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Littérature
Le Roi des montagnes
Édition BooksWhale en français par Edmond About
Un botaniste allemand capturé en Grèce découvre une organisation de brigands où rançon, corruption et affaires se mêlent étroitement.
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Introduction du livre
Le Roi des montagnes
Un jeune botaniste allemand voyage en Grèce lorsqu’il tombe aux mains du brigand Hadji-Stavros. Avec d’autres captifs, il découvre les calculs d’un chef qui administre les enlèvements comme une entreprise et entretient des relations avec les autorités. Edmond About associe aventure, portraits comiques et satire sociale pour explorer les liens entre argent, pouvoir et réputation dans un récit de captivité.
Édition BooksWhale
Préparation de cette édition
Cette édition repose sur un texte du domaine public et a été préparée par BooksWhale pour la lecture numérique.
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Pourquoi cette édition peut être partagée
Edmond About est mort en 1885; l’œuvre a été publiée pour la première fois en 1857. Cette édition présente le texte français original du domaine public.
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Le Roi des montagnes
Chapitre d'aperçuCHAPITRE PREMIER M. HERMANN SCHULTZAperçu
Le 3 juillet de cette année, vers six heures du matin, j’arrosais mes pétunias sans songer à mal, quand je vis entrer un grand jeune homme blond, imberbe, coiffé d’une casquette allemande et paré de lunettes d’or. Un ample paletot de lasting flottait mélancoliquement autour de sa personne, comme une voile le long d’un mât lorsque le vent vient à tomber. Il ne portait pas de gants ; ses souliers de cuir écru reposaient sur de puissantes semelles, si larges, que le pied était entouré d’un petit trottoir. Dans sa poche de côté, vers la région du cœur, une grande pipe de porcelaine se modelait en relief et dessinait vaguement son profil sous l’étoffe luisante. Je ne songeai pas même à demander à cet inconnu s’il avait fait ses études dans les universités d’Allemagne ; je déposai mon arrosoir, et je le saluai d’un beau : Guten Morgen.
« Monsieur, me dit-il en français, mais avec un accent déplorable, je m’appelle Hermann Schultz ; je viens de passer quelques mois en Grèce, et votre livre a voyagé partout avec moi. »
Cet exorde pénétra mon cœur d’une douce joie ; la voix de l’étranger me parut plus mélodieuse que la musique de Mozart, et je dirigeai vers ses lunettes d’or un regard étincelant de reconnaissance. Vous ne sauriez croire, ami lecteur, combien nous aimons ceux qui ont pris la peine de déchiffrer notre grimoire. Quant à moi, si j’ai jamais souhaité d’être riche, c’est pour assurer des rentes à tous ceux qui m’ont lu.
Je le pris par la main, cet excellent jeune homme. Je le fis asseoir sur le meilleur banc du jardin, car nous en avons deux. Il m’apprit qu’il était botaniste et qu’il avait une mission du Jardin des Plantes de Hambourg. Tout en complétant son herbier, il avait observé de son mieux le pays, les bêtes et les gens. Ses descriptions naïves, ses vues, courtes mais justes, me rappelaient un peu la manière du bonhomme Hérodote. Il s’exprimait lourdement, mais avec une candeur qui imposait la confiance ; il appuyait sur ses paroles du ton d’un homme profondément convaincu. Il put me donner des nouvelles, sinon de toute la ville d’Athènes, au moins des principaux personnages que j’ai nommés dans mon livre. Dans le cours de la conversation, il énonça quelques idées générales qui me parurent d’autant plus judicieuses que je les avais développées avant lui. Au bout d’une heure d’entretien, nous étions intimes.
Je ne sais lequel de nous deux prononça le premier le mot de brigandage. Les voyageurs qui ont couru l’Italie parlent peinture ; ceux qui ont visité l’Angleterre parlent industrie : chaque pays a sa spécialité.
« Mon cher monsieur, demandai-je au précieux inconnu, avez-vous rencontré des brigands ? Est-il vrai, comme on l’a prétendu, qu’il y ait encore des brigands en Grèce ?
— Il n’est que trop vrai, répondit-il gravement. J’ai vécu quinze jours dans les mains du terrible Hadgi-Stavros, surnommé le Roi des montagnes ; j’en puis donc parler par expérience. Si vous êtes de loisir, et qu’un long récit ne vous fasse pas peur, je suis prêt à vous donner les détails de mon aventure. Vous en ferez ce qu’il vous plaira : un roman, une nouvelle, ou plutôt (car c’est de l’histoire) un chapitre additionnel pour ce petit livre où vous avez entassé de si curieuses vérités.
— Vous êtes vraiment trop bon, lui dis-je, et mes deux oreilles sont à vos ordres. Entrons dans mon cabinet de travail. Nous y aurons moins chaud qu’au jardin, et cependant l’odeur des résédas et des pois musqués arrivera jusqu’à nous. »
Chapitre d'aperçuCHAPITRE II PHOTINIAperçu
Vous devinez, à l’âge de mes habits, que je n’ai pas dix mille francs de rente. Mon père est un aubergiste ruiné par les chemins de fer. Il mange du pain dans les bonnes années, et des pommes de terre dans les mauvaises. Ajoutez que nous sommes six enfants, tous bien endentés. Le jour où j’obtins au concours une mission du Jardin des Plantes, il y eut fête dans la famille. Non seulement mon départ augmentait la pitance de chacun de mes frères, mais encore j’allais toucher deux cent cinquante francs par mois, plus cinq cents francs, une fois payés, pour frais de voyage. C’était une fortune. Dès ce moment, on perdit l’habitude de m’appeler le docteur. On m’appela le marchand de bœufs, tant je paraissais riche ! Mes frères comptaient bien qu’on me nommerait professeur à l’université dès mon retour d’Athènes. Mon père avait une autre idée : il espérait que je reviendrais marié. En sa qualité d’aubergiste, il avait assisté à quelques romans, et il était convaincu que les belles aventures ne se rencontrent que sur les grands chemins. Il citait, au moins trois fois par semaine, le mariage de la princesse Ypsoff et du lieutenant Reynauld. La princesse occupait l’appartement no 1, avec ses deux femmes de chambre et son courrier, et elle donnait vingt florins par jour. Le lieutenant français était perché au 17, sous les toits, et il payait un florin et demi, nourriture comprise ; et cependant, après un mois de séjour dans l’hôtel, il était parti en chaise avec la dame russe. Or, pourquoi une princesse emmènerait-elle un lieutenant dans sa voiture, sinon pour l’épouser ? Mon pauvre père, avec ses yeux de père, me voyait plus beau et plus élégant que le lieutenant Reynauld ; il ne doutait point que je ne rencontrasse tôt ou tard la princesse qui devait nous enrichir. Si je ne la trouvais pas à table d’hôte, je la verrais en chemin de fer ; si les chemins de fer ne m’étaient pas propices, nous avions encore les bateaux à vapeur. Le soir de mon départ, on but une vieille bouteille de vin du Rhin, et le hasard voulut que la dernière goutte vînt tomber dans mon verre. L’excellent homme en pleura de joie : c’était un présage certain, et rien ne pouvait m’empêcher de me marier dans l’année. Je respectai ses illusions, et je me gardai de lui dire que les princesses ne voyageaient pas en troisième classe. Quant au gîte, mon budget me condamnait à choisir des auberges modestes, où les princesses ne logent pas. Le fait est que je débarquai au Pirée sans avoir ébauché le plus petit roman.
L’armée d’occupation avait fait renchérir toutes choses dans Athènes. L’hôtel d’Angleterre, l’hôtel d’Orient, l’hôtel des Étrangers, étaient inabordables. Le chancelier de la légation de Prusse, à qui j’avais porté une lettre de recommandation, fut assez aimable pour me chercher un logement. Il me conduisit chez un pâtissier appelé Christodule, au coin de la rue d’Hermès et de la place du Palais. Je trouvai là le vivre et le couvert moyennant cent francs par mois. Christodule est un vieux pallicare, décoré de la croix de Fer, en mémoire de la guerre de l’Indépendance. Il est lieutenant de la phalange, et il touche sa solde derrière son comptoir. Il porte le costume national, le bonnet rouge à gland bleu, la veste d’argent, la jupe blanche et les guêtres dorées, pour vendre des glaces et des gâteaux. Sa femme, Maroula, est énorme, comme toutes les Grecques de cinquante ans passés. Son mari l’a achetée quatre-vingts piastres, au plus fort de la guerre, dans un temps où ce sexe coûtait assez cher. Elle est née dans l’île d’Hydra, mais elle s’habille à la mode d’Athènes : veste de velours noir, jupe de couleur claire, un foulard natté dans les cheveux. Ni Christodule ni sa femme ne savent un mot d’allemand ; mais leur fils Dimitri, qui est domestique de palace, et qui s’habille à la française, comprend et parle un peu tous les patois de l’Europe. Au demeurant, je n’avais pas besoin d’interprète. Sans avoir reçu le don des langues, je suis un polyglotte assez distingué, et j’écorche le grec aussi couramment que l’anglais, l’italien et le français.
Table des matières
Dans cette édition
- 01Full text
- 02CHAPITRE PREMIER M. HERMANN SCHULTZ
- 03CHAPITRE II PHOTINI
- 04CHAPITRE III MARY-ANN
- 05CHAPITRE IV HADGI-STAVROS
- 06CHAPITRE V LES GENDARMES
- 07CHAPITRE VI L’ÉVASION
- 08CHAPITRE VII JOHN HARRIS
- 09CHAPITRE VIII LE BAL DE LA COUR
- 10CHAPITRE IX LETTRE D’ATHÈNES
- 11CHAPITRE X OÙ L’AUTEUR REPREND LA PAROLE
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