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Letteratura
Les dieux ont soif
Edizione BooksWhale in francese di Anatole France
Un roman historique français sur la Révolution, la justice, le fanatisme, l’art et la Terreur.
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Les dieux ont soif
Les dieux ont soif plonge le lecteur dans Paris révolutionnaire, où l’idéal de justice se transforme peu à peu en violence politique. Anatole France y mêle histoire, ironie, amour, art et critique du fanatisme dans un grand roman français du domaine public.
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Anatole France est mort en 1924, et Les dieux ont soif a été publié pour la première fois en 1912. Ces dates soutiennent la base de domaine public de cette édition française originale.
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Les dieux ont soif
Anatole France
Capitolo in anteprimaIAnteprima
Évariste Gamelin, peintre, élève de David, membre de la section du Pont-Neuf, précédemment section Henri IV, s'était rendu de bon matin à l'ancienne église des Barnabites, qui depuis trois ans, depuis le 21 mai 1790, servait de siège à l'assemblée générale de la section. Cette église s'élevait sur une place étroite et sombre, près de la grille du Palais. Sur la façade, composée de deux ordres classiques, ornée de consoles renversées et de pots à feu, attristée par le temps, offensée par les hommes, les emblèmes religieux avaient été martelés et l'on avait inscrit en lettres noires au-dessus de la porte la devise républicaine: "Liberté, Égalité, Fraternité ou la Mort." Évariste Gamelin pénétra dans la nef: les voûtes, qui avaient entendu les clercs de la congrégation de Saint-Paul chanter en rochet les offices divins, voyaient maintenant les patriotes en bonnet rouge assemblés pour élire les magistrats municipaux et délibérer sur les affaires de la section. Les saints avaient été tirés de leurs niches et remplacés par les bustes de Brutus, de Jean-Jacques et de Le Peltier. La table des Droits de l'Homme se dressait sur l'autel dépouillé.
C'est dans cette nef que, deux fois la semaine, de cinq heures du soir à onze heures, se tenaient les assemblées publiques. La chaire, ornée du drapeau aux couleurs de la nation, servait de tribune aux harangues. Vis-à-vis, du côté de l'Épître, une estrade de charpentes grossières s'élevait, destinée à recevoir les femmes et les enfants, qui venaient en assez grand nombre à ces réunions. Ce matin-là, devant un bureau, au pied de la chaire, se tenait, en bonnet rouge et carmagnole, le menuisier de la place de Thionville, le citoyen Dupont aîné, l'un des douze du Comité de surveillance. Il y avait sur le bureau une bouteille et des verres, une écritoire et un cahier de papier contenant le texte de la pétition qui invitait la Convention à rejeter de son sein les vingt-deux membres indignes.
Évariste Gamelin prit la plume et signa.
"Je savais bien, dit le magistrat artisan, que tu viendrais donner ton nom, citoyen Gamelin. Tu es un pur. Mais la section n'est pas chaude; elle manque de vertu. J'ai proposé au Comité de surveillance de ne point délivrer de certificat de civisme à quiconque ne signerait pas la pétition.
--Je suis prêt à signer de mon sang, dit Gamelin, la proscription des traîtres fédéralistes. Ils ont voulu la mort de Marat: qu'ils périssent.
--Ce qui nous perd, répliqua Dupont aîné, c'est l'indifférentisme. Dans une section, qui contient neuf cents citoyens ayant droit de vote, il n'y en a pas cinquante qui viennent à l'assemblée. Hier nous étions vingt-huit.
--Eh bien! dit Gamelin, il faut obliger, sous peine d'amende, les citoyens à venir.
--Hé! Hé! fit le menuisier en fronçant le sourcil, s'ils venaient tous, les patriotes seraient en minorité.... Citoyen Gamelin, veux-tu boire un verre de vin à la santé des bons sans-culottes?..."
Sur le mur de l'église, du côté de l'Évangile, on lisait ces mots accompagnés d'une main noire dont l'index montrait le passage conduisant au cloître: _Comité civil_, _Comité de surveillance_, _Comité de bienfaisance_. Quelques pas plus avant, on atteignait la porte de la ci-devant sacristie, que surmontait cette inscription: _Comité militaire_. Gamelin la poussa et trouva le secrétaire du Comité qui écrivait sur une grande table encombrée de livres, de papiers, de lingots d'acier, de cartouches et d'échantillons de terres salpêtrées.
"Salut, citoyen Trubert. Comment vas-tu?
--Moi?... je me porte à merveille."
Le secrétaire du Comité militaire, Fortuné Trubert, faisait invariablement cette réponse à ceux qui s'inquiétaient de sa santé, moins pour les instruire de son état que pour couper court à toute conversation sur ce sujet. Il avait, à vingt-huit ans, la peau aride, les cheveux rares, les pommettes rouges, le dos voûté. Opticien sur le quai des Orfèvres, il était propriétaire d'une très ancienne maison qu'il avait cédée en 91 à un vieux commis pour se dévouer à ses fonctions municipales. Une mère charmante, morte à vingt ans et dont quelques vieillards, dans le quartier, gardaient le touchant souvenir, lui avait donné ses beaux yeux doux et passionnés, sa pâleur, sa timidité. De son père, ingénieur opticien, fournisseur du roi, emporté par le même mal avant sa trentième année, il tenait un esprit juste et appliqué. Sans s'arrêter d'écrire:
Capitolo in anteprimaIIAnteprima
Au sortir des Barnabites, Évariste Gamelin s'achemina vers la place Dauphine, devenue place de Thionville, en l'honneur d'une cité inexpugnable.
Située dans le quartier le plus fréquenté de Paris, cette place avait perdu depuis près d'un siècle sa belle ordonnance: les hôtels construits sur les trois faces, au temps de Henri IV, uniformément en brique rouge avec chaînes de pierre blanche, pour des magistrats magnifiques, maintenant, ayant échangé leurs nobles toits d'ardoise contre deux ou trois misérables étages en plâtras, ou même rasés jusqu'à terre et remplacés sans honneur par des maisons mal blanchies à la chaux, n'offraient plus que des façades irrégulières, pauvres, sales, percées de fenêtres inégales, étroites, innombrables, qu'égayaient des pots de fleurs, des cages d'oiseaux et des linges qui séchaient. Là, logeait une multitude d'artisans, bijoutiers, ciseleurs, horlogers, opticiens, imprimeurs, lingères, modistes, blanchisseuses, et quelques vieux hommes de loi qui n'avaient point été emportés dans la tourmente avec la justice royale.
C'était le matin et c'était le printemps. De jeunes rayons de soleil, enivrants comme du vin doux, riaient sur les murs et se coulaient gaiement dans les mansardes. Les châssis des croisées à guillotine étaient tous soulevés et l'on voyait au-dessous les têtes échevelées des ménagères. Le greffier du tribunal révolutionnaire, sorti de la maison pour se rendre à son poste, tapotait en passant les joues des enfants qui jouaient sous les arbres. On entendait crier sur le Pont-Neuf la trahison de l'infâme Dumouriez.
Évariste Gamelin habitait, sur le côté du quai de l'Horloge, une maison qui datait de Henri IV et aurait fait encore assez bonne figure sans un petit grenier couvert de tuiles dont on l'avait exhaussée sous l'avant-dernier tyran. Pour approprier l'appartement de quelque vieux parlementaire aux convenances des familles bourgeoises et artisanes qui y logeaient, on avait multiplié les cloisons et les soupentes. C'est ainsi que le citoyen Remacle, concierge-tailleur, nichait dans un entresol fort abrégé en hauteur comme en largeur, où on le voyait par la porte vitrée, les jambes croisées sur son établi et la nuque au plancher, cousant un uniforme de garde national, tandis que la citoyenne Remacle, dont le fourneau n'avait pour cheminée que l'escalier, empoisonnait les locataires de la fumée de ses ragoûts et de ses fritures, et que, sur le seuil de la porte, la petite Joséphine, leur fille, barbouillée de mélasse et belle comme le jour, jouait avec Mouton, le chien du menuisier. La citoyenne Remacle, abondante de coeur, de poitrine et de reins, passait pour accorder ses faveurs à son voisin le citoyen Dupont aîné, l'un des douze du Comité de surveillance. Son mari, tout du moins, l'en soupçonnait véhémentement et les époux Remacle emplissaient la maison des éclats alternés de leurs querelles et de leurs raccommodements. Les étages supérieurs de la maison étaient occupés par le citoyen Chaperon, orfèvre, qui avait sa boutique sur le quai de l'Horloge, par un officier de santé, par un homme de loi, par un batteur d'or et par plusieurs employés du Palais.
Évariste Gamelin monta l'escalier antique jusqu'au quatrième et dernier étage, où il avait son atelier avec une chambre pour sa mère. Là finissaient les degrés de bois garnis de carreaux qui avaient succédé aux grandes marches de pierre des premiers étages. Une échelle, appliquée au mur, conduisait à un grenier d'où descendait pour lors un gros homme assez vieux, d'une belle figure rose et fleurie, qui tenait péniblement embrassé un énorme ballot, et fredonnait toutefois: _J'ai perdu mon serviteur_.
S'arrêtant de chantonner, il souhaita courtoisement le bonjour à Gamelin, qui le salua fraternellement et l'aida à descendre son paquet, ce dont le vieillard lui rendit grâces.
Indice
In questa edizione
- 01Full text
- 02I
- 03II
- 04livres, de brosses et de crayons, la citoyenne y posa la soupière de
- 05III
- 06part de ses intentions. La citoyenne Blaise espérait bien l'y obliger
- 07IV
- 08particulières. Puis, quand elle jugea qu'elle ne pouvait tarder
- 09V
- 10part une imprudence de dire comment il se l'était procuré: car il le
- 11VI
- 12VII
- 13VIII
- 14IX
- 15actrice du Vaudeville, qui passait pour sa bonne amie.
- 16X
- 17actrices nationales?
- 18XI
- 19XII
- 20XIII
- 21XIV
- 22chapitre, au confessionnal, en chaire, il en était obsédé. Après
- 23XV
- 24livres dont tu trouveras le compte... dans ce cahier rouge.... Adieu,
- 25XVI
- 26XVII
- 27XVIII
- 28action; c'est pour me rendre odieuse à tes yeux qu'il a affecté de
- 29XIX
- 30partie d'"exagérés" et d'"enragés". Toutefois la chambre des dix-huit
- 31livres.
- 32XX
- 33XXI
- 34partout où il faudrait. Elle n'avait point de robe. Sa mère emprunta une
- 35XXII
- 36XXIII
- 37XXIV
- 38livre, le fourra dans la poche de sa redingote et dit au barnabite:
- 39XXV
- 40XXVI
- 41XXVII
- 42partager le sort des accusés. Les cinq proscrits sont descendus à la
- 43XXVIII
- 44XXIX
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