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Littérature

La Religieuse

Édition BooksWhale en français par Denis Diderot

Diderot transforme le destin d’une jeune religieuse contrainte en critique puissante de l’enfermement.

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Introduction du livre

La Religieuse

La Religieuse raconte la voix de Suzanne Simonin, enfermée contre sa volonté dans la vie conventuelle. Diderot y mêle pathétique, ironie et critique sociale pour interroger autorité familiale, contrainte religieuse, liberté individuelle, corps, conscience et abus institutionnels dans la France des Lumières.

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Préparation de cette édition

Cette édition repose sur un texte du domaine public et a été préparée par BooksWhale pour la lecture numérique.

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Pourquoi cette édition peut être partagée

Denis Diderot est mort en 1784, et La Religieuse a été publié en volume en 1796. Ces dates soutiennent le fondement de domaine public du texte français utilisé pour cette édition.

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La Religieuse

La Religieuse/Texte

LA RELIGIEUSE La réponse de

Chapitre d'aperçuM.Aperçu

le marquis de Croismare, s’il m’en fait une,

me fournira les premières lignes de ce récit. Avant que de lui

écrire, j’ai voulu le connaître. C’est un homme du monde, il

s’est illustré au service ; il est âgé, il a été marié ; il a une fille

et deux fils qu’il aime et dont il est chéri. Il a de la naissance,

des lumières, de l’esprit, de la gaieté, du goût pour les beaux-arts, et surtout de l’originalité. On m’a fait l’éloge de sa sensibilité, de son honneur et de sa probité ; et j’ai jugé par le vif

intérêt qu’il a pris à mon affaire, et par tout ce qu’on m’en a

dit que je ne m’étais point compromise en m’adressant à lui :

mais il n’est pas à présumer qu’il se détermine à changer mon

sort sans savoir qui je suis, et c’est ce motif qui me résout à

vaincre mon amour-propre et ma répugnance, en entreprenant

ces mémoires, où je peins une partie de mes malheurs, sans

talent et sans art, avec la naïveté d’un enfant de mon âge et la

franchise de mon caractère. Comme mon protecteur pourrait

exiger, ou que peut-être la fantaisie me prendrait de les achever dans un temps où des faits éloignés auraient cessé d’être

présents à ma mémoire, j’ai pensé que l’abrégé qui les termine,

et la profonde impression qui m’en restera tant que je vivrai,

suffiraient pour me les rappeler avec exactitude.

Mon père était avocat. Il avait épousé ma mère dans un

âge assez avancé ; il en eut trois filles. Il avait plus de fortune

qu’il n’en fallait pour les établir solidement ; mais pour cela il

fallait au moins que sa tendresse fût également partagée ; et il

s’en manque bien que j’en puisse faire cet éloge. Certainement

je valais mieux que mes sœurs par les agréments de l’esprit et

de la figure, le caractère et les talents ; et il semblait que mes

parents en fussent affligés. Ce que la nature et l’application

m’avaient accordé d’avantages sur elles devenant pour moi une

source de chagrins, afin d’être aimée, chérie, fêtée, excusée

toujours comme elles l’étaient, dès mes plus jeunes ans j’ai

désiré de leur ressembler. S’il arrivait qu’on dît à ma mère :

« Vous avez des enfants charmants… » jamais cela ne s’entendait

de moi. J’étais quelquefois bien vengée de cette injustice ; mais

les louanges que j’avais reçues me coûtaient si cher quand nous

étions seules, que j’aurais autant aimé de l’indifférence ou

même des injures ; plus les étrangers m’avaient marqué de prédilection, plus on avait d’humeur lorsqu’ils étaient sortis.

Ô combien j’ai pleuré de fois de n’être pas née laide, bête,

sotte, orgueilleuse ; en un mot, avec tous les travers qui leur

réussissaient auprès de nos parents ! Je me suis demandé

d’où venait cette bizarrerie, dans un père, une mère d’ailleurs

honnêtes, justes et pieux. Vous l’avouerai-je, monsieur ? Quelques discours échappés à mon père dans sa colère, car il était violent ; quelques circonstances rassemblées à différents intervalles, des mots de voisins, des propos de valets, m’en ont fait soupçonner une raison qui les excuserait un peu. Peut-être mon père avait-il quelque incertitude sur ma naissance ; peut-être rappelais-je à ma mère une faute qu’elle avait commise, et l’ingratitude d’un homme qu’elle avait trop écouté ; que sais-je ? Mais quand ces soupçons seraient mal fondés, que risquerais-je à vous les confier ? Vous brûlerez cet écrit, et je vous promets de brûler vos réponses.

Chapitre d'aperçuM.Aperçu

K*** ; il est notaire, et demeure à Corbeil, où il fait le plus mauvais ménage. Ma seconde sœur fut mariée à un

Table des matières

Dans cette édition

  1. 01Full text
  2. 02M.
  3. 03M.
  4. 04M.
  5. 05M.
  6. 06M.
  7. 07M.
  8. 08M.
  9. 09M.
  10. 10M.
  11. 11M.
  12. 12M.
  13. 13M.
  14. 14M.
  15. 15M.
  16. 16M.
  17. 17M.
  18. 18M.
  19. 19M.
  20. 20M.
  21. 21M.
  22. 22M.
  23. 23M.
  24. 24M.
  25. 25M.
  26. 26M.
  27. 27M.
  28. 28M.
  29. 29M.
  30. 30M.
  31. 31M.
  32. 32M.
  33. 33M.
  34. 34M.
  35. 35M.
  36. 36M.
  37. 37M.
  38. 38M.
  39. 39M.
  40. 40M.
  41. 41M.
  42. 42M.
  43. 43M.
  44. 44M.
  45. 45M.
  46. 46M.
  47. 47M.
  48. 48M.
  49. 49M.
  50. 50M.
  51. 51M.
  52. 52M.
  53. 53M.
  54. 54M.
  55. 55M.
  56. 56M.
  57. 57M.
  58. 58M.
  59. 59M.
  60. 60M.
  61. 61M.
  62. 62M.

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