l’illusion, la cruauté et la modernité.
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Introduction du livre
Contes cruels
Contes cruels réunit des textes où Villiers de l’Isle-Adam mêle ironie, fantastique, satire et sensibilité symboliste. Cette édition française conserve le texte original du domaine public.
Édition BooksWhale
Préparation de cette édition
Cette édition repose sur un texte du domaine public et a été préparée par BooksWhale pour la lecture numérique.
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Pourquoi cette édition peut être partagée
Auguste de Villiers de l’Isle-Adam est mort en 1889, et Contes cruels a été publié en 1883. Ces dates soutiennent le statut de domaine public du texte français original utilisé pour cette édition.
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Contes cruels
Auguste de Villiers de L’Isle-Adam
Chapitre d'aperçuLES DEMOISELLES DE BIENFILÂTREAperçu
À Monsieur Théodore de Banville.
De la lumière!…
Dernières Paroles de Gœthe.
Pascal nous dit qu’au point de vue des faits, le Bien et le Mal sont une question de « latitude ». En effet, tel acte humain s’appelle crime, ici, bonne action, là-bas, et réciproquement. — Ainsi, en Europe, l’on chérit, généralement, ses vieux parents; — en certaines tribus de l’Amérique on leur persuade de monter sur un arbre; puis on secoue cet arbre. S’ils tombent, le devoir sacré de tout bon fils est, comme autrefois chez les Messéniens, de les assommer sur-le-champ à grands coups de tomahawk, pour leur épargner les soucis de la décrépitude. S’ils trouvent la force de se cramponner à quelque branche, c’est qu’alors ils sont encore bons à la chasse ou à la pêche, et alors on sursoit à leur immolation. Autre exemple: chez les peuples du Nord, on aime à boire le vin, flot rayonnant où dort le cher soleil. Notre religion nationale nous avertit même que « le bon vin réjouit le cœur ». Chez le mahométan voisin, au sud, le fait est regardé comme un grave délit. — À Sparte, le vol était pratiqué et honoré: c’était une institution hiératique, un complément indispensable à l’éducation de tout Lacédémonien sérieux. De là, sans doute, les grecs. — En Laponie, le père de famille tient à honneur que sa fille soit l’objet de toutes les gracieusetés dont peut disposer le voyageur admis à son foyer. En Bessarabie aussi. — Au nord de la Perse, et chez les peuplades du Caboul, qui vivent dans de très anciens tombeaux, si, ayant reçu, dans quelque sépulcre confortable, un accueil hospitalier et cordial, vous n’êtes pas, au bout de vingt-quatre heures, du dernier mieux avec toute la progéniture de votre hôte, guèbre, parsi ou wahabite, il y a lieu d’espérer qu’on vous arrachera tout bonnement la tête, — supplice en vogue dans ces climats. Les actes sont donc indifférents en tant que physiques: la conscience de chacun les fait, seule, bons ou mauvais. Le point mystérieux qui gît au fond de cet immense malentendu est cette nécessité native où se trouve l’Homme de se créer des distinctions et des scrupules, de s’interdire telle action plutôt que telle autre, selon que le vent de son pays lui aura soufflé celle-ci ou celle-là: l’on dirait, enfin, que l’Humanité tout entière a oublié et cherche à se rappeler, à tâtons, on ne sait quelle Loi perdue.
Il y a quelques années, florissait, orgueil de nos boulevards, certain vaste et lumineux café, situé presque en face d’un de nos théâtres de genre, dont le fronton rappelle celui d’un temple païen. Là, se réunissait quotidiennement l’élite de ces jeunes gens qui se sont distingués depuis, soit par leur valeur artistique, soit par leur incapacité, soit par leur attitude dans les jours troubles que nous avons traversés.
Parmi ces derniers, il en est même qui ont tenu les rênes du char de l’État. Comme on le voit, ce n’était pas de la petite bière que l’on trouvait dans ce café des Mille et une nuits. Le bourgeois de Paris ne parlait de ce pandémonium qu’en baissant le ton. Souvente fois, le préfet de la ville y jetait négligemment, en manière de carte de visite, une touffe choisie, un bouquet inopiné de sergents de ville; ceux-ci, de cet air distrait et souriant qui les distingue, y époussetaient alors, en se jouant, du bout de leurs sorties-de-bal, les têtes espiègles et mutines. C’était une attention qui, pour être délicate, n’en était pas moins sensible. Le lendemain, il n’y paraissait plus.
Chapitre d'aperçuVÉRAAperçu
À Madame la comtesse d’Osmoy.
La forme du corps lui est plus essentielle que sa substance.
La Physiologie moderne.
L’amour est plus fort que la Mort, a dit Salomon: oui, son mystérieux pouvoir est illimité.
C’était à la tombée d’un soir d’automne, en ces dernières années, à Paris. Vers le sombre faubourg Saint-Germain, des voitures, allumées déjà, roulaient, attardées, après l’heure du Bois. L’une d’elles s’arrêta devant le portail d’un vaste hôtel seigneurial, entouré de jardins séculaires; le cintre était surmonté de l’écusson de pierre, aux armes de l’antique famille des comtes d’Athol, savoir: d’azur, à l’étoile
abîmée d’argent, avec la devise « Pallida Victrix », sous la couronne retroussée d’hermine au bonnet princier. Les lourds battants s’écartèrent. Un homme de trente à trente-cinq ans, en deuil, au visage mortellement pâle, descendit. Sur le perron, de taciturnes serviteurs élevaient des flambeaux. Sans les voir, il gravit les marches et entra. C’était le comte d’Athol.
Chancelant, il monta les blancs escaliers qui conduisaient à cette chambre où, le matin même, il avait couché dans un cercueil de velours et enveloppé de violettes, en des flots de batiste, sa dame de volupté, sa pâlissante épousée, Véra, son désespoir.
En haut, la douce porte tourna sur le tapis; il souleva la tenture.
Tous les objets étaient à la place où la comtesse les avait laissés la veille. La Mort, subite, avait foudroyé. La nuit dernière, sa bien-aimée s’était évanouie en des joies si profondes, s’était perdue en de si exquises étreintes, que son cœur, brisé de délices, avait défailli: ses lèvres s’étaient brusquement mouillées d’une pourpre mortelle. À peine avait-elle eu le temps de donner à son époux un baiser d’adieu, en souriant, sans une parole: puis ses longs cils, comme des voiles de deuil, s’étaient abaissés sur la belle nuit de ses yeux.
La journée sans nom était passée.
Vers midi, le comte d’Athol, après l’affreuse cérémonie du caveau familial, avait congédié au cimetière la noire escorte. Puis, se renfermant, seul, avec l’ensevelie, entre les quatre murs de marbre, il avait tiré sur lui la porte de fer du mausolée. — De l’encens brûlait sur un trépied, devant le cercueil; — une couronne lumineuse de lampes, au chevet de la jeune défunte, l’étoilait.
Lui, debout, songeur, avec l’unique sentiment d’une tendresse sans espérance, était demeuré là, tout le jour. Sur les six heures, au crépuscule, il était sorti du lieu sacré. En renfermant le sépulcre, il avait arraché de la serrure la clef d’argent, et, se haussant sur la dernière marche du seuil, il l’avait jetée doucement dans l’intérieur du tombeau. Il l’avait lancée sur les dalles intérieures par le trèfle qui surmontait le portail. — Pourquoi ceci?… À coup sûr d’après quelque résolution mystérieuse de ne plus revenir.
Et maintenant il revoyait la chambre veuve.
La croisée, sous les vastes draperies de cachemire mauve broché d’or, était ouverte: un dernier rayon du soir illuminait, dans un cadre de bois ancien, le grand portrait de la trépassée. Le comte regarda, autour de lui, la robe jetée, la veille, sur un fauteuil; sur la cheminée, les bijoux, le collier de perles, l’éventail à demi fermé, les lourds flacons de parfums qu’ Elle ne respirerait plus. Sur le lit d’ébène aux colonnes tordues, resté défait, auprès de l’oreiller où la place de la tête adorée et divine était visible encore au milieu des dentelles, il aperçut le mouchoir rougi de gouttes de sang où sa jeune âme avait battu de l’aile un instant; le piano ouvert, supportant une mélodie inachevée à jamais; les fleurs indiennes cueillies par elle, dans la serre, et qui se mouraient dans de vieux vases de Saxe; et, au pied du lit, sur une fourrure noire, les petites mules de velours oriental, sur lesquelles une devise rieuse de Véra brillait, brodée en perles: Qui verra Véra l’aimera. Les pieds nus de la bien-aimée y jouaient hier matin, baisés, à chaque pas, par le duvet des cygnes! — Et là, là, dans l’ombre, la pendule, dont il avait brisé le ressort pour qu’elle ne sonnât plus d’autres heures.
Table des matières
Dans cette édition
- 01Full text
- 02LES DEMOISELLES DE BIENFILÂTRE
- 03VÉRA
- 04VOX POPULI
- 05DEUX AUGURES
- 06L’AFFICHAGE CÉLESTE
- 07ANTONIE
- 08LA MACHINE À GLOIRE
- 09DUKE OF PORTLAND
- 10VIRGINIE ET PAUL
- 11LE CONVIVE DES DERNIÈRES FÊTES
- 12IMPATIENCE DE LA FOULE
- 13LE SECRET DE L’ANCIENNE MUSIQUE
- 14SENTIMENTALISME
- 15LE PLUS BEAU DÎNER DU MONDE!
- 16LE DÉSIR D’ÊTRE UN HOMME
- 17FLEURS DE TÉNÈBRES
- 18LES BRIGANDS
- 19LA REINE YSABEAU
- 20SOMBRE RÉCIT, CONTEUR PLUS SOMBRE
- 21L’INTERSIGNE
- 22L’INCONNUE
- 23MARYELLE
- 24TRAITEMENT DU DOCTEUR TRISTAN
- 25CONTE D’AMOUR
- 26SOUVENIRS OCCULTES
- 27L’ANNONCIATEUR
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