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Littérature
Le Testament
Édition BooksWhale en français par François Villon
Le grand poème de Villon, entre legs satirique, voix populaire, regret et poésie médiévale.
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Introduction du livre
Le Testament
Le Testament est l’œuvre majeure de François Villon, mêlant confession, satire, legs imaginaires, langage populaire et méditation sur la mort. Ce monument de la poésie française médiévale conserve une voix vive, mordante et profondément humaine.
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Chapitre d'aperçuPart 1Lire l'aperçu
Le Testament
François Villon
LE TESTAMENT VILLON.
CY COMMENCE
LE
GRANT TESTAMENT
DE
FRANÇOIS VILLON
FAIT EN 1461.
I.
En l'an trentiesme de mon aage,
Que toutes mes hontes j'eu beues,
Ne du tout fol, ne du tout sage.
Nonobstant maintes peines eues,
Lesquelles j'ay toutes receues
Soubz la main Thibault d'Aussigny.
S'evesque il est, seignant les rues,
Qu'il soit le mien je le regny!
II.
Mon seigneur n'est, ne mon evesque;
Soubz luy ne tiens, s'il n'est en friche;
Foy ne luy doy, ne hommage avecque;
Je ne suis son serf ne sa biche.
Peu m'a d'une petite miche
Et de froide eau, tout ung esté.
Large ou estroit, moult me fut chiche.
Tel luy soit Dieu qu'il m'a esté.
III.
Et, s'aucun me vouloit reprendre
Et dire que je le mauldys,
Non fais, si bien me sçait comprendre,
Et rien de luy je ne mesdys.
Voycy tout le mal que j'en dys:
S'il m'a esté misericors,
Jésus, le roy de paradis,
Tel luy soit à l'âme et au corps!
IV.
S'il m'a esté dur et cruel
Trop plus que cy ne le racompte,
Je vueil que le Dieu éternel
Luy soit doncq semblable, à ce compte!...
Mais l'Eglise nous dit et compte
Que prions pour nos ennemis;
Je vous dis que j'ay tort et honte:
Tous ses faictz soient à Dieu remis!
V.
Si prieray Dieu de bon cueur,
Pour l'âme du bon feu Cotard.
Mais quoy! ce sera doncq par cueur,
Car de lire je suys faitard.
Prière en feray de Picard;
S'il ne le sçait, voise l'apprandre,
S'il m'en croyt, ains qu'il soit plus tard
A Douay, ou à Lysle en Flandre!
VI.
Combien souvent je veuil qu'on prie
Pour luy, foy que doy mon baptesme,
Obstant qu'à chascun ne le crye,
Il ne fauldra pas à son esme.
Au Psaultier prens, quand suys à mesme,
Qui n'est de beuf ne cordoen,
Le verset escript le septiesme
Du psaulme de _Deus laudem_.
VII.
Si pry au benoist Filz de Dieu,
Qu'à tous mes besoings je reclame,
Que ma pauvre prière ayt lieu
Verz luy, de qui tiens corps et ame,
Qui m'a préservé de maint blasme
Et franchy de vile puissance.
Loué soit-il, et Nostre-Dame,
Et Loys, le bon roy de France!
VIII.
Auquel doint Dieu l'heur de Jacob,
De Salomon l'honneur et gloire;
Quant de prouesse, il en a trop;
De force aussi, par m'ame, voire!
En ce monde-cy transitoire,
Tant qu'il a de long et de lé;
Affin que de luy soit memoire,
Vive autant que Mathusalé!
IX.
Et douze beaulx enfans, tous masles,
Veoir, de son très cher sang royal,
Aussi preux que fut le grand Charles,
Conceuz en ventre nuptial,
Bons comme fut sainct Martial.
Ainsi en preigne au bon Dauphin;
Je ne luy souhaicte autre mal,
Et puys paradis à la fin.
X.
Pour ce que foible je me sens,
Trop plus de biens que de santé,
Tant que je suys en mon plain sens,
Si peu que Dieu m'en a presté,
Car d'autre ne l'ay emprunté,
J'ay ce Testament très estable
Faict, de dernière voulenté,
Seul pour tout et irrévocable:
XI.
Escript l'ay l'an soixante et ung,
Que le bon roy me délivra
De la dure prison de Mehun,
Et que vie me recouvra,
Dont suys, tant que mon cueur vivra,
Tenu vers luy me humilier,
Ce que feray jusqu'il mourra:
Bienfaict ne se doibt oublier.
_Icy commence Villon à entrer en matière
pleine d'erudition et de bon sçavoir._
XII.
Or est vray qu'après plaingtz et pleurs
et angoisseux gemissemens,
Après tristesses et douleurs,
Labeurs et griefz cheminemens,
Travail mes lubres sentemens,
Esguisez comme une pelote,
M'ouvrist plus que tous les Commens
D'Averroys sur Aristote.
XIII.
Combien qu'au plus fort de mes maulx,
En cheminant sans croix ne pile,
Dieu, qui les Pellerins d'Esmaus
Conforta, ce dit l'Evangile,
Me montra une bonne ville
Chapitre d'aperçuPart 2Aperçu
«Le front ridé, les cheveulx gris,
Les sourcilz cheuz, les yeulx estainctz,
Qui faisoient regars et ris,
Dont maintz marchans furent attaincts;
Nez courbé, de beaulté loingtains;
Oreilles pendans et moussues;
Le vis pally, mort et destaincts;
Menton foncé, lèvres peaussues:
«C'est d'humaine beauté l'yssues!
Les bras courts et les mains contraictes,
Les espaulles toutes bossues;
Mammelles, quoy! toutes retraictes;
Telles les hanches que les tettes.
Du sadinet, fy! Quant des cuysses,
Cuysses ne sont plus, mais cuyssettes
Grivelées comme saulcisses.
«Ainsi le bon temps regretons
Entre nous, pauvres vieilles sottes,
Assises bas, à croppetons,
Tout en ung tas comme pelottes,
A petit feu de chenevottes,
Tost allumées, tost estainctes;
Et jadis fusmes si mignottes!...
Ainsi en prend à maintz et maintes.»
BALLADE DE LA BELLE HEAULMIÈRE
AUX FILLES DE JOIE.
«Or y pensez, belle Gantière,
Qui m'escolière souliez estre,
Et vous, Blanche la Savetière,
Ores est temps de vous congnoistre.
Prenez à dextre et à senestre;
N'espargnez homme, je vous prie:
Car vieilles n'ont ne cours ne estre,
Ne que monnoye qu'on descrie.
«Et vous, la gente Saulcissière,
Qui de dancer estes adextre;
Guillemette la Tapissière,
Ne mesprenez vers vostre maistre;
Tous vous fauldra clorre fenestre,
Quand deviendrez vieille, flestrie;
Plus ne servirez qu'un vieil prebstre,
Ne que monnoye qu'on descrie.
«Jehanneton la Chaperonnière,
Gardez qu'ennuy ne vous empestre;
Katherine la Bouchière,
N'envoyez plus les hommes paistre:
Car qui belle n'est, ne perpetre
Leur bonne grace, mais leur rie.
Laide vieillesse amour n'impetre,
Ne que monnoye qu'on descrie.
ENVOI.
«Filles, veuillez vous entremettre
D'escouter pourquoy pleure et crie
C'est que ne puys remède y mettre,
Ne que monnoye qu'on descrie.»
XLVII.
Ceste leçon icy leur baille
La belle et bonne de jadis;
Bien dit ou mal, vaille que vaille,
Enregistrer j'ay faict ces ditz
Par mon clerc Fremin l'estourdys,
Aussi rassis que je pense estre...
S'il me desment, je le mauldys:
Selon le clerc est deu le maistre.
XLVIII.
Si apercoy le grand danger
Là où l'homme amoureux se boute...
Hé! qui me vouldroit laidanger
De ce mot, en disant: «Escoute!
Se d'aymer t'estrange et reboute
Le barat de celles nommées,
Tu fais une bien folle doubte,
Car ce sont femmes diffamées.
XLIX.
«S'ils n'ayment fors que pour l'argent,
On ne les ayme que pour l'heure.
Rondement ayment toute gent,
Et rient lors quant bourse pleure.
De celles n'est qui ne recoeuvre;
Mais en femmes d'honneur et nom
Franc homme, se Dieu me sequeure,
Se doit employer; ailleurs, non.»
L.
Je prens qu'aucun dye cecy,
Si ne me contente-il en rien.
En effect, je concludz ainsy,
Et sy le cuyde entendre bien,
Qu'on doit aymer en lieu de bien.
Asçavoir-mon se ces fillettes,
Qu'en parolles toute jour tien,
Ne furent pas femmes honnestes?
LI.
Honnestes, si furent vrayement,
Sans avoir reproches ne blasmes.
S'il est vray que, au commencement,
Une chascune de ces femmes
Lors prindrent, ains qu'eussent diffames,
L'une ung clerc, ung lay, l'autre ung moine,
Pour estaindre d'amours les flammes,
Plus chauldes que feu Sainct-Antoine.
LII.
Or firent selon le decret
Leurs amys, et bien y appert;
Elles aymoient en lieu secret,
Car autre qu'eulx n'y avoit part.
Toutesfois, ceste amour se part:
Car celle qui n'en avoit qu'un
D'icelluy s'eslongne et despart,
Et ayme myeulx aymer chascun.
LIII.
Qui les meut à ce? J'imagine,
Sans l'honneur des dames blasmer
Que c'est nature feminine,
Qui tout vivement veult aymer.
Autre chose n'y sçay rymer;
Fors qu'on dit, à Reims et à Troys,
Voire à l'Isle et à Sainct-Omer,
Que six ouvriers font plus que troys.
LIV.
Or ont les folz amans le bond,
Et les dames prins la vollée;
C'est le droit loyer qu'amours ont;
Toute foy y est violée,
Quelque doulx baiser n'acollée.
De chiens, d'oyseaulx, d'armes, d'amours,
Chascun le dit à la vollée:
«Pour ung plaisir mille doulours.»
DOUBLE BALLADE
SUR LE MÊME PROPOS.
Chapitre d'aperçuPart 3Aperçu
Maistre Guillaume Charruau,
Quoy qu'il marchande ou ait estât,
Mon branc... Je me tays du fourreau,
Il aura, avec ce, ung réau
En change, affin que sa bourse enfle,
Prins sur la chaussée et carreau
De la grand closture du Temple.
Item, mon procureur Fournier
Aura, pour toutes ses corvées
(Simple seroit de l'espargner;
En ma bourse quatre havées),
Car maintes causes m'a saulvées,
Justes, ainsi, JESUS-CHRIST m'ayde!
Comme elles ont esté trouvées;
Mais bon droit a bon mestier d'ayde.
XCI.
Item, je donne à maistre Jaques
Raguyer le grant godet de Grève,
Pourveu qu'il payera quatre plaques,
Deust-il vendre, quoy qu'il luy griefve,
Ce dont on ceuvre mol et grève;
Aller sans chausses et chappin,
Tous les matins, quand il se liève,
Au trou de la Pomme de pin.
XCII.
Item, quant est de Mairebeuf,
Et de Nicolas de Louviers,
Vache ne leur donne ne beuf,
Car vachers ne sont, ne bouviers,
Mais gens à porter esperviers,
Ne cuidez pas que je vous joue,
Pour prendre perdriz et plouviers,
Sans faillir, sur la Maschecroüe.
XCIII.
Item, vienne Robert Turgis
A moy, je luy payeray son vin,
Combien, s'il trouve mon logis,
Plus fort sera que le devin.
Le droit luy donne d'eschevin,
Que j'ay comme enfant de Paris...
Se je parle ung peu poictevin,
Ilce m'ont deux dames appris.
XCIV.
Filles sont très belles et gentes,
Demourantes à Sainct-Genou,
Près Sainct-Julian des Voventes,
Marches de Bretaigne ou Poictou,
Mais je ne dy proprement où,
Or y pensez trestous les jours,
Car je ne suis mie si fou...
Je pense celer mes amours.
XCV.
Item, à Jehan Raguyer je donne,
Qui est sergent, voir des Douze,
Tant qu'il vivra, ainsi l'ordonne,
Tous les jours une talemouze,
Pour brouter et fourrer sa mouse,
Prinse à la table de Bailly;
A Maubuay sa gorge arrouse,
Car à manger n'a pas failly.
XCVI.
Item, donne au prince des Sotz
Pour ung bon sot Michault du Four,
Qui à la fois dit de bons motz
Et chante bien: _Ma doulce amour_!
Avec ce, il aura le bonjour.
Brief, mais qu'il fust ung peu en poinct,
Il est ung droit sot de séjour,
Et est plaisant où il n'est point.
XCVII.
Item, aux unze vingtz Sergens
Donne, car leur faict est honneste,
Et sont bonnes et doulces gens,
Denis Richier, et Jehan Vallette,
A chascun une grand cornette,
Pour pendre à leurs chappeaulx de feautre
J'entendz à ceulx de pied, hohecte!
Car je n'ay que faire des autres.
XCVIII.
Derechef, donne à Périnet,
J'entendz le bastard de la Barre,
Pour ce qu'il est beau fils et net,
En son escu, en lieu de barre,
Trois detz plombez, de bonne carre,
Ou ung beau joly jeu de cartes...
Mais quoy! s'on l'oyt vessir ne poirre,
En oultre aura les fièvres quartes.
XCIX.
Item, ne vueil plus que Chollet
Dolle, trenche, douve ne boyse,
Relye brocq ne tonnelet,
Mais tous ses outilz changer voyse
A une espée lyonnoise,
Et retienne le hutinet:
Combien qu'il n'ayme bruyt ne noyse,
Si luy plaist-il ung tantinet.
C.
Item, je donne à Jehan le Lou,
Homme de bien et bon marchant,
Pour ce qu'il est linget et flou,
Et que Chollet est mal chassant,
Par les rues plustost qu'au champ,
Qui ne lairra poulaille en voye,
Le long tabart, et bien cachant,
Pour les musser, qu'on ne les voye.
CI.
Item, à l'orfèvre Du Boys,
Donne cent clouz, queues et testes,
De gingembre sarazinoys,
Non pas pour accoupler ses boytes,
Mais pour conjoindre culz et coettes,
Et couldre jambons et andoilles,
Tant que le laict en monte aux tettes,
Et le sang en devalle aux coilles.
CII.
Au cappitaine Jehan Riou,
Tant pour luy que pour ses archiers,
Je donne six livres de lou,
Qui n'est pas viande à porchiers,
Prins à gros mastins de bouchiers,
Et cuittes de vin de buffet.
Pour manger de ces morceaulx chiers,
Table des matières
Dans cette édition
- 01Part 1
- 02Part 2
- 03Part 3
- 04Part 4
- 05Part 5
- 06Part 6
- 07Part 7
- 08Part 8
- 09Part 9
- 10Part 10
- 11Part 11
- 12Part 12
- 13Part 13
- 14Part 14
- 15Part 15
- 16Part 16
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