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Filosofia
Supplément au voyage de Bougainville
Edizione BooksWhale in francese di Denis Diderot
Un classique en français autour de nature, morale, colonisation, liberté sexuelle, dialogue et civilisation.
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Introduzione al libro
Supplément au voyage de Bougainville
Supplément au voyage de Bougainville de Denis Diderot est une œuvre du domaine public centrée sur nature, morale, colonisation, liberté sexuelle, dialogue et civilisation. Cette édition française met en avant le texte original, avec une présentation claire pour la lecture en ligne, EPUB et PDF.
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Denis Diderot est mort en 1784 et Supplément au voyage de Bougainville a été publié en 1796. Ces dates soutiennent le statut de domaine public de cette édition originale française.
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Supplément au voyage de Bougainville
Denis Diderot
Capitolo in anteprimaCHAPITRE I - JUGEMENT DU VOYAGE DE BOUGAINVILLEAnteprima
A. Cette superbe voûte étoilée, sous laquelle nous revînmes hier, et qui semblait nous garantir un beau jour, ne nous a pas tenu parole.
B. Qu'en savez-vous ?
A. Le brouillard est si épais qu'il nous dérobe la vue des arbres voisins.
B. Il est vrai ; mais si ce brouillard, qui ne reste dans la partie
inférieure de l'atmosphère que parce qu'elle est suffisamment chargée
d'humidité, retombe sur la terre ?
A. Mais si au contraire il traverse l'éponge, s'élève et gagne la
région supérieure où l'air est moins dense, et peut, comme disent les
chimistes, n'être pas saturé ?
B. Il faut attendre.
A. En attendant, que faitesvous ?
B. Je lis.
A. Toujours ce voyage de Bougainville ?
B. Toujours.
A. Je n'entends rien à cet hommelà. L'étude des mathématiques, qui
suppose une vie sédentaire, a rempli le temps de ses jeunes années ;
et voilà qu'il passe subitement d'une condition méditative et retirée
au métier actif, pénible, errant et dissipé de voyageur.
B. Nullement. Si le vaisseau n'est qu'une maison flottante, et si
vous considérez le navigateur qui traverse des espaces immenses,
resserré et immobile dans une enceinte assez étroite, vous le verrez
faisant le tour du globe sur une planche, comme vous et moi le tour de
l'univers sur notre parquet.
A. Une autre bizarrerie apparente, c'est la contradiction du caractère
de l'homme et de son entreprise. Bougainville a le goût des amusements
de la société ; il aime les femmes, les spectacles, les repas
délicats ; il se prête au tourbillon du monde d'aussi bonne grâce
qu'aux inconstances de l'élément sur lequel il a été ballotté. Il est
aimable et gai : c'est un véritable Français lesté, d'un bord, d'un
traité de calcul différentiel et intégral, et de l'autre, d'un voyage
autour du globe.
B. Il fait comme tout le monde : il se dissipe après s'être appliqué, et s'applique après s'être dissipé.
A. Que pensezvous de son Voyage ?
B. Autant que j'en puis juger sur une lecture assez superficielle,
j'en rapporterais l'avantage à trois points principaux : une meilleure
connaissance de notre vieux domicile et de ses habitants ; plus de
sûreté sur des mers qu'il a parcourues la sonde à la main, et plus de
correction dans nos cartes géographiques. Bougainville est parti avec
les lumières nécessaires et les qualités propres à ses vues : de la
philosophie, du courage, de la véracité ; un coup d'oeil prompt qui
saisit les choses et abrège le temps des observations ; de la
circonspection, de la patience ; le désir de voir, de s'éclairer et
d'instruire ; la science du calcul, des mécaniques, de la géométrie,
de l'astronomie ; et une teinture suffisante d'histoire naturelle.
A. Et son style ?
B. Sans apprêt ; le ton de la chose, de la simplicité et de la clarté, surtout quand on possède la langue des marins.
A. Sa course a été longue ?
B. Je l'ai tracée sur ce globe. Voyezvous cette ligne de points rouges ?
A. Qui part de Nantes ?
B. Et court jusqu'au détroit de Magellan, entre dans la mer Pacifique,
serpente entre ces îles qui forment l'archipel immense qui s'étend des
Philippines à la NouvelleHollande, rase Madagascar, le cap de
BonneEspérance, se prolonge dans l'Atlantique, suit les côtes
d'Afrique, et rejoint l'une de ses extrémités à celle d'où le
navigateur s'est embarqué.
A. Il a beaucoup souffert ?
B. Tout navigateur s'expose, et consent de s'exposer aux périls de
l'air, du feu, de la terre et de l'eau : mais qu'après avoir erré des
mois entiers entre la mer et le ciel, entre la mort et la vie ; après
avoir été battu des tempêtes, menacé de périr par naufrage, par
Capitolo in anteprimaCHAPITRE II - LES ADIEUX DU VIEILLARDAnteprima
C'est un vieillard qui parle. Il était père d'une famille nombreuse.
À l'arrivée des Européens, il laissa tomber des regards de dédain sur
eux, sans marquer ni étonnement, ni frayeur, ni curiosité. Ils
l'abordèrent ; il leur tourna le dos et se retira dans sa cabane. Son
silence et son souci ne décelaient que trop sa pensée : il gémissait
en lui-même sur les beaux jours de son pays éclipsés. Au départ de
Bougainville, lorsque les habitants accouraient en foule sur le
rivage, s'attachaient à ses vêtements, serraient ses camarades entre
leurs bras, et pleuraient, ce vieillard s'avança d'un air sévère, et
dit : « Pleurez malheureux Tahitiens ! pleurez ; mais que ce soit de
l'arrivée, et non du départ de ces hommes ambitieux et méchants : un
jour, vous les connaîtrez mieux. Un jour, ils reviendront, le morceau
de bois que vous voyez attaché à la ceinture de celuici, dans une
main, et le fer qui pend au côté de celuilà, dans l'autre, vous
enchaîner, vous égorger, ou vous assujettir à leurs extravagances et à
leurs vices ; un jour vous servirez sous eux, aussi corrompus, aussi
vils, aussi malheureux qu'eux. Mais je me console ; je touche à la fin
de ma carrière ; et la calamité que je vous annonce, je ne la verrai
point. O tahitiens ! mes amis ! vous auriez moyen d'échapper à un
funeste avenir ; mais j'aimerais mieux mourir que de vous en donner le
conseil. Qu'ils s'éloignent, et qu'ils vivent. »
Puis s'adressant à Bougainville, il ajouta :
« Et toi, chef des brigands qui t'obéissent, écarte promptement ton
vaisseau de notre rive : nous sommes innocents, nous sommes heureux ;
et tu ne peux que nuire à notre bonheur. Nous suivons le pur instinct
de la nature ; et tu as tenté d'effacer de nos âmes son caractère. Ici
tout est à tous ; et tu nous as prêché je ne sais quelle distinction
du tien et du mien. Nos filles et nos femmes nous sont communes ; tu
as partagé ce privilège avec nous ; et tu es venu allumer en elles des
fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras ; tu es
devenu féroce entre les leurs. Elles ont commencé à se haïr ; vous
vous êtes égorgés pour elles ; et elles nous sont revenues teintes de
votre sang. Nous sommes libres ; et voilà que tu as enfoui dans notre
terre le titre de notre futur esclavage. Tu n'es ni un dieu, ni un
démon : qui estu donc, pour faire des esclaves ? Orou ! toi qui
entends la langue de ces hommeslà, disnous à tous, comme tu me l'as
dit à moi-même, ce qu'ils ont écrit sur cette lame de métal : Ce pays
est à nous. Ce pays est à toi ! et pourquoi ? parce que tu y as mis
le pied ? Si un Tahitien débarquait un jour sur vos côtes, et qu'il
gravât sur une de vos pierres ou sur l'écorce d'un de vos arbres : Ce
pays est aux habitants de Tahiti, qu'en penseraistu ? Tu es le plus
fort ! Et qu'estce que cela fait ? Lorsqu'on t'a enlevé une des
méprisables bagatelles dont ton bâtiment est rempli, tu t'es récrié,
tu t'es vengé ; et dans le même instant tu as projeté au fond de ton
coeur le vol de toute une contrée ! Tu n'es pas esclave : tu
souffrirais plutôt la mort que de l'être, et tu veux nous asservir !
Tu crois donc que le Tahitien ne sait pas défendre sa liberté et
mourir ? Celui dont tu veux t'emparer comme de la brute, le Tahitien
est ton frère. Vous êtes deux enfants de la nature ; quel droit as-tu
sur lui qu'il n'ait pas sur toi ? Tu es venu ; nous sommesnous jetés
sur ta personne ? -avonsnous pillé ton vaisseau ? t'avonsnous saisi
Indice
In questa edizione
- 01Full text
- 02CHAPITRE I - JUGEMENT DU VOYAGE DE BOUGAINVILLE
- 03CHAPITRE II - LES ADIEUX DU VIEILLARD
- 04CHAPITRE III - L'ENTRETIEN DE L'AUMONIER ET D'OROU
- 05CHAPITRE V - SUITE DU DIALOGUE ENTRE A ET B
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