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Letteratura
La Joie de vivre
Edizione BooksWhale in francese di Émile Zola
A coastal Rougon-Macquart novel about illness, inheritance, pessimism, sacrifice, and Pauline Quenu’s moral steadiness.
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Introduzione al libro
La Joie de vivre
La Joie de vivre places Pauline Quenu in a Normandy seaside household marked by sickness, debt, anxiety, and emotional need. Zola contrasts philosophical pessimism and bodily suffering with Pauline’s generosity, making the novel a searching study of endurance, family dependency, and the meaning of vitality.
Edizione BooksWhale
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Author died in 1902; original text first published in 1884. These dates support the public-domain basis for this original-language edition.
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La Joie de vivre
— Madame sera restée à Paris, dit-elle sèchement. Avec toutes ces histoires qui n’en finissent plus et qui mettent la maison en l’air !
— Non, non, expliqua Chanteau, la dépêche d’hier soir annonçait le règlement définitif des affaires de la petite… Madame a dû arriver ce matin à Caen, où elle s’est arrêtée pour passer chez Davoine. À une heure, elle reprenait le train ; à deux heures, elle descendait à Bayeux ; à trois heures, l’omnibus du père Malivoire la déposait à Arromanches, et si même Malivoire n’a pas attelé tout de suite sa vieille berline, madame aurait pu être ici vers quatre heures, quatre heures et demie au plus tard… Il n’y a guère que dix kilomètres d’Arromanches à Bonneville.
La cuisinière, les yeux sur son gigot, écoutait tous ces calculs, en hochant la tête. Il ajouta, après une hésitation :
— Tu devrais aller voir au coin de la route, Véronique.
Elle le regarda, plus pâle encore de colère contenue.
— Tiens ! pourquoi ?… Puisque monsieur Lazare est déjà dehors, à patauger à leur rencontre, ce n’est pas la peine que j’aille me crotter jusqu’aux reins.
— C’est que, murmura Chanteau doucement, je finis par être inquiet aussi de mon fils… Lui non plus ne reparaît pas. Que peut-il faire sur la route, depuis une heure ?
Alors, sans parler davantage, Véronique prit à un clou un vieux châle de laine noire, dont elle s’enveloppa la tête et les épaules. Puis, comme son maître la suivait dans le corridor, elle lui dit brusquement :
— Retournez donc devant votre feu, si vous ne voulez pas gueuler demain toute la journée, avec vos douleurs.
Et, sur le perron, après avoir refermé la porte à la volée, elle mit ses sabots et cria dans le vent :
— Ah ! Dieu de Dieu ! en voilà une morveuse qui peut se flatter de nous faire tourner en bourrique !
Chanteau resta paisible. Il était accoutumé aux violences de cette fille, entrée chez lui à l’âge de quinze ans, l’année même de son mariage. Lorsqu’il n’entendit plus le bruit des sabots, il s’échappa comme un écolier en vacances et alla se planter, à l’autre bout du couloir, devant une porte vitrée qui donnait sur la mer. Là, il s’oublia un instant, court et ventru, le teint coloré, regardant le ciel de ses gros yeux bleus à fleur de tête, sous la calotte neigeuse de ses cheveux coupés ras. Il était à peine âgé de cinquante-six ans ; mais les accès de goutte dont il souffrait, l’avaient vieilli de bonne heure. Distrait de son inquiétude, les regards perdus, il songeait que la petite Pauline finirait bien par faire la conquête de Véronique.
Puis, était-ce sa faute ? Quand ce notaire de Paris lui avait écrit que son cousin Quenu, veuf depuis six mois, venait de mourir à son tour en le chargeant par testament de la tutelle de sa fille, il ne s’était pas senti la force de refuser. Sans doute on ne se voyait guère, la famille se trouvait dispersée, le père de Chanteau avait jadis créé à Caen un commerce de bois du Nord, après avoir quitté le Midi et battu toute la France, comme simple ouvrier charpentier ; tandis que le petit Quenu, dès la mort de sa mère, était débarqué à Paris, où un autre de ses oncles lui avait plus tard cédé une grande charcuterie, en plein quartier des Halles. Et on s’était à peine rencontré deux ou trois fois, lorsque Chanteau, forcé par ses douleurs de quitter son commerce, avait fait des voyages à Paris, afin de consulter les célébrités médicales. Seulement, les deux hommes s’estimaient, le mourant rêvait peut-être pour sa fille l’air salubre de la mer. Celle-ci d’ailleurs, héritant de la charcuterie, serait loin d’être une charge. Enfin, madame Chanteau avait accepté, même si vivement, qu’elle avait voulu éviter à son mari la fatigue dangereuse d’un voyage, partant seule, battant le pavé, réglant les affaires, avec son continuel besoin d’activité ; et il suffisait à Chanteau que sa femme fût contente.
Capitolo in anteprimaPart 2Anteprima
— Alors, je sers ? demanda encore Véronique.
— Tout à l’heure… Pauline, viens dans la cuisine te laver les mains et te passer de l’eau sur la figure… Nous mourons de faim, plus tard on se décrassera à fond.
Ce fut Pauline qui reparut la première, laissant sa tante le nez dans une terrine. Chanteau avait repris sa place devant le feu, au fond de son grand fauteuil de velours jaune ; et il se frottait les jambes d’un geste machinal, avec la peur d’une crise prochaine, tandis que Lazare coupait des tranches de pain, debout devant la table, où quatre couverts étaient mis depuis plus d’une heure. Les deux hommes, un peu gênés, souriaient à l’enfant, sans trouver une parole. Elle, tranquillement, examinait la salle meublée de noyer, passant du buffet et de la demi-douzaine de chaises à la suspension de cuivre verni, retenue surtout par cinq lithographies encadrées, les Saisons et une Vue du Vésuve, qui se détachaient sur le papier marron des murailles. Sans doute le faux lambris de chêne peint, égratigné d’éraflures plâtreuses, le parquet sali d’anciennes taches de graisse, l’abandon de cette pièce commune où la famille vivait, lui firent regretter la belle charcuterie de marbre qu’elle avait quittée la veille, car ses yeux s’attristèrent, elle sembla deviner un instant les sourdes aigreurs cachées sous la bonhomie de ce milieu nouveau pour elle. Enfin, ses regards, après s’être intéressés à un baromètre très ancien, dans un cartel de bois doré, se fixèrent sur une construction étrange qui tenait toute la tablette de la cheminée, sous une boîte de verre collée aux arêtes par de minces bandes de papier bleu. On aurait dit un jouet, un pont de bois en miniature, mais un pont d’une charpente extraordinairement compliquée.
— C’est ton grand-oncle qui a fait ça, expliqua Chanteau, heureux de trouver un sujet de conversation. Oui, mon père avait commencé par être charpentier… J’ai toujours gardé son chef-d’œuvre.
Il ne rougissait pas de son origine, et madame Chanteau tolérait le pont sur la cheminée, malgré l’humeur que lui causait cette curiosité encombrante, qui lui rappelait son mariage avec un fils d’ouvrier. Mais déjà la petite fille n’écoutait plus son oncle : par la fenêtre, elle venait d’apercevoir l’horizon immense, et elle traversa vivement la pièce, elle se planta devant les vitres, dont les rideaux de mousseline étaient relevés à l’aide d’embrasses de coton. Depuis son départ de Paris, la mer était sa préoccupation continuelle. Elle en rêvait, elle ne cessait de questionner sa tante dans le wagon, voulant savoir, à chaque coteau, si la mer n’était pas derrière ces montagnes. Enfin, sur la plage d’Arromanches, elle était restée muette, les yeux agrandis, le cœur gonflé d’un gros soupir ; puis, d’Arromanches à Bonneville, elle avait à chaque minute allongé la tête hors du cabriolet, malgré le vent, pour voir la mer qui les suivait. Et, maintenant, la mer était encore là, elle serait toujours là, comme une chose à elle. Lentement, d’un regard, elle semblait en prendre possession.
La nuit tombait du ciel livide, où les bourrasques fouettaient le galop échevelé des nuages. On ne distinguait plus, au fond du chaos croissant des ténèbres, que la pâleur du flot qui montait. C’était une écume blanche toujours élargie, une succession de nappes se déroulant, inondant les champs de varechs, recouvrant les dalles rocheuses, dans un glissement doux et berceur, dont l’approche semblait une caresse. Mais, au loin, la clameur des vagues avait grandi, des crêtes énormes moutonnaient, et un crépuscule de mort pesait, au pied des falaises, sur Bonneville désert, calfeutré derrière ses portes ; tandis que les barques, abandonnées en haut des galets, gisaient comme des cadavres de grands poissons échoués. La pluie noyait le village d’un brouillard fumeux, seule l’église se découpait encore nettement, dans un coin blême des nuées.
Capitolo in anteprimaPart 3Anteprima
Et les choses furent réglées ainsi. Chanteau avait justement acheté, deux années auparavant, une maison au bord de la mer, à Bonneville, une occasion pêchée dans la débâcle d’un client insolvable. Au lieu de la revendre, comme elle en avait eu un moment l’idée, madame Chanteau décida qu’on se retirerait là-bas, au moins jusqu’aux premiers triomphes de Lazare. Renoncer à ses réceptions, s’enfouir dans un trou perdu, était pour elle un suicide ; mais elle cédait sa maison entière à Davoine, il lui aurait fallu louer autre part, et le courage lui venait de faire des économies, avec l’idée entêtée d’opérer plus tard une rentrée triomphale à Caen, lorsque son fils y occuperait une grande position. Chanteau approuvait tout. Quant à sa goutte, elle devrait s’accommoder du voisinage de la mer ; d’ailleurs, sur trois médecins consultés, deux avaient eu l’obligeance de déclarer que le vent du large tonifierait d’une façon puissante l’état général. Donc, un matin de mai, les Chanteau, laissant au lycée Lazare, âgé alors de quatorze ans, partirent pour s’installer définitivement à Bonneville.
Depuis cet arrachement héroïque, cinq années s’étaient écoulées, et les affaires du ménage allaient de mal en pis. Comme Davoine se lançait dans de grandes spéculations, il disait avoir besoin de continuelles avances, risquait de nouveau les bénéfices, de sorte que les inventaires se soldaient presque par des pertes. À Bonneville, on en était réduit à vivre sur les trois mille francs de rentes, si maigrement qu’on avait dû vendre le cheval et que Véronique cultivait le potager.
— Voyons, Eugénie, hasarda Chanteau, si l’on m’a mis dedans, c’est un peu ta faute.
Mais elle n’acceptait plus cette responsabilité, elle oubliait volontiers que l’association avec Davoine était son œuvre.
— Comment ! ma faute ! répondit-elle d’une voix sèche. Est-ce que c’est moi qui suis malade ?… Si tu n’avais pas été malade, nous serions peut-être millionnaires.
Chaque fois que l’amertume de sa femme débordait ainsi, il baissait la tête, gêné et honteux d’abriter dans ses os l’ennemie de la famille.
— Il faut attendre, murmura-t-il. Davoine a l’air certain du coup qu’il prépare. Si le sapin remonte, nous avons une fortune.
— Et puis, quoi ? interrompit Lazare, sans cesser de copier sa musique, nous mangeons tout de même… Vous avez bien tort de vous tracasser. C’est moi qui me moque de l’argent !
Madame Chanteau haussa une seconde fois les épaules.
— Toi, tu ferais mieux de t’en moquer un peu moins, et de ne pas perdre ton temps à des bêtises.
Dire que c’était elle qui lui avait appris le piano ! Rien que la vue d’une partition l’exaspérait aujourd’hui. Son dernier espoir croulait : ce fils qu’elle avait rêvé préfet ou président de cour, parlait d’écrire des opéras ; et elle le voyait plus tard courir le cachet comme elle, dans la boue des rues.
— Enfin, reprit-elle, voici un aperçu des trois derniers mois que Davoine m’a donné… Si ça continue de la sorte, c’est nous qui lui devrons de l’argent en juillet.
Elle avait posé son sac sur la table et en sortait un papier, qu’elle tendit à Chanteau. Il dut le prendre, le retourna, finit par le placer devant lui, sans l’ouvrir. Justement, Véronique apportait le thé. Un long silence tomba, les tasses restèrent vides. Près du sucrier, la Minouche, qui avait mis les pattes en manchon, serrait les paupières, béatement ; tandis que Mathieu, devant la cheminée, ronflait comme un homme. Et la voix de la mer continuait à monter au dehors, ainsi qu’une basse formidable, accompagnent les petits bruits paisibles de cet intérieur ensommeillé.
Indice
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- 02Part 2
- 03Part 3
- 04Part 4
- 05Part 5
- 06Part 6
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- 08Part 8
- 09Part 9
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- 19Part 19
- 20Part 20
- 21Part 21
- 22Part 22
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- 24Part 24
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