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Literatura

Germinie Lacerteux

Edición BooksWhale en francés de Edmond de Goncourt & Jules de Goncourt

Un roman naturaliste majeur sur la vie cachée, la domesticité, la passion et la chute sociale.

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Introducción del libro

Germinie Lacerteux

Germinie Lacerteux annonce le naturalisme par son attention aux milieux, aux corps, aux secrets sociaux et à la souffrance intime. Cette édition française présente le texte original des frères Goncourt dans une lecture sobre et suivie.

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Edmond de Goncourt est mort en 1896 et Jules de Goncourt en 1870; Germinie Lacerteux a été publiée en 1865, soutenant le domaine public de cette édition française.

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Germinie Lacerteux

Edmond de Goncourt; Jules de Goncourt

Edmond de Goncourt et Jules de Goncourt

Capítulo de vista previaI.Vista previa

— Sauvée ! vous voilà donc sauvée, mademoiselle ! fit avec un cri de joie la bonne qui venait de fermer la porte sur le médecin, et, se précipitant vers le lit où était couchée sa maîtresse, elle se mit avec une frénésie de bonheur et une furie de caresses à embrasser, par-dessus les couvertures, le pauvre corps tout maigre de la vieille femme, tout petit dans le lit trop grand comme un corps d’enfant.

La vieille femme lui prit silencieusement la tête dans ses deux mains, la serra contre son cœur, poussa un soupir, et laissa échapper : — Allons ! il faut donc vivre encore !

Ceci se passait dans une petite chambre dont la fenêtre montrait un étroit morceau de ciel coupé de trois noirs tuyaux de tôle, des lignes de toits, et au loin, entre deux maisons qui se touchaient presque, la branche sans feuilles d’un arbre qu’on ne voyait pas.

Dans la chambre, sur la cheminée, posait dans une boîte d’acajou carrée une pendule au large cadran, aux gros chiffres, aux heures lourdes. À côté deux flambeaux, faits de trois cygnes argentés tendant leur col autour d’un carquois doré, étaient sous verre. Près de la cheminée, un fauteuil à la Voltaire, recouvert d’une de ces tapisseries à dessin de damier que font les petites filles et les vieilles femmes, étendait ses bras vides. Deux petits paysages d’Italie, dans le goût de Bertin, une aquarelle de fleurs avec une date à l’encre rouge au bas, quelques miniatures, pendaient accrochés au mur. Sur la commode d’acajou, d’un style Empire, un Temps en bronze noir et courant, sa faux en avant, servait de porte-montre à une petite montre au chiffre de diamants sur émail bleu entouré de perles. Sur le parquet, un tapis flammé allongeait ses bandes noires et vertes. À la fenêtre et au lit, les rideaux étaient d’une ancienne perse à dessins rouges sur fond chocolat. À la tête du lit, un portrait s’inclinait sur la malade, et semblait du regard peser sur elle. Un homme aux traits durs y était représenté, dont le visage sortait du haut collet d’un habit de satin vert, et d’une de ces cravates lâches et flottantes, d’une de ces mousselines mollement nouées autour des têtes par la mode des premières années de la Révolution. La vieille femme couchée dans le lit ressemblait à cette figure. Elle avait les mêmes sourcils épais, noirs, impérieux, le même nez aquilin, les mêmes lignes nettes de volonté, de résolution, d’énergie. Le portrait semblait se refléter sur elle comme le visage d’un père sur le visage d’une fille. Mais chez elle la dureté des traits était adoucie par un rayon de rude bonté, je ne sais quelle flamme de mâle dévouement et de charité masculine.

Le jour qui éclairait la chambre était un de ces jours que le printemps fait, lorsqu’il commence, le soir vers les cinq heures, un jour qui a des clartés de cristal et des blancheurs d’argent, un jour froid, virginal et doux, qui s’éteint dans le rose du soleil avec des pâleurs de limbes. Le ciel était plein de cette lumière d’une nouvelle vie, adorablement triste comme la terre encore dépouillée, et si tendre qu’elle pousse le bonheur à pleurer.

— Eh bien ! voilà ma bête de Germinie qui pleure ? dit au bout d’un instant la vieille femme en retirant ses mains mouillées sous les baisers de sa bonne.

— Ah ! ma bonne demoiselle, je voudrais toujours pleurer comme ça ! c’est si bon ! ça me fait revoir ma pauvre mère… et tout !… si vous saviez !

— Va, va… lui dit sa maîtresse en fermant les yeux pour écouter, dis-moi ça…

Capítulo de vista previaII.Vista previa

La vieille femme resta silencieuse : elle comparait sa vie à celle de sa bonne.

Mlle de Varandeuil était née en 1782. Elle naissait dans un hôtel de la rue Royale, et Mesdames de France la tenaient sur les fonts baptismaux. Son père était de l’intimité du comte d’Artois, dans la maison duquel il avait une charge. Il était de ses chasses et des familiers devant lesquels, à la messe qui précédait les chasses, celui qui devait être Charles Xpressait l’officiant en lui disant à mi-voix : — « Psit ! psit ! curé, avale vite ton bon Dieu ! »

M. de Varandeuil avait fait un de ces mariages auxquels son temps était habitué : il avait épousé une façon d’actrice, une cantatrice qui, sans grand talent, avait réussi au Concert Spirituel, à côté de Mme Todi, de Mme Ponteuil et de Mlle Saint-Huberti. La petite fille, née de ce mariage en 1782, était de pauvre santé, laide avec un grand nez déjà ridicule, le nez de son père, dans une figure grosse comme le poing. Elle n’avait rien de ce qu’aurait voulu d’elle la vanité de ses parents. Sur un fiasco qu’elle fit à cinq ans au forté-piano à un concert donné par sa mère dans son salon, elle fut reléguée parmi la domesticité. Elle n’approchait qu’une minute, le matin, sa mère qui se faisait embrasser par elle sous le menton, pour qu’elle ne dérangeât pas son rouge. Quand la Révolution arrivait, M. de Varandeuil était, grâce à la protection du comte d’Artois, payeur des rentes.

Mme de Varandeuil voyageait en Italie, où elle s’était fait envoyer sous le prétexte de soigner sa santé, abandonnant à son mari le soin de sa fille et d’un tout jeune fils. Les soucis sévères du temps, les menaces grondant contre l’argent et les familles maniant l’argent, — M. de Varandeuil avait un frère fermier général, — ne laissaient guère à ce père très-égoïste et très-sec le loisir de cœur nécessaire pour s’occuper de ses enfants. Par là-dessus, la gêne commençait à entrer dans son intérieur. Il quittait la rue Royale et venait habiter l’hôtel du Petit-Charolais, appartenant à sa mère encore vivante, qui le laissait s’y établir. Les événements marchaient ; on était au commencement des années de guillotine, lorsqu’un soir, dans la rue Saint-Antoine, il marchait derrière un colporteur criant le journal Aux voleurs ! Aux voleurs !

Le colporteur, selon l’habitude du temps, faisait l’annonce des articles du numéro : M. de Varandeuil entendit son nom mêlé à des b… et à des j… f… Il acheta le journal et y lut une dénonciation révolutionnaire.

Quelque temps après, son frère était arrêté et enfermé à l’hôtel Talaru avec les autres fermiers généraux. Sa mère, prise de terreur, avait vendu follement, pour le prix des glaces, l’hôtel du Petit-Charolais où il logeait : payée en assignats, elle était morte de désespoir devant la baisse croissante du papier. Heureusement, M. de Varandeuil obtenait des acquéreurs, qui ne trouvaient pas à louer, la permission d’habiter les chambres servant autrefois aux gens d’écurie. Il se réfugiait là, sur les derrières de l’hôtel, dépouillait son nom, affichait à la porte, selon qu’il était ordonné, son nom patronymique de Roulot, sous lequel il enterrait le de Varandeuil et l’ancien courtisan du comte d’Artois. Il y vécut solitaire, effacé, enfoui, cachant sa tête, ne sortant pas, rasé dans son trou, sans domestique, servi par sa fille et lui laissant tout faire. La Terreur se passa pour eux dans l’attente, le tressaillement, l’émotion suspendue de la mort. Tous les soirs, la petite allait écouter par une lucarne grillée les condamnations du jour, la Liste des gagnants à la loterie de sainte Guillotine . À chaque coup frappé à la porte, elle allait ouvrir, en croyant qu’on venait prendre son père pour le mener sur la place de la Révolution, où son oncle avait été déjà mené. Vint le moment où l’argent, l’argent si rare, ne donna plus le pain : il fallut l’enlever presque de force à la porte des boulangers ; il fallut le conquérir par des heures passées dans le froid et le vif des nuits, dans la presse et l’écrasement des foules, faire queue dès trois heures du matin. Le père ne se souciait pas de se risquer dans cet amas de peuple. Il avait peur d’être reconnu, de se compromettre avec une de ces foucades qui auraient échappé n’importe où à la fougue de son caractère. Puis il reculait devant l’ennui et la dureté de la corvée. Le petit garçon était encore trop petit, on l’eût écrasé : ce fut à la fille que revint la charge de gagner chaque jour le pain des trois bouches. Elle le gagna. Son petit corps maigre perdu dans un grand gilet de tricot à son père, un bonnet de coton enfoncé jusqu’aux yeux, les membres serrés pour retenir un reste de chaleur, elle attendait en grelottant, les yeux meurtris de froid, au milieu des bousculades et des poussées, jusqu’au moment où la boulangère de la rue des Francs-Bourgeois lui mettait dans les mains un pain que ses petits doigts, raides d’onglée, avaient peine à saisir. À la fin, cette pauvre petite fille qui revenait tous les jours, avec sa figure de souffrance et sa maigreur qui tremblait, apitoyait la boulangère. Avec la bonté d’un cœur de peuple, aussitôt que la petite apparaissait dans la longue queue, elle lui envoyait par son garçon le pain qu’elle venait chercher. Mais un jour, comme la petite allait le prendre, une femme jalouse du passe-droit et de la préférence donnait à l’enfant un coup de sabot qui la retint près d’un mois au lit : Mlle de Varandeuil en porta la marque toute sa vie.

Índice

Dentro de esta edición

  1. 01Full text
  2. 02I.
  3. 03II.
  4. 04XVI
  5. 05III.
  6. 06IV.
  7. 07V.
  8. 08VI.
  9. 09VII.
  10. 10VIII.
  11. 11IX.
  12. 12X.
  13. 13XI.
  14. 14XII.
  15. 15XIII.
  16. 16XIV.
  17. 17XV.
  18. 18XVI.
  19. 19il
  20. 20XVII.
  21. 21XVIII.
  22. 22JUPILLON.
  23. 23XIX.
  24. 24XX.
  25. 25XXI.
  26. 26XXII.
  27. 27XXIII.
  28. 28XXIV.
  29. 29XXV.
  30. 30XXVI.
  31. 31XXVII.
  32. 32XXVIII.
  33. 33XXIX.
  34. 34XXX.
  35. 35XXXI.
  36. 36XXXII.
  37. 37XXXIII.
  38. 38XXXIV.
  39. 39XXXV.
  40. 40XXXVI.
  41. 41XXXVII.
  42. 42XXXVIII.
  43. 43XXXIX.
  44. 44XL.
  45. 45XLI.
  46. 46XLII.
  47. 47XLIII.
  48. 48XLIV.
  49. 49XLV.
  50. 50XLVI.
  51. 51XLVII.
  52. 52XLVIII.
  53. 53XLIX.
  54. 54L.
  55. 55LI.
  56. 56LII.
  57. 57LIII.
  58. 58LIV.
  59. 59LV.
  60. 60LVI.
  61. 61LVII.
  62. 62LVIII.
  63. 63LIX.
  64. 64LX.
  65. 65LXI.
  66. 66LXII.
  67. 67LXIII.
  68. 68LXIV.
  69. 69LXV.
  70. 70LXVI.
  71. 71LXVII.
  72. 72LXVIII.
  73. 73LXIX.
  74. 74LXX.
  75. 75FIN.

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