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Scienza

La Mer

Edizione BooksWhale in francese di Jules Michelet

Un grand texte français sur l’océan, la nature, les espèces marines et l’imaginaire scientifique.

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La Mer

La Mer mêle observation naturelle, histoire, poésie et méditation sur les forces de l’océan. Cette édition française s’adresse aux lecteurs de Michelet, d’histoire naturelle, d’écologie marine, de littérature scientifique et de prose du XIXe siècle.

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Jules Michelet est mort en 1874, et La Mer a été publié pour la première fois en 1861. Ces dates établissent la base de domaine public du texte français utilisé dans cette édition.

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La Mer

Jules Michelet

Capitolo in anteprimaLIVRE PREMIERAnteprima

LIVRE PREMIER

Capitolo in anteprimaUN REGARD SUR LES MERSAnteprima

Un brave marin hollandais, ferme et froid observateur, qui passe sa vie sur la mer, dit franchement que la première impression qu'on en reçoit, c'est la crainte. L'eau, pour tout être terrestre, est l'élément non respirable, l'élément de l'asphyxie. Barrière fatale, éternelle, qui sépare irrémédiablement les deux mondes. Ne nous étonnons pas si l'énorme masse d'eau qu'on appelle la mer, inconnue et ténébreuse dans sa profonde épaisseur, apparut toujours redoutable à l'imagination humaine.

Les Orientaux n'y voient que le gouffre amer, la _nuit de l'abîme_. Dans toutes les anciennes langues, de l'Inde à l'Irlande, le nom de la mer a pour synonyme ou analogue le _désert_ et la _nuit_.

Grande tristesse de voir tous les soirs le soleil, cette joie du monde et ce père de toute vie, sombrer, s'abîmer dans les flots. C'est le deuil quotidien du monde, et spécialement de l'Ouest. Nous avons beau voir chaque jour ce spectacle, il a sur nous même puissance, même effet de mélancolie.

Si l'on plonge dans la mer à une certaine profondeur, on perd bientôt la lumière; on entre dans un crépuscule où persiste une seule couleur, un rouge sinistre; puis cela même disparaît et la nuit complète se fait, c'est l'obscurité absolue, sauf peut-être des accidents de phosphorescence effrayante. La masse, immense d'étendue, énorme de profondeur, qui couvre la plus grande partie du globe, semble un monde de ténèbres. Voilà surtout ce qui saisit, intimida les premiers hommes. On supposait que la vie cesse partout où manque la lumière, et qu'excepté les premières couches, toute l'épaisseur insondable, le fond (si l'abîme a un fond), était une noire solitude, rien que sable aride et cailloux, sauf des ossements et des débris, tant de biens perdus que l'élément avare prend toujours et ne rend jamais, les cachant jalousement au trésor profond des naufrages.

L'eau de mer ne nous rassure aucunement par la transparence. Ce n'est point l'engageante nymphe des sources, des limpides fontaines. Celle-ci est opaque et lourde; elle frappe fort. Qui s'y hasarde, se sent fortement soulevé. Elle aide, il est vrai, le nageur, mais elle le maîtrise; il se sent comme un faible enfant, bercé d'une puissante main, qui peut aussi bien le briser.

La barque une fois déliée, qui sait où un vent subit, un courant irrésistible, pourront la porter? Ainsi nos pêcheurs du Nord, malgré eux, trouvèrent l'Amérique polaire et rapportèrent la terreur du funèbre Groënland. Toute nation a ses récits, ses contes sur la mer. Homère, les _Mille et une Nuits_, nous ont gardé un bon nombre de ces traditions effrayantes, les écueils et les tempêtes, les calmes non moins meurtriers où l'on meurt de soif au milieu des eaux, les mangeurs d'hommes, les monstres, le léviathan, le kraken et le grand serpent de mer, etc. Le nom qu'on donne au désert, «_le pays de la peur_,» on aurait pu le donner au grand désert maritime. Les plus hardis navigateurs, Phéniciens et Carthaginois, les Arabes conquérants qui voulaient englober le monde, attirés par les récits du pays de l'or et des Hespérides, dépassent la Méditerranée, se lancent sur la grande mer, mais s'y arrêtent bientôt. La ligne sombre, éternellement couverte de nuages, qu'on rencontre avant l'équateur, leur impose. Ils s'arrêtent. Ils disent: «C'est _la mer des Ténèbres_.» Et ils retournent chez eux.

«Il y aurait de l'impiété à violer ce sanctuaire. Malheur à celui qui suivrait sa curiosité sacrilège! On a vu, aux dernières îles, un colosse, une menaçante figure qui disait: «N'allez pas plus loin.»

Ces terreurs, un peu enfantines, du vieux monde ne diffèrent en rien de ce qu'on peut voir toujours des émotions du novice, de la simple personne qui, venue de l'intérieur, tout à coup aperçoit la mer. On peut dire que tout être qui en a la surprise, ressent cette impression. Les animaux, visiblement, se troublent. Même au reflux, lorsque, lasse et débonnaire, l'eau traîne mollement au rivage, le cheval n'est pas rassuré; il frémit et souvent refuse de passer le flot languissant. Le chien recule et aboie, injurie à sa manière la lame dont il a peur. Jamais il ne fait la paix avec l'élément douteux qui lui semble plutôt hostile. Un voyageur nous raconte que les chiens du Kamtchatka, habitués à ce spectacle, n'en sont pas moins effrayés, irrités. En grandes bandes, par milliers, dans les longues nuits, ils hurlent contre la vague hurlante, et font assaut de fureur avec l'océan du Nord.

Indice

In questa edizione

  1. 01Full text
  2. 02LIVRE PREMIER
  3. 03UN REGARD SUR LES MERS
  4. 04II
  5. 05PLAGES, GRÈVES ET FALAISES
  6. 06III
  7. 07SUITE.--PLAGES, GRÈVES ET FALAISES
  8. 08IV
  9. 09CERCLE DES EAUX, CERCLE DE FEUX.--FLEUVES DE LA MER
  10. 10V
  11. 11LE POULS DE LA MER
  12. 12VI
  13. 13LES TEMPÊTES
  14. 14VII
  15. 15LA TEMPÊTE D'OCTOBRE 1859
  16. 16VIII
  17. 17LES PHARES
  18. 18LIVRE DEUXIÈME
  19. 19LA GENÈSE DE LA MER
  20. 20I
  21. 21FÉCONDITÉ
  22. 22II
  23. 23LA MER DE LAIT
  24. 24III
  25. 25L'ATOME
  26. 26IV
  27. 27FLEUR DE SANG
  28. 28V
  29. 29LES FAISEURS DE MONDES
  30. 30VI
  31. 31FILLE DES MERS
  32. 32VII
  33. 33LE PIQUEUR DE PIERRES
  34. 34VIII
  35. 35COQUILLES, NACRE, PERLE
  36. 36IX
  37. 37X
  38. 38CRUSTACÉS.--LA GUERRE ET L'INTRIGUE
  39. 39XI
  40. 40LE POISSON
  41. 41XII
  42. 42LA BALEINE
  43. 43XIII
  44. 44LES SIRÈNES
  45. 45LIVRE TROISIEME
  46. 46CONQUÊTE DE LA MER
  47. 47I
  48. 48LE HARPON
  49. 49II
  50. 50DECOUVERTE DES TROIS OCEANS
  51. 51III
  52. 52LA LOI DES TEMPÊTES
  53. 53IV
  54. 54LES MERS DES PÔLES
  55. 55V
  56. 56LA GUERRE AUX RACES DE LA MER
  57. 57VI
  58. 58LE DROIT DE LA MER
  59. 59LIVRE QUATRIÈME
  60. 60LA RENAISSANCE PAR LA MER
  61. 61I
  62. 62L'ORIGINE DES BAINS DE MER
  63. 63II
  64. 64CHOIX DU RIVAGE
  65. 65III
  66. 66L'HABITATION
  67. 67IV
  68. 68PREMIÈRE ASPIRATION DE LA MER
  69. 69V
  70. 70BAINS.--RENAISSANCE DE LA BEAUTÉ
  71. 71VI
  72. 72LA RENAISSANCE DU COEUR ET DE LA FRATERNITÉ
  73. 73VII
  74. 74VITA NUOVA DES NATIONS

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