
français Édition
Littérature
La Samaritaine
Édition BooksWhale en français par Edmond Rostand
Une pièce lyrique qui transpose l’épisode évangélique de la Samaritaine en drame de révélation et de compassion.
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Introduction du livre
La Samaritaine
Rostand donne une forme théâtrale et poétique à la rencontre entre Jésus et la Samaritaine, avec dialogues bibliques, images lyriques et méditation dramatique.
Édition BooksWhale
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Edmond Rostand est mort en 1918; cette pièce de 1897 est du domaine public.
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La Samaritaine
Edmond Rostand
Chapitre d'aperçuPREMIER TABLEAU Le Puits de JacobAperçu
A l'intersection des deux grandes routes qui vont, l'une vers la Mésopotamie, l'autre vers la Grande Mer, le Puits de Jacob, non loin de la ville de Sichem, en Samarie. Vaste citerne oblongue. Margelle basse sur laquelle on peut s'asseoir. Une voûte de pierre à moitié ruinée arrondit encore une arche au-dessus de ce puits. Rustique manivelle de bois non écorcé qui fait monter et descendre la corde où l'on suspend les urnes. Un vaste figuier sauvage étire horizontalement ses branches. Il y a là aussi un de ces oliviers dont la pâleur est en Samarie plus argentée qu'ailleurs. Et quelques térébinthes, plus loin, et de sveltes silhouettes de cyprès. Le fond de la scène est un talus de verdure poudreuse sur lequel sont posées les routes comme une fourche blanche; un sentier sinueux en descend vers le puits, et, derrière ce talus, la vallée de Sichem est bleue. Le Mont Ébal et le Mont Garizim ferment l'horizon; le Garizim élève vers le ciel les ruines d'un temple; dans le creux qui sépare les deux monts, Sichem éparpille les cubes clairs de ses maisons. Tel apparaîtra le décor, tout à l'heure, quand se lèvera le jour. Mais, quand le rideau s'ouvre, il fait nuit encore. Belle obscurité transparente. Toutes les étoiles. Debout sur les pierres du puits, dans le noir plus noir de la voûte, un très grand fantôme dont la barbe est celle d'un centenaire, s'appuie, tout blanc, sur un bâton. Un second fantôme, aussi grand, aussi blanc, est immobile sur une marche. Un troisième, pareil aux deux premiers, avec la même barbe, le même bâton de pasteur, avance mystérieusement.
A l'intersection des deux grandes routes qui vont, l'une vers la Mésopotamie, l'autre vers la Grande Mer, le Puits de Jacob, non loin de la ville de Sichem, en Samarie.
Vaste citerne oblongue. Margelle basse sur laquelle on peut s'asseoir. Une voûte de pierre à moitié ruinée arrondit encore une arche au-dessus de ce puits. Rustique manivelle de bois non écorcé qui fait monter et descendre la corde où l'on suspend les urnes.
Un vaste figuier sauvage étire horizontalement ses branches. Il y a là aussi un de ces oliviers dont la pâleur est en Samarie plus argentée qu'ailleurs. Et quelques térébinthes, plus loin, et de sveltes silhouettes de cyprès.
Le fond de la scène est un talus de verdure poudreuse sur lequel sont posées les routes comme une fourche blanche; un sentier sinueux en descend vers le puits, et, derrière ce talus, la vallée de Sichem est bleue.
Le Mont Ébal et le Mont Garizim ferment l'horizon; le Garizim élève vers le ciel les ruines d'un temple; dans le creux qui sépare les deux monts, Sichem éparpille les cubes clairs de ses maisons.
Tel apparaîtra le décor, tout à l'heure, quand se lèvera le jour. Mais, quand le rideau s'ouvre, il fait nuit encore. Belle obscurité transparente. Toutes les étoiles. Debout sur les pierres du puits, dans le noir plus noir de la voûte, un très grand fantôme dont la barbe est celle d'un centenaire, s'appuie, tout blanc, sur un bâton. Un second fantôme, aussi grand, aussi blanc, est immobile sur une marche. Un troisième, pareil aux deux premiers, avec la même barbe, le même bâton de pasteur, avance mystérieusement.
Chapitre d'aperçuSCÈNE PREMIÈREAperçu
LES OMBRES
PREMIÈRE OMBRE, glissant vers le puits.
Poussé par la brise des nuits, Et vagabond jusqu'à l'aurore, Je viens pour des uns que j'ignore, Comme un fantôme que je suis. D'une sandale non sonore Je viens, je glisse et je m'enfuis… Mais, ô Jéhovah que j'adore! Quelle est cette grande ombre encore Qui se tient debout près du puits?
Poussé par la brise des nuits,
Et vagabond jusqu'à l'aurore,
Je viens pour des uns que j'ignore,
Comme un fantôme que je suis.
D'une sandale non sonore
Je viens, je glisse et je m'enfuis…
Mais, ô Jéhovah que j'adore!
Quelle est cette grande ombre encore
Qui se tient debout près du puits?
DEUXIÈME OMBRE, à la première.
Barbe blanche dans la nuit brune, Es-tu d'un vivant de jadis? Sors-tu du Schéol, oasis Où l'on dort sur des prés sans lys, Où l'on va sous un ciel sans lune? N'es-tu qu'une ombre?
Barbe blanche dans la nuit brune,
Es-tu d'un vivant de jadis?
Sors-tu du Schéol, oasis
Où l'on dort sur des prés sans lys,
Où l'on va sous un ciel sans lune?
N'es-tu qu'une ombre?
PREMIÈRE OMBRE.
J'en suis une!
J'en suis une!
DEUXIÈME OMBRE.
Je reconnais ta voix, mon fils.
Je reconnais ta voix, mon fils.
PREMIÈRE OMBRE.
Mais un spectre encor, sur la pierre, Se dresse, de blancheurs vêtu!…
Mais un spectre encor, sur la pierre,
Se dresse, de blancheurs vêtu!…
(A la troisième ombre.)
Ombre immobile, m'entends-tu?
Ombre immobile, m'entends-tu?
TROISIÈME OMBRE.
Je reconnais ta voix, mon père.
Je reconnais ta voix, mon père.
DEUXIÈME OMBRE.
C'est l'enfant plus pieux que Job, Qui se tient debout sur la marche!
C'est l'enfant plus pieux que Job,
Qui se tient debout sur la marche!
TROISIÈME OMBRE.
C'est le Père!
C'est le Père!
PREMIÈRE OMBRE.
Le Patriarche!
Le Patriarche!
TROISIÈME OMBRE.
Abraham!
Abraham!
DEUXIÈME OMBRE.
Isaac!
Isaac!
PREMIÈRE OMBRE.
Jacob!…
Jacob!…
JACOB.
Pour quelles sublimes alertes Retrouvent-ils, nos pieds inertes, La douce fermeté du sol?
Pour quelles sublimes alertes
Retrouvent-ils, nos pieds inertes,
La douce fermeté du sol?
ISAAC.
C'est pour de grandes choses, certes, Qu'un ange noir aux ailes vertes A laissé, ce soir, entr'ouvertes Les portes pâles du Schéol!
C'est pour de grandes choses, certes,
Qu'un ange noir aux ailes vertes
A laissé, ce soir, entr'ouvertes
Les portes pâles du Schéol!
JACOB, à Abraham.
Quelles espérances sont nées? Dis-nous, toi, ce qui souleva, Ce soir, nos ombres étonnées! Tu dois savoir les destinées: Tes cent soixante-dix années T'ont mis plus près de Jéhovah!
Quelles espérances sont nées?
Dis-nous, toi, ce qui souleva,
Ce soir, nos ombres étonnées!
Tu dois savoir les destinées:
Tes cent soixante-dix années
T'ont mis plus près de Jéhovah!
ABRAHAM, à Isaac.
Pourquoi baises-tu la poussière De la route, pieusement?
Pourquoi baises-tu la poussière
De la route, pieusement?
ISAAC.
Je me sens contraint de le faire Par un obscur pressentiment!
Je me sens contraint de le faire
Par un obscur pressentiment!
ABRAHAM, à Jacob.
Pourquoi baises-tu la margelle Du puits que tu creusas ici?
Pourquoi baises-tu la margelle
Du puits que tu creusas ici?
JACOB.
Une force surnaturelle M'oblige à l'adorer ainsi!… —Toi-même, pourquoi, ce silence, Si tendrement le respirer?
Une force surnaturelle
M'oblige à l'adorer ainsi!…
—Toi-même, pourquoi, ce silence,
Si tendrement le respirer?
ABRAHAM.
Je baise dans cet air, d'avance, La Voix qui le fera vibrer!
Je baise dans cet air, d'avance,
La Voix qui le fera vibrer!
ISAAC.
Une voix, dis-tu, Patriarche?
Une voix, dis-tu, Patriarche?
ABRAHAM.
Il vient, il vient, il est en marche, Et tenez-le pour assuré; Car ce soir, au Schéol farouche, Quand j'ai passé près de sa couche, En mettant un doigt sur sa bouche, Moïse me l'a murmuré!
Table des matières
Dans cette édition
- 01Full text
- 02PREMIER TABLEAU Le Puits de Jacob
- 03SCÈNE PREMIÈRE
- 04SCÈNE II
- 05SCÈNE III
- 06SCÈNE IV
- 07SCÈNE V
- 08DEUXIÈME TABLEAU La Porte de Sichem
- 09SCÈNE PREMIÈRE
- 10SCÈNE II
- 11SCÈNE III
- 12SCÈNE IV
- 13SCÈNE V
- 14TROISIÈME TABLEAU Salvator Mundi
- 15SCÈNE PREMIÈRE
- 16SCÈNE II
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