francese Edizione
Letteratura
La Vagabonde
Edizione BooksWhale in francese di Colette
Une artiste choisit la scène, la solitude et sa liberté contre les sécurités faciles.
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Introduzione al libro
La Vagabonde
La Vagabonde suit Renée Néré, actrice de music-hall et femme séparée, entre tournées, fatigue, désir et indépendance. Colette y donne une voix lucide à une femme qui refuse de réduire sa vie à la consolation amoureuse ou au retour dans l’ordre social.
Edizione BooksWhale
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Texte original français publié en 1910. Colette est morte en 1954; la durée de protection vie plus 70 ans est arrivée à expiration.
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La Vagabonde
Colette
Capitolo in anteprimaPREMIÈRE PARTIEAnteprima
Dix heures et demie… Encore une fois, je suis prête trop tôt. Mon camarade Brague, qui aida mes débuts dans la pantomime, me le reproche souvent en termes imagés :
— Sacrée graine d’amateur, va ! T’as toujours le feu quelque part. Si on t’écoutait, on ferait son fond de teint à sept heures et demie, en brifant les hors-d’œuvre…
Trois ans de music-hall et de théâtre ne m’ont pas changée, je suis toujours prête trop tôt.
Dix heures trente-cinq… Si je n’ouvre ce livre, lu et relu, qui traîne sur la tablette à fards, ou le Paris-Sport que l’habilleuse, tout à l’heure, pointait du bout de mon crayon à sourcils, je vais me trouver seule avec moi-même, en face de cette conseillère maquillée qui me regarde, de l’autre côté de la glace, avec de profonds yeux aux paupières frottées d’une pâte grasse et violâtre. Elle a des pommettes vives, de la même couleur que les phlox des jardins, des lèvres d’un rouge noir, brillantes et comme vernies… Elle me regarde longtemps, et je sais qu’elle va parler… Elle va me dire :
— Est-ce toi qui es là ?… Là, toute seule, dans cette cage aux murs blancs que des mains oisives, impatientes, prisonnières, ont écorchés d’initiales entrelacées , brodés de figures indécentes et naïves ? Sur ces murs de plâtre, des ongles rougis, comme les tiens, ont écrit l’appel inconscient des abandonnés… Derrière toi, une main féminine a gravé : Marie… et la fin du nom s’élance en parafe ardent, qui monte comme un cri… Est-ce toi qui es là, toute seule, sous ce plafond bourdonnant que les pieds des danseurs émeuvent comme le plancher d’un moulin actif ?… Pourquoi es-tu là, toute seule ? et pourquoi pas ailleurs ?… »
Oui, c’est l’heure lucide et dangereuse… Qui frappera à la porte de ma loge, quel visage s’interposera entre moi et la conseillère fardée qui m’épie de l’autre côté du miroir ?… Le Hasard, mon ami et mon maître, daignera bien encore une fois m’envoyer les génies de son désordonné royaume. Je n’ai plus foi qu’en lui — et en moi. En lui surtout, qui me repêche lorsque je sombre, et me saisit, et me secoue, à la manière d’un chien sauveteur dont la dent, chaque fois, perce un peu ma peau… Si bien que je n’attends plus, à chaque désespoir, ma fin, mais bien l’aventure, le petit miracle banal qui renoue, chaînon étincelant, le collier de mes jours.
C’est la foi, c’est vraiment la foi, avec son aveuglement parfois simulé, avec le jésuitisme de ses renoncements, son entêtement à espérer, dans l’heure même où l’on crie : « Tout m’abandonne !… » Vraiment, le jour où mon maître le Hasard porterait en mon cœur un autre nom, je ferais une excellente catholique…
Comme le plancher tremble, ce soir ! on voit bien qu’il fait froid : les danseurs russes se réchauffent. Quand ils crieront tous ensemble : « You ! » avec une voix aiguë et éraillée de jeunes porcs, il sera onze heures dix. Mon horloge est infaillible, elle ne varie pas de cinq minutes en un mois. Dix heures : j’arrive ; M Cavallier chante les Petits Chemineux, le Baiser d’adieu, le Petit quéqu’chose, trois chansons. Dix heures dix : Antoniew et ses chiens. Dix heures vingt-deux : coups de fusil, aboiements, fin du numéro de chiens. L’escalier de fer crie, et quelqu’un tousse : c’est Jadin qui descend. Elle jure en toussant, parce qu’elle marche chaque fois sur l’ourlet de sa robe, c’est un rite… Dix heures trente-cinq : le fantaisiste Bouty. Dix heures quarante-sept : les danseurs russes, et, enfin, onze heures dix : moi !
Capitolo in anteprimaIIAnteprima
Comme d’habitude, c’est avec un grand soupir que je referme derrière moi la porte de mon rez-de-chaussée. Soupir de fatigue, de détente, de soulagement ? — ou l’angoisse de la solitude ? Ne cherchons pas, ne cherchons pas !
Qu’est-ce que j’ai donc, ce soir ?… C’est ce brouillard de décembre, glacial, tout en paillettes de gel suspendues, qui vibre autour des becs de gaz en halo irisé, qui fond sur les lèvres avec un goût de créosote… Et puis, ce quartier neuf que j’habite, surgi tout blanc derrière les Ternes, décourage le regard et l’esprit.
Sous le gaz verdâtre, ma rue, à cette heure, est un gâchis crémeux, praliné, marron-moka et jaune caramel, — un dessert éboulé, fondu, où surnage le nougat des moellons. Ma maison elle-même, toute seule dans la rue, a « l’air que ce n’est pas vrai ». Mais ses murs neufs, ses cloisons minces offrent, pour un prix modeste, un abri suffisamment confortable à des « dames seules » comme moi.
Quand on est « dame seule », c’est-à-dire tout ensemble la bête noire, la terreur et le paria des propriétaires, on prend ce qu’on trouve, on gîte où l’on peut, on essuie la fraîcheur des plâtres…
La maison que j’habite donne miséricordieusement asile à toute une colonie de « dames seules ». À l’entresol, nous avons la maîtresse en titre de Young, Young-Automobiles ; au-dessus, l’amie, très « tenue », du comte de Bravailles ; plus haut, deux sœurs blondes reçoivent, chaque jour, la visite d’un seul Monsieur-très-bien-qui-est-dans-l’industrie : plus haut encore, une terrible petite noceuse mène, jour et nuit, un train de fox-terrier déchaîné : cris, piano, chants, bouteilles vides jetées par la fenêtre :
— C’est la honte de la maison, a dit un jour M Young-Automobiles.
Enfin, au rez-de-chaussée, il y a moi, qui ne crie point, qui ne joue pas de piano, qui ne reçois guère de messieurs, encore moins de dames… La petite grue du quatrième fait trop de bruit, et moi pas assez ; la concierge ne me l’envoie pas dire :
— C’est drôle, on ne sait jamais si Madame est là, on ne l’entend pas. On ne croirait jamais une artiste !
Ah ! quelle laide soirée de décembre ! le calorifère sent l’iodoforme. Blandine a oublié de mettre la boule d’eau chaude dans le lit, et ma chienne elle-même, mal lunée, grincheuse, frileuse, me jette tout juste un regard noir et blanc, sans quitter sa corbeille. Mon Dieu, je ne réclame pas d’arcs de triomphe, ni d’illuminations, mais tout de même…
Oh ! je peux chercher partout, dans les coins, et sous le lit, il n’y a personne ici, personne, — que moi. Le grand miroir de ma chambre ne me renvoie plus l’image maquillée d’une bohémienne pour music-hall, — il ne reflète… que moi.
Me voilà donc, telle que je suis ! Je n’échapperai pas, ce soir, à la rencontre du long miroir, au soliloque cent fois esquivé, accepté, fui, repris et rompu… Hélas ! je sens d’avance la vanité de toute diversion. Ce soir, je n’aurai pas sommeil, et le charme du livre, — oh ! le livre nouveau, le livre tout frais dont le parfum d’encre humide et de papier neuf évoque celui de la houille, des locomotives, des départs ! — le charme du livre ne me détournera pas de moi…
Me voilà donc, telle que je suis ! Seule, seule, et pour la vie entière sans doute. Déjà seule ! C’est bien tôt. J’ai franchi, sans m’en croire humiliée, la trentaine ; car ce visage-ci, le mien, ne vaut que par l’expression qui l’anime, et la couleur du regard, et le sourire défiant qui s’y joue — ce que Marinetti appelle ma gaiezza volpina… Renard sans malice, qu’une poule aurait su prendre ! Renard sans convoitise, qui ne se souvient que du piège et de la cage… Renard gai, oui, mais parce que les coins de sa bouche, et de ses yeux, dessinent un sourire involontaire… Renard las d’avoir dansé, captif, au son de la musique…
Indice
In questa edizione
- 01Full text
- 02PREMIÈRE PARTIE
- 03II
- 04III
- 05IV
- 06V
- 07VI
- 08VII
- 09VIII
- 10IX
- 11DEUXIÈME PARTIE
- 12I
- 13II
- 14III
- 15IV
- 16V
- 17VI
- 18VII
- 19VIII
- 20IX
- 21X
- 22XI
- 23XII
- 24XIII
- 25TROISIÈME PARTIE
- 26I
- 27II
- 28III
- 29IV
- 30V
- 31VI
- 32VII
- 33VIII
- 34IX
- 35X
- 36XI
- 37XII
- 38XIII
- 39XIV
- 40XV
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