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Littérature
La Jangada
Édition BooksWhale en français par Jules Verne
Un voyage fluvial en Amazonie où aventure, enquête et secret familial avancent au fil de l’eau.
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Introduction du livre
La Jangada
Une immense jangada descend l’Amazone vers Belém, tandis qu’un message mystérieux menace le bonheur d’une famille. Jules Verne mêle géographie, suspense, exploration et justice.
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La Jangada
Jules Verne
Chapitre d'aperçuCHAPITRE PREMIER UN CAPITAINE DES BOISAperçu
«Phyjslyddqfdzxgasgzzqqehxgkfndrxujugiocytdxvksbxhhuypo hdvyrymhuhpuydkjoxphetozsletnpmvffovpdpajxhyynojyggayme qynfuqlnmvlyfgsuzmqiztlbqgyugsqeubvnrcredgruzblrmxyuhqhp zdrrgcrohepqxufivvrplphonthvddqfhqsntzhhhnfepmqkyuuexktog zgkyuumfvijdqdpzjqsykrplxhxqrymvklohhhotozvdksppsuvjhd.»
L'homme qui tenait à la main le document, dont ce bizarre assemblage de lettres formait le dernier alinéa, resta quelques instants pensif, après l'avoir attentivement relu.
Le document comptait une centaine de ces lignes, qui n'étaient pas même divisées par mots. Il semblait avoir été écrit depuis des années, et, sur la feuille d'épais papier que couvraient ces hiéroglyphes, le temps avait déjà mis sa patine jaunâtre.
Mais, suivant quelle loi ces lettres avaient-elles été réunies? Seul, cet homme eût pu le dire. En effet, il en est de ces langages chiffrés comme des serrures des coffres-forts modernes: ils se défendent de la même façon. Les combinaisons qu'ils présentent se comptent par milliards, et la vie d'un calculateur ne suffirait pas à les énoncer. Il faut le «mot» pour ouvrir le coffre de sûreté; il faut le «chiffre» pour lire un cryptogramme de ce genre. Aussi, on le verra, celui-ci devait résister aux tentatives les plus ingénieuses, et cela, dans des circonstances de la plus haute gravité.
L'homme qui venait de relire ce document n'était qu'un simple capitaine des bois.
Au Brésil, on désigne sous cette appellation «capitães do mato», les agents employés à la recherche des nègres marrons.
C'est une institution qui date de 1722. À cette époque, les idées anti-esclavagistes ne s'étaient fait jour que dans l'esprit de quelques philanthropes. Plus d'un siècle devait se passer encore avant que les peuples civilisés les eussent admises et appliquées. Il semble, cependant, que ce soit un droit, le premier des droits naturels pour l'homme, que celui d'être libre, de s'appartenir, et, pourtant, des milliers d'années s'étaient écoulées avant que la généreuse pensée vînt à quelques nations d'oser le proclamer.
En 1852,—année dans laquelle va se dérouler cette histoire,— il y avait encore des esclaves au Brésil, et, conséquemment, des capitaines des bois pour leur donner la chasse. Certaines raisons d'économie politique avaient retardé l'heure de l'émancipation générale; mais, déjà, le noir avait le droit de se racheter, déjà les enfants qui naissaient de lui naissaient libres. Le jour n'était donc plus éloigné où ce magnifique pays, dans lequel tiendraient les trois quarts de l'Europe, ne compterait plus un seul esclave parmi ses dix millions d'habitants.
En réalité, la fonction de capitaine des bois était destinée à disparaître dans un temps prochain, et, à cette époque, les bénéfices produits par la capture des fugitifs étaient sensiblement diminués. Or, si, pendant la longue période où les profits du métier furent assez rémunérateurs, les capitaines des bois formaient un monde d'aventuriers, le plus ordinairement composé d'affranchis, de déserteurs, qui méritaient peu d'estime, il va de soi qu'à l'heure actuelle ces chasseurs d'esclaves ne devaient plus appartenir qu'au rebut de la société, et, très probablement, l'homme au document ne déparait pas la peu recommandable milice des «capitães do mato».
Ce Torrès,—ainsi se nommait-il,—n'était ni un métis, ni un Indien, ni un noir, comme la plupart de ses camarades: c'était un blanc d'origine brésilienne, ayant reçu un peu plus d'instruction que n'en comportait sa situation présente. En effet, il ne fallait voir en lui qu'un de ces déclassés, comme il s'en rencontre tant dans les lointaines contrées du Nouveau Monde, et, à une époque où la loi brésilienne excluait encore de certains emplois les mulâtres ou autres sang-mêlé, si cette exclusion l'eût atteint, ce n'eût pas été pour son origine, mais pour cause d'indignité personnelle.
En ce moment, d'ailleurs, Torrès n'était plus au Brésil.
Chapitre d'aperçuCHAPITRE DEUXIÈME VOLEUR ET VOLÉAperçu
Torrès dormait depuis une demi-heure environ, lorsqu'un bruit se fit entendre sous les arbres. C'était un bruit de pas légers, comme si quelque visiteur eût marché pieds nus, en prenant certaines précautions pour ne pas être entendu. Se mettre en garde contre toute approche suspecte aurait été le premier soin de l'aventurier, si ses yeux eussent été ouverts en ce moment. Mais ce n'était pas là de quoi l'éveiller, et celui qui s'avançait put arriver en sa présence, à dix pas de l'arbre, sans avoir été aperçu.
Ce n'était point un homme, c'était un «guariba».
De tous ces singes à queue prenante qui hantent les forêts du Haut-Amazone, sahuis aux formes gracieuses, sajous cornus, monos à poils gris, sagouins qui ont l'air de porter un masque sur leur face grimaçante, le guariba est sans contredit le plus original. D'humeur sociable, peu farouche, très différent en cela du «mucura» féroce et infect, il a le goût de l'association et marche le plus ordinairement en troupe. C'est lui dont la présence se signale au loin par ce concert de voix monotones, qui ressemble aux prières psalmodiées des chantres. Mais, si la nature ne l'a pas créé méchant, il ne faut pas qu'on l'attaque sans précaution. En tout cas, ainsi qu'on va le voir, un voyageur endormi ne laisse pas d'être exposé, lorsqu'un guariba le surprend dans cette situation et hors d'état de se défendre.
Ce singe, qui porte aussi le nom de «barbado» au Brésil, était de grande taille. La souplesse et la vigueur de ses membres devaient faire de lui un vigoureux animal, aussi apte à lutter sur le sol qu'à sauter de branche en branche à la cime des géants de la forêt.
Mais, alors, celui-ci s'avançait à petits pas, prudemment. Il jetait des regards à droite et à gauche, en agitant rapidement sa queue. À ces représentants de la race simienne, la nature ne s'est pas contentée de donner quatre mains,—ce qui en fait des quadrumanes—, elle s'est montrée plus généreuse, et ils en ont véritablement cinq, puisque l'extrémité de leur appendice caudal possède une parfaite faculté de préhension.
Le guariba s'approcha sans bruit, brandissant un solide bâton, qui, manoeuvré par son bras vigoureux, pouvait devenir une arme redoutable. Depuis quelques minutes, il avait dû apercevoir l'homme couché au pied de l'arbre, mais l'immobilité du dormeur l'engagea, sans doute, à venir le voir de plus près. Il s'avança donc, non sans quelque hésitation, et s'arrêta enfin à trois pas de lui.
Sur sa face barbue s'ébaucha une grimace qui découvrit ses dents acérées, d'une blancheur d'ivoire, et son bâton s'agita d'une façon peu rassurante pour le capitaine des bois.
Très certainement la vue de Torrès n'inspirait pas à ce guariba des idées bienveillantes. Avait-il donc des raisons particulières d'en vouloir à cet échantillon de la race humaine que le hasard lui livrait sans défense? Peut-être! On sait combien certains animaux gardent la mémoire des mauvais traitements qu'ils ont reçus, et il était possible que celui-ci eût quelque rancune en réserve contre les coureurs des bois.
En effet, pour les Indiens surtout, le singe est un gibier dont il convient de faire le plus grand cas, et, à quelque espèce qu'il appartienne, ils lui donnent la chasse avec toute l'ardeur d'un Nemrod, non seulement pour le plaisir de le chasser, mais aussi pour le plaisir de le manger.
Quoi qu'il en soit, si le guariba ne parut pas disposé à intervertir les rôles cette fois, s'il n'alla pas jusqu'à oublier que la nature n'a fait de lui qu'un simple herbivore en songeant à dévorer le capitaine des bois, il sembla du moins très décidé à détruire un de ses ennemis naturels.
Table des matières
Dans cette édition
- 01Full text
- 02CHAPITRE PREMIER UN CAPITAINE DES BOIS
- 03CHAPITRE DEUXIÈME VOLEUR ET VOLÉ
- 04CHAPITRE TROISIÈME LA FAMILLE GARRAL
- 05CHAPITRE QUATRIÈME HÉSITATIONS
- 06CHAPITRE CINQUIÈME L'AMAZONE
- 07CHAPITRE SIXIÈME TOUTE UNE FORÊT PAR TERRE
- 08CHAPITRE SEPTIÈME EN SUIVANT UNE LIANE
- 09CHAPITRE HUITIÈME LA JANGADA
- 10CHAPITRE NEUVIÈME LE SOIR DU 5 JUIN
- 11CHAPITRE DIXIÈME D'IQUITOS À PEVAS
- 12CHAPITRE ONZIÈME DE PEVAS À LA FRONTIÈRE
- 13CHAPITRE DOUZIÈME FRAGOSO À L'OUVRAGE
- 14CHAPITRE TREIZIÈME TORRÈS
- 15CHAPITRE QUATORZIÈME EN DESCENDANT ENCORE
- 16CHAPITRE QUINZIÈME EN DESCENDANT TOUJOURS
- 17CHAPITRE SEIZIÈME EGA
- 18CHAPITRE DIX-SEPTIÈME UNE ATTAQUE
- 19CHAPITRE DIX-HUITIÈME LE DÎNER D'ARRIVÉE
- 20CHAPITRE DIX-NEUVIÈME HISTOIRE ANCIENNE
- 21CHAPITRE VINGTIÈME ENTRE CES DEUX HOMMES
- 22CHAPITRE PREMIER MANAO
- 23CHAPITRE DEUXIÈME LES PREMIERS INSTANTS
- 24CHAPITRE TROISIÈME UN RETOUR SUR LE PASSÉ
- 25CHAPITRE QUATRIÈME PREUVES MORALES
- 26CHAPITRE CINQUIÈME PREUVES MATÉRIELLES
- 27CHAPITRE SIXIÈME LE DERNIER COUP
- 28CHAPITRE SEPTIÈME RÉSOLUTIONS
- 29CHAPITRE HUITIÈME PREMIÈRES RECHERCHES
- 30CHAPITRE NEUVIÈME SECONDES RECHERCHES
- 31CHAPITRE DIXIÈME UN COUP DE CANON
- 32CHAPITRE ONZIÈME CE QUI EST DANS L'ÉTUI
- 33CHAPITRE DOUZIÈME LE DOCUMENT
- 34CHAPITRE TREIZIÈME OÙ IL EST QUESTION DE CHIFFRES
- 35L e j u g e J a r r i q u e z e s t d o u é d' u n e s p r i t t r è s i n g é n i e u x
- 36CHAPITRE QUATORZIÈME À TOUT HASARD
- 37CHAPITRE QUINZIÈME DERNIERS EFFORTS
- 38CHAPITRE SEIZIÈME DISPOSITIONS PRISES
- 39CHAPITRE DIX-SEPTIÈME LA DERNIÈRE NUIT
- 40CHAPITRE DIX-HUITIÈME FRAGOSO
- 41CHAPITRE DIX-NEUVIÈME LE CRIME DE TIJUCO
- 42CHAPITRE VINGTIÈME LE BAS-AMAZONE
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