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Littérature

Les Tribulations d’un Chinois en Chine

Édition BooksWhale en français par Jules Verne

Une aventure ironique sur le risque, le destin et la redécouverte de la vie.

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Introduction du livre

Les Tribulations d’un Chinois en Chine

Kin-Fo, riche héritier lassé de tout, croit avoir trouvé une manière rationnelle d’échapper à l’existence. Une poursuite à travers la Chine transforme son projet en leçon de bonheur.

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Les Tribulations d’un Chinois en Chine

Jules Verne

Chapitre d'aperçuCHAPITRE II DANS LEQUEL KIN-FO ET LE PHILOSOPHE WANG SONT POSÉS D'UNE FAÇON PLUS NETTE.Aperçu

Si Kin-Fo avait donné ce dîner d'adieu à ses amis de Canton, c'est que c'était dans cette capitale de la province de Kouang-Tong qu'il avait passé une partie de son adolescence. Des nombreux camarades que doit compter un jeune homme riche et généreux, les quatre invités du bateau-fleurs étaient les seuls qui lui restassent à cette époque. Quant aux autres, dispersés aux hasards de la vie, il eût vainement cherché à les réunir.

Kin-Fo habitait alors Shang-Haï, et, pour faire changer d'air à son ennui, il était venu le promener pendant quelques jours à Canton. Mais, ce soir même, il devait prendre le steamer qui fait escale aux points principaux de la côte et revenir tranquillement à son yamen.

Si Wang avait accompagné Kin-Fo, c'est que le philosophe ne quittait jamais son élève, auquel les leçons ne manquaient pas. A vrai dire, celui-ci n'en tenait aucun compte. Autant de maximes et de sentences perdues; mais la «machine à théories»,—ainsi que l'avait dit ce viveur de Tim,—ne se fatiguait pas d'en produire.

Kin-Fo était bien le type de ces Chinois du Nord, dont la race tend à se transformer, et qui ne se sont jamais ralliés aux Tartares. On n'eût pas rencontré son pareil dans les provinces du Sud, où les hautes et basses classes se sont plus intimement mélangées avec la race mantchoue. Kin-Fo, ni par son père ni par sa mère, dont les familles, depuis la conquête, se tenaient à l'écart, n'avait une goutte de sang tartare dans les veines. Grand, bien bâti, plutôt blanc que jaune, les sourcils tracés en droite ligne, les yeux disposés suivant l'horizontale et se relevant à peine vers les tempes, le nez droit, la face non aplatie, il eût été remarqué même auprès des plus beaux spécimens des populations de l'Occident.

En effet, si Kin-Fo se montrait Chinois, ce n'était que par son crâne soigneusement rasé, son front et son cou sans un poil, sa magnifique queue, qui, prenant naissance à l'occiput, se déroulait sur son dos comme un serpent de jais. Très soigné de sa personne, il portait une fine moustache, faisant demi cercle autour de sa lèvre supérieure, et une mouche, qui figuraient exactement au-dessous le point d'orgue de l'écriture musicale. Ses ongles s'allongeaient de plus d'un centimètre, preuve qu'il appartenait bien à cette catégorie de gens fortunés qui peuvent vivre sans rien faire. Peut-être, aussi, la nonchalance de sa démarche, le hautain de son attitude, ajoutaient-ils encore à ce «comme il faut» qui se dégageait de toute sa personne.

D'ailleurs Kin-Fo était né à Péking, avantage dont les Chinois se montrent très fiers. A qui l'interrogeait, il pouvait superbement répondre: «Je suis d'En-Haut!»

C'était à Péking, en effet, que son père Tchoung-Héou demeurait au moment de sa naissance, et il avait six ans lorsque celui-ci vint se fixer définitivement à Shang-Haï.

Ce digne Chinois, d'une excellente famille du nord de l'Empire, possédait, comme ses compatriotes, de remarquables aptitudes pour le commerce. Pendant les premières années de sa carrière, tout ce que produit ce riche territoire si peuplé, papiers de Swatow, soieries de Sou-Tchéou, sucres candis de Formose, thés de Hankow et de Foochow, fers du Honan, cuivre rouge ou jaune de la province de Yunanne, tout fut pour lui élément de négoce et matière à trafic. Sa principale maison de commerce, son «hong» était à Shang-Haï, mais il possédait des comptoirs à Nan-King, à Tien-Tsin, à Macao, à Hong-Kong. Très mêlé au mouvement européen, c'étaient les steamers anglais qui transportaient ses marchandises, c'était le câble électrique qui lui donnait le cours des soieries à Lyon et de l'opium à Calcutta. Aucun de ces agents du progrès, vapeur ou électricité, ne le trouvait réfractaire, ainsi que le sont la plupart des Chinois, sous l'influence des mandarins et du gouvernement, dont ce progrès diminue peu à peu le prestige.

Chapitre d'aperçuCHAPITRE III OU LE LECTEUR POURRA, SANS FATIGUE, JETER UN COUP D'ŒIL SUR LA VILLE DE SHANG-HAÏ.Aperçu

Un proverbe chinois dit:

«Quand les sabres sont rouillés et les bêches luisantes,

«Quand les prisons sont vides et les greniers pleins,

«Quand les degrés des temples sont usés par les pas des fidèles et les cours des tribunaux couvertes d'herbe,

«Quand les médecins vont à pied et les boulangers à cheval,

«L'Empire est bien gouverné.»

Le proverbe est bon. Il pourrait s'appliquer justement à tous les États de l'Ancien et du Nouveau-Monde. Mais s'il en est un où ce desideratum soit encore loin de se réaliser, c'est précisément le Céleste Empire. Là, ce sont les sabres qui reluisent et les bêches qui se rouillent, les prisons qui regorgent et les greniers qui se désemplissent. Les boulangers chôment plus que les médecins, et, si les pagodes attirent les fidèles, les tribunaux, en revanche, ne manquent ni de prévenus ni de plaideurs.

D'ailleurs, un royaume de cent quatre-vingt mille milles carrés, qui, du nord au sud, mesure plus de huit cents lieues, et, de l'est à l'ouest, plus de neuf cents, qui compte dix-huit vastes provinces, sans parler des pays tributaires: la Mongolie, la Mantchourie, le Thibet, le Tonking, la Corée, les îles Liou-Tchou, etc., ne peut être que très imparfaitement administré. Si les Chinois s'en doutent bien un peu, les étrangers ne se font aucune illusion à cet égard. Seul, peut-être, l'empereur, enfermé dans son palais, dont il franchit rarement les portes, à l'abri des murailles d'une triple ville, ce Fils du Ciel, père et mère de ses sujets, faisant ou défaisant les lois à son gré, ayant droit de vie et de mort sur tous, et auquel appartiennent, par sa naissance, les revenus de l'Empire, ce souverain, devant qui les fronts se traînent dans la poussière, trouve que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il ne faudrait même pas essayer de lui prouver qu'il se trompe. Un Fils du Ciel ne se trompe jamais.

Kin-Fo avait-il eu quelque raison de penser que mieux vaut être gouverné à l'européenne qu'à la chinoise? On serait tenté de le croire. En effet, il demeurait, non dans Shang-Haï, mais en dehors, sur une portion de la concession anglaise, qui se maintient dans une sorte d'autonomie très appréciée.

Shang-Haï, la ville proprement dite, est située sur la rive gauche de la petite rivière Houang-Pou, qui, se réunissant à angle droit avec le Wousung, va se mêler au Yang-Tse-Kiang ou fleuve Bleu, et de là se perd dans la mer Jaune.

C'est un ovale, couché du nord au sud, enceint de hautes murailles, percé de cinq portes s'ouvrant sur ses faubourgs. Réseau inextricable de ruelles dallées, que les balayeuses mécaniques s'useraient à nettoyer; boutiques sombres sans devantures ni étalages, où fonctionnent des boutiquiers nus jusqu'à la ceinture; pas une voiture, pas un palanquin, à peine des cavaliers; quelques temples indigènes ou chapelles étrangères; pour toutes promenades, un «jardin-thé» et un champ de parade assez marécageux, établi sur un sol de remblai, comblant d'anciennes rizières et sujet aux émanations paludéennes; à travers ces rues, au fond de ces maisons étroites, une population de deux cent mille habitants, telle est cette cité d'une habitabilité peu enviable, mais qui n'en a pas moins une grande importance commerciale.

Là, en effet, après le traité de Nan-King, les étrangers eurent pour la première fois le droit de fonder des comptoirs. Ce fut la grande porte ouverte, en Chine, au trafic européen. Aussi, en dehors de Shang-Haï et de ses faubourgs, le gouvernement a-t-il concédé, moyennant une rente annuelle, trois portions de territoire aux Français, aux Anglais et aux Américains, qui sont au nombre de deux mille environ.

De la concession française, il y a peu à dire. C'est la moins importante. Elle confine presque à l'enceinte nord de la ville, et s'étend jusqu'au ruisseau de Yang-King-Pang, qui la sépare du territoire anglais. Là s'élèvent les églises des Lazaristes et des Jésuites, qui possèdent aussi, à quatre milles de Shang-Haï, le collège de Tsikavé, où ils forment des bacheliers chinois. Mais cette petite colonie française n'égale pas ses voisines, à beaucoup près. Des dix maisons de commerce, fondées en 1861, il n'en reste plus que trois, et le Comptoir d'escompte a même préféré s'établir sur la concession anglaise.

Table des matières

Dans cette édition

  1. 01Full text
  2. 02CHAPITRE II DANS LEQUEL KIN-FO ET LE PHILOSOPHE WANG SONT POSÉS D'UNE FAÇON PLUS NETTE.
  3. 03CHAPITRE III OU LE LECTEUR POURRA, SANS FATIGUE, JETER UN COUP D'ŒIL SUR LA VILLE DE SHANG-HAÏ.
  4. 04CHAPITRE IV DANS LEQUEL KIN-FO REÇOIT UNE IMPORTANTE LETTRE QUI A DÉJA HUIT JOURS DE RETARD.
  5. 05CHAPITRE V DANS LEQUEL LÉ-OU REÇOIT UNE LETTRE QU'ELLE EUT PRÉFÉRÉ NE PAS RECEVOIR.
  6. 06CHAPITRE VI QUI DONNERA PEUT-ÊTRE AU LECTEUR L'ENVIE D'ALLER FAIRE UN TOUR DANS LES BUREAUX DE «LA CENTENAIRE».
  7. 07CHAPITRE VII QUI SERAIT FORT TRISTE, S'IL NE S'AGISSAIT D'US ET COUTUMES PARTICULIERS AU CÉLESTE EMPIRE.
  8. 08CHAPITRE VIII OU KIN-FO FAIT A WANG UNE PROPOSITION SÉRIEUSE QUE CELUI-CI ACCEPTE NON MOINS SÉRIEUSEMENT.
  9. 09CHAPITRE IX DONT LA CONCLUSION, QUELQUE SINGULIÈRE QU'ELLE SOIT, NE SURPRENDRA PEUT-ÊTRE PAS LE LECTEUR.
  10. 10CHAPITRE X DANS LEQUEL CRAIG ET FRY SONT OFFICIELLEMENT PRÉSENTÉS AU NOUVEAU CLIENT DE LA «CENTENAIRE».
  11. 11CHAPITRE XI DANS LEQUEL ON VOIT KIN-FO DEVENIR L'HOMME LE PLUS CÉLÈBRE DE L'EMPIRE DU MILIEU.
  12. 12CHAPITRE XII DANS LEQUEL KIN-FO, SES DEUX ACOLYTES ET SON VALET S'EN VONT A L'AVENTURE.
  13. 13CHAPITRE XIII DANS LEQUEL ON ENTEND LA CÉLÈBRE COMPLAINTE DES «CINQ VEILLES DU CENTENAIRE».
  14. 14CHAPITRE XIV OU LE LECTEUR POURRA, SANS FATIGUE, PARCOURIR QUATRE VILLES EN UNE SEULE.
  15. 15CHAPITRE XV QUI RÉSERVE CERTAINEMENT UNE SURPRISE A KIN-FO ET PEUT-ÊTRE AU LECTEUR.
  16. 16CHAPITRE XVI DANS LEQUEL KIN-FO, TOUJOURS CÉLIBATAIRE, RECOMMENCE A COURIR DE PLUS BELLE.
  17. 17CHAPITRE XVII DANS LEQUEL LA VALEUR MARCHANDE DE KIN-FO EST ENCORE UNE FOIS COMPROMISE.
  18. 18CHAPITRE XVIII OU CRAIG ET FRY, POUSSÉS PAR LA CURIOSITÉ, VISITENT LA CALE DE LA «SAM-YEP».
  19. 19CHAPITRE XIX QUI NE FINIT BIEN, NI POUR LE CAPITAINE YIN COMMANDANT LA «SAM-YEP», NI POUR SON ÉQUIPAGE.
  20. 20CHAPITRE XX OU L'ON VERRA A QUOI S'EXPOSENT LES GENS QUI EMPLOIENT LES APPAREILS DU CAPITAINE BOYTON.
  21. 21CHAPITRE XXI DANS LEQUEL CRAIG ET FRY VOIENT LA LUNE SE LEVER AVEC UNE EXTRÊME SATISFACTION.
  22. 22CHAPITRE XXII QUE LE LECTEUR AURAIT PU ÉCRIRE LUI-MÊME, TANT IL FINIT D'UNE FAÇON PEU INATTENDUE!

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