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Política
Au-dessus de la mêlée
Edição BooksWhale em francês por Romain Rolland
Un appel humaniste contre la haine nationale, écrit au cœur de la Première Guerre mondiale.
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Introdução do livro
Au-dessus de la mêlée
Au-dessus de la mêlée réunit les prises de position de Rolland face à la guerre, au nationalisme et à la violence morale de son temps. Le livre défend conscience individuelle, culture européenne et responsabilité intellectuelle.
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Romain Rolland est mort en 1944, et Au-dessus de la mêlée a paru en 1915. Ces dates soutiennent le domaine public de ce texte français.
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Au-dessus de la mêlée
Romain Rolland
Capítulo de préviaPartie 1Prévia
92 AU-DESSUS DE LA MÊLÉE voit la faiblesse d'un gouvernement qui bâillonne sa presse socialiste et qui tolère un démenti aussi insultant? Et qui ne voit surtout que de telles paroles diffament l'Allemagne pour des siècles, devant l'univers?... Ces pauvres intellectuels s'imaginent qu'avec leur étalage de Nietzschéisme et de Bismarckisme forcenés ils font de l'héroïsme et en imposent au monde! Ils ne font que le révolter. Ils veulent qu'on les croie ! On ne les croit que trop. On ne demande qu'à les croire. Et l'Allemagne tout entière sera rendue responsable du délire de quelques écrivains. L'Allemagne n'aura pas eu d'ennemis plus funestes que ses intellectuels. • * * Je n'y mets pas de parti pris. Je ne suis pas fier non plus des intellectuels français. L'idole de la race, ou de la civilisation, ou de la latinité, dont ils font tant abus, ne me satisfait pas. Je n'aime aucune idole, — même celle de l'humanité. Du moins, celles que servent les miens offrent moins de dangers; elles ne sont pas agressives; et d'ailleurs, il subsiste même chez les plus exaltés de nos intellectuels un fond de sens commun qui leur vient du terroir et dont ceux d'Allemagne dont je viens de parler semblent avoir perdu jusqu'aux dernières gouttes. Mais il faut bien le dire, ni d'un côté
LES IDOLES 93 ni de l'autre, ils n'ont fait grand honneur à l'intelligence, ils n'ont pas su la défendre contre ies souffles de violence et de folie. Une grande parole d'Einerson s'applique à leur déroute : « Nothing is more rare in any man than an act of his oum. » (« Rien n'est plus rare dans un homme qu'un acte qui vient de lui, en propre. ») Leurs actes et leurs écrits leur sont venus des autres, du dehors, de l'opinion publique aveugle et menaçante. Je ne veux pas faire tort à ceux qui ont dû se taire, soit qu'ils fussent à l'armée, soit que la censure qui règne dans les pays en guerre leur ait imposé silence. Mais la faiblesse inouïe avec laquelle les chefs de la pensée ont partout abdiqué devant la folie collective, a bien prouvé qu'ils n'étaient pas des caractères. Certains passages de mes livres, un peu paradoxaux, m'ont fait accuser parfois d'être un antiintellectuel : ce qui serait absurde pour qui a, comme nous, donné sa vie au culte de la pensée. Mais il est vrai que l'intellectualisme m'a paru trop souvent une caricature de la pensée, une pensée mutilée, déformée, pétrifiée, impuissante non seulement à dominer lo spectacle de la vie, mais même à le comprendre ; et les événements d'aujourd'hui m'ont donné plus raison que je ne l'eusse souhaité. L'intellectuel vit trop dans le royaume des ombres, dans le royaume des idées. Les idées n'ont aucune
94 AU-DESSUS DE LA MÊLÉE existence par elles-mêmes, mais par les expériences ou par les espérances qui peuvent les remplir : ce sont des résumés ou bien des hypothèses, des cadres pour ce qui fut ou pour ce qui sera, des formules commodes, des formules nécessaires; on ne peut s'en passer pour vivre et pour agir. Mais le mal est qu'on en fait des réalités opprimantes; et nul n'y contribue autant que l'intellectuel, qui en use par métier, et qui, par déformation professionnelle, est toujours tenté de leur subordonner les choses réelles. Que vienne, par surcroît, une passion collective qui achève de l'aveugler, elle se coule dans l'idée qui peut le mieux la servir, elle lui transfuse son sang; et l'autre la magnifie. Et rien ne subsiste plus dans l'homme qu'un fantôme de son esprit, où sont associés le délire de son cœur et celui de sa pensée. De là que les intellectuels, dans la crise actuelle, non seulement aient été plus que d'autres livrés à la contagion guerrière, mais qu'iis aient contribué prodigieusement à la répandre. J'ajoute (c'est leur punition) qu'ils en restent plus longtemps victimes : car tandis que les simples gens, soumis à l'épreuve incessante de l'action journalière et de leurs expériences, se modifient avec elles et le font sans remords, les intellectuels se trouvent liés dans le filet dd leur esprit, et chacun de leurs écrits leur est un lien de plus. Aussi, quand déjà nous voyons les soldats de toutes les armées, en qui se fond
Capítulo de préviaPartie 15Prévia
104 AU-DESSUS DK LA MÊLÉE peut être annexé sans le consentement librement exprimé des populations), — je me contenterai de publier celui de ces manifestes q£Î s'adresse aux penseurs, écrivains, artistes et savants de toutes les nations : car nous y trouvons un appui pour la tâche que nous poursuivons nous-mêmes, en travaillant à maintenir la pensée européenne à l'abri des ravages de la guerre, et en ne cessant de lui rappeler son plus haut devoir qui est, même dans les pires tempêtes des passions, de sauvegarder l'union spirituelle de l'humanité civilisée. R. R. 7 février 1915. NEDERLANDSGHE ANTI-OORLOG RAAD « Immédiatement après que la guerre européenne eut éclaté, différents groupes d'intellectuels des nations combattantes ont plaidé le bon droit de leur pays en des manifestes et des brochures qu'ils ont fait répandre abondamment dans les pays neutres * : à côté de la guerre par l'épée, ils livrent une guerre non moins violente par la plume. Ces écrits sont parvenus aux soussignés, tous sujets d'un pays neutre. Ils en ont pris connaissance avec un vif 1. Peu de temps auparavant, avait été lancé par les 93 intellectuels allemands le fameux Appel aux nation* civilisées.
pour l'europe : un appel de la hollande 105 intérêt : ils ont pu se former ainsi une idée plus nette de l'état d'esprit des intellectuels des nations combattantes et de leurs opinions sur les origines et le caractère de la guerre actuelle. Ils ne sont pas étonnés que les porteparoles des puissances aux prises soient tous également convaincus d'avoir le droit de leur côté. Ils ne le sont pas davantage que ces hommes soient si impérieusement poussés à plaider leur bon droit auprès des neutres. En effet, dans une lutte aussi épouvantable, il est psychologiquement nécessaire pour tous les peuples en guerre qu'ils aient une foi absolue en la justice de leur cause, et il est naturel qu'ils désirent ardemment témoigner de cette foi devant d'autres. Seule, une confiance inébranlable en la certitude absolue de leur cause peut les préserver de fléchir ou de se décourager dans ce combat furieux. « Mais c'est avec une douleur sincère que nous avons dû constater qu'en presque tous ces écrits manquait jusqu'au moindre effort pour être juste envers l'adversaire, et qu'ordinairement on attribuait à celui-ci les motifs les plus pervers et les plus odieux. Nous respectons la conviction des nations belligérantes qu'elles combattent pour une cause juste. Alors même que nous aurions déjà formé notre opinion propre sur les origines de cette guerre, nous jugerions inopportun d'opposer à présent les opinions etles arguments les uns aux autres.
106 ÀU-»ESSUS DE LA MÊLÉE Ce doit être réservé pour plus tard, quand un examen scientifique en pourra peser tranquillement la valeur, quand les passions nationales se seront apaisées et que le jugement de l'histoire pourra être écouté avec calme. « Cependant, nous estimons de notre devoir et nous considérons comme un avantage de notre qualité de neutres, de faire entendre notre voix contre un état de choses qui entretient systématiquement une animosité permanente entre les ennemis actuels. Tout en comprenant parfaitement que les événements surexcitent le sentiment national, nous croyons que le patriotisme ne doit pas exclure la capacité de reconnaître la valeur de l'adversaire, — que la juste conscience des vertus d'un peuple ne doit pas impliquer Terreur que le peuple ennemi a tous les vices, — que la conviction dans la justice d'une cause ne doit pas faire oublier que l'adversaire ressent aussi fortement la même conviction. « Si tel peuple est l'ennemi d'un autre, c'est (qu'on ne l'oublie pas) pour des rapports politiques; et ces rapports changent suivant des circonstances que nul ne peut prévoir. L'ennenu d'aujourd'hui sera peut-être l'allié de demain. La façon dont l'on traite l'adversaire dans la presse des puissances belligérantes menace d'éterniser la haine la plus atroce. Aux maux }ui sont déjà la conséquence immédiate de la
Sumário
Nesta edição
- 01Full text
- 02Partie 1
- 03Partie 15
- 04Partie 29
- 05Partie 43
- 06Partie 57
- 07Partie 71
- 08Partie 85
- 09Partie 99
- 10Partie 113
- 11Partie 127
- 12Partie 141
- 13Partie 155
- 14Partie 169
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